‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 394 sur 889 · Arch. nat. DxLu, n° 4, rapport Jeanbon, p · texte numérisé non relu

Arch. nat. DxLu, n° 4, rapport Jeanbon, p

notre détresse et de nos besoins ce que la trahison devait leur livrer ! ». Une autre adresse du lendemain, celle-ci à. tous les citoyens de la République, s’éleva contre Barras et Féron avec une extrême violence : « Ces malheureux veulent nous affamer et semblent d'accord avec les Anglais et les Espagnols pour hâter notre ruine », et elle ajouta : « Veulent-ils nous réduire à la dure nécessité d'implorer le secours de ces fiers ennemis ? ? »

Le 15 août, Trogoff .expliqua longuement à Dalbarade les motifs de l’adresse du 12, et pourquoi les deux autres chefs-de la marine et lui l'avaient signée, pourquoi, d’une facon générale, il s'était rapproché des sections : « Le chef d'une grande force doit se rallier à l'opinion publique qui l'entoure pour le maintien du bon ordre

et de la tranquillité des ss qu'il commande avec les habitants.

des villes qui l'environnent. » Par contre, « il doit s'opposer aux mesures que l’on voudrait ce pour désorganiser ces mêmes forces qui n’appartiennent pas seulement aux villes et terres qui l'avoisinent, mais à la République entière » ; aussi, le Comité général ayant voulu, faute de vivres et d'argent, désarmer l'escadre, lui, Trogoff, sy élait opposé. Toutefois il craignait que si la diselte de vivres et d'espèces continuait, cette motion fût renouvelée sans qu'il pût en empêcher la réalisation. Le Conseil exécutif devait donc « s'occuper essentiellement et des vivres et de l'argent dont l’armée navale peut avoir besoin, et considérer qu’une querelle d'opinion ne doit pas être une raison pour abandonner des forces qui appartiennent à la République toute entière »; l’escadre représentait la plus grande force à opposer aux ennemis de la République dans la Méditerranée, l'hiver elle aurait son emploi dans les colonies, puis à Brest « où elle pourrait servir avec plus de succès ? ».

Ces raisons sont spécieuses. On comprend même que Puissant ait eu l’appréhension d’une pénurie prochaine. Mais la lettre de Puissant du 4 était fort étrange de ton et partiale pour les sections, bien qu'on puisse alléguer qu’il l'avait ainsi rédigée pour que le Comité général la laissa passer; l'adresse des sections du 12, très obscure pour quiconque n’élait pas au courant des faits, annonçait presque une prochaine trahison, et la présence au bas de cette pièce des signatures de Puissant, Trogoff et Chaussegros semblait faire d'eux les complices des Toulonnais. En somme, du rapprochement de ces divers documents, pouvait se dégager l'impression que Saint-André a éprouvée et traduite dans son rapport quelques jours plus tard, qu’il devait d'autant plus éprouver qu’il connaissait l'arrêté pris par le Comité de Salut public pour envoyer des fonds, à savoir que les Toulonnais et les trois chefs de la marine n’avaient, au nom des besoins

1. Rappart RU pièces justificatives, pp. 60-67. M. Cottin cite en note (p. 47), une autre lettre du 7 août écrite de Toulon et SA Dont bien significative.

Page 1