‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 395 sur 889 · N PE PS UP · texte numérisé non relu

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de l'escadre, sollicité de l'argent du gouvernement que pour en faire profiter l'insurrection.

Nous ne partageons pas celte opinion. Pour nous, à ce moment encore, les chefs de la marine voulaient avant tout sauver l'arsenal, le port, l’armée navale. S'ils sont restés en bonne harmonie avec les Toulonnais, s'ils ont commis pour demeurer fidèles à cette ligne de conduite des actes répréhensibles, s'ils ont signé l'adresse du 12 août, c'est dans l’intérêl du service. Plusieurs faits le confirment : c’est l'envoi ofliciel par Puissant d’un agent chargé de recueillir des fonds dans tout le Midi, agent qu'il n'aurait point exposé à une arrestation certaine s’il avait eu conscience de s'être mis en insurrection Contre le gouvernement; c’est la continuation de la correspondance des trois chefs de la marine avec le ministre; c’est Trogoff se préoccupant de l'emploi de l’escadre pour la campagne prochaine ; c’est une lettre de Chaussegros et Puissant du 16 août au ministre, en réponse à uue dépêche de celui-ci du.8 où il leur faisait part de projels d'incendie de nos arsenaux prêtés aux Anglais, leltre où ils disent : « Les ouvriers du port et habitants dé la ville connaissent tout aussi bien que nous lé prix d’un dépôt aussi précieux que celui des magasins de l’arsenal. Nous avons fait connaître au Comité général des sections notre juste sollicitude, et nous avons vu avec satisfaction le plus grand empressement de concourir avec nous à la conservation d’un port aussi précieux qu’utile à la République !. » :

Les deux dernières lettres de Trogoff à Dalbarade suggèrent la même idée. Le 16 août, le ministre lui ayant transmis des observations de l’amiral Truguet qui, de Paris, réclamait les signes extérieurs du commandement sur l’escadre, il s'irrite de pareille prétention, susceptibilité assurément mesquine en semblable occurrence, mais qui prouve qu’il réservait pour l’avenir tous ses droits à garder une - situation de commandant en chef; il proteste aussiqu'iln’a pasdemandé le poste qu'il occupe, qu’il désire toujours se retirer : « Votre lettre me rappelle tout ce que j'ai souffert, tout ce que je souffre et puis souffrir encore dans une place qui ne m’'appartient pas ?. ». Le 21 il communique au ministre des renseignements sur les forces enne-

1. Arch. Marine BB3 30, fol. 168. Brun (£. 11, p. 218) croit Puissant sincère. Dans le Précis de sa Conduite, Puissant dit avoir tenté, le 19 août, dans une assemblée des ouvriers présidée par Chaussegros et où Trogoff était venu, de réunir les ouvriers dans un effort commun, mais Trogoff insulté se retira et l'assemblée se dispersa. La dernière lettre de Chaussegros au ministre est du 17 août (BB 30, fol. 169).

2. BB# 21, fol. 184. M. Chevalier se trompe en la datant du 18 et en déclarant que c’est la dernière que Trogoff ait envoyée à Dalbarade (op. cit., p. 73). Truguet était resté à Paris pour attendre les ordres du Conseil Exécutif (papiers Truguet, coll. Maurice Loir). Celui-ci, le 29 août, supprime son commandement et son traitement (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 168), Le 9 septembre il lui ordonne de se conformer à la loi du 5, prescrivant à tout oflicier qui n’a pas reçu de lettre de service de se retirer dans sa municipalité (Aulard, ibid., p. 376). Le 24, il est mis en détention dans son logis pour ses relations avec Victor Broglie (coll. Maurice Loir). Le 16 frimaire, il sera destitué par mesure de sûreté générale (AF*1r 139).

mies, estime d’après l’importance de celles-ci qu’elles veulent tenter une grande opération, par exemple un débarquement à Hyères, se demande et demande au ministre ce qu’il fera ‘; quatre jours avant la trahison de Toulon il songeait encore à conserver l’escadre ?.

Jusqu’alors, si les Toulonnais étaient en insurrection contre le gouvernement conventionnel, ils n'avaient pas officiellement renoncé aux formes républicaines et, les trois chefs de la marine, bien qu'ils eussent autorisé de leur présence et de leur signature des manifestations de révolte contre la Convention, demeuraient en tant que marins soucieux de leurs devoirs. Mais, nous l’avons vu, bien des Toulonnais, en désespoir de cause, songeaient à recourir à l’appui des Anglo-Espagnols plutôt qu’au pardon de la Convention. La famine croissante, les progrès de l’armée de Carlteaux avaient déjà fait nouer par les révoltés marseillais des négociations avec l'amiral Hood pour en obtenir la libre circulation des grains par mer et probable-

ment davantage #. Toutefois le chef de la flotte anglaise préférait entrer dans Toulon, notre port dé guerre. Il espérait recevoir bientôt des envoyés des Toulonnais et les députés de Marseille auprès de lui S'y attendaient aussi“. Les Anglais, nous le HR avaient d’ailleurs depuis longtemps des affidés dans Toulon.

La victoire de Carteaux à Salon et Lambesc, sa marche rapide sur Marseille ruinèrent les espérances fondées sur Hood par les chefs du mouvement marseillais et firent refluer vers Toulon quantité de fugitifs de la grande ville voisine qui communiquèrent leurs terreurs aux contre-révolutionnaires toulonnais 5. Aussi, dans la nuit du 23 au 24 août, un officier anglais fut reçu en ville après avoir traversé furtivement la rade. Il noua des négociations qui aboutirent, le lendemain, à la proclamation de Louis XVII et à l'appel des Anglais par un acte formel du Comité général des sections : les vaisseaux seraient désar-

més, la citadelle et les forts remis provisoirement entre les mains des:

Anglais qui rendraient le tout au roi de France à la conclusion de la

paix °. Un manifeste daté du 24 août annonça l’événement aux Tou-

1. Arch. nat.DxLu, n° 4. Le 18, il avait demandé à Tilly, à Gênes, de lui communiquer tous les renseignements qu'il aurait sur les mouvements de l'escadre espagnole et sur sa jonction avec les Anglais (BB# 21, fol. 186. Arch. marine).

2. M. Cottin est d’un avis tout opposé (op. cit., p. 99). Pour lui, Trogoff s'entend avec les royalistes dès les débuts ; il a reçu par Lebret d'Imbert, les instructions des princes lui prescrivant « de faciliter de tous ses moyens les opérations des puissances

alliées ». Mais M. Cottin se fonde sur le témoignage de Lebret d’Imbert dans le

« Précis historique » de ce dernier; or, il nous prévient par ailleurs (p. 113) du peu de créance que mérite cet individu; que Lebret eut été chargé par les’ princes de s’'aboucher avec Trogoff c’est très vraisemblable, qu'il ait gagné l'amiral à la cause royaliste rien ne le prouve avant l’appel fait aux Anglais par les Toulonnais.

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