‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 399 sur 889 · Pons, pp · texte numérisé non relu

Pons, pp

6, Saint-Julien l'écrit à Escudier, Saliceti, Albitte et Gasparin (lettre de ceux-ci au Comité de Salut publie du 28 août. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VE, p. 161). L’enseigne Romeiron du vaisseau l’Apollon allant le 27 porter une lettre de Saint-Julien au Comité des sections voit Trogoff dans la salle du Comité (Maurice Loir, La livraison de Toulon aux Anglais en 1793, Revue maritime, 1897, p. 278).: Gauthier de Brécy, Révolution de Toulon en 1793. Paris, 1828, in-8, dit p. 69 que Trogoff « restait à terre à l'effet de se concerter avec le comité général pour l’exécütion des volontés des sections ».

7. Guérin même, qui est si favorable à Trogoff, s'étonne de ce fait (p. 312). Ce fut

tee on leur promettait d’ailleurs que les Anglais leur assureraient la paie en numéraire et beaucoup avaient quitté Toulon. Quant aux soldats de marine et matelots, ils se trouvaient également déso-

rientés, ceux qui étaient Provençaux avaient déserlé en grand nom-

bre el il ne restait plus guère que 10,000 matelots présents dans le:

port et sur l’escadre. Enfin. quantité d'officiers nobles ou RUES ie :

sections avaient abandonné leur bord.

Cependant, sur les10,000 présents, il y avait 7, 000 Ponentais, et ceuxci moins dominés que leurs camarades par les influences locales, commandés par des capitaines roturiers, Bouvet, Boubennec * ou attachés à leur devoir comme Puren-Keraudrin ?, avaient de plus sur l’escadre le chef qui manquait à l’arsenal et au port : Saint- Julien, trop compromis par ses liaisons passées avec les clubistes pour se rallier aux sections. Les vaisseaux ponentais renforcés de quelques vaisseaux toulonnais constituaient donc en rade, à côté de la majorité des bâtiments dégarnis d’équipages et d'officiers, une petite escadre isolant les Toulonnais de la flotte anglaise, et en siluation d’une part de foudroyer de son artillerie la ville rebelle, d'autre part de balayer le goulet ; ils risquaient par contre d'être accablés sous le feu combiné des forts et de l'ennemi.

Le 24 août, des canots étant venus proposer aux Éuhibaces Iæ cocarde blanche avaient élé accueillis par les eris de : « Vive la .Nation et la Liberté * ». Le 25, le Comité général des sections fit porter à Saint-Julien, communication oflicielle de son entente avec les Anglais et l'engagea à « faire revenir l’armée de son erreur », sinon Toulon était décidé à repousser la force par la force : « L’escadre peut, en sauvant la patrie, se couvrir d'une gloire immortelle ». Le

contre-amiral menaça les porteurs de ce manifeste de les pendre. aux vergues de son vaisseau s'ils revenaient, déclara qu’il bombar-

derait la ville au cas où on l’empécherait de se défendre contre les

Anglais ‘ et se saisit des forts de l'Eguillette et de Balaguier ainsi que

des palBres < du cap Sepet ‘.

à la demande d’une députation de la flotte que le 25 au matin Saint-Julien arbora

le pavillon de commandement (Cottin, p. 120). Le vaisseau amiral était Le Commerce de Marseille.

1. Boubennec, sous-lieutenant de vaisseau en 1786. Nous le retrouverons. Il a écrit, sur son attitude dans ces circonstances, un Mémoire du citoyen Boubennec, capitaine. de vaisseau, commandant ci-devant le vaisseau de la République lEntreprenant venant de Toulon, à tous mes concitoyens de Brest, frères et amis. Landerneau, 1794, ‘impr. Havard, 14 p. in-4. (Biblioth. du port de Brest). Noter que Cazotte, autre capitaine roturier des Ponentais, trahit.

‘2. Officier de l’ancienne Compagnie des Indes, enseigne de port, capitaine de brülot, liéutenant de 2° classe sur la liste de 1791, capitaine du 1°r janvier 1793, commandant’

l’Orion (Guérin, p. 344 note, et Liste de 1791). ; 3. « Précis de ce qui s’est passé digne d’être remarqué en rade de Toulon » par un marin de l’Orion (Arch. nat. Dxzu, n° 4). Notons que, d’après le même, le 20, le 21, le 22, le 23, le 24 août, Trogoff a défendu la communication avec la terre. -4. Arch. nat. DxLur, n° 4, texte de la lettre.

5. Maurice Loir, La livraison de Toulon aux Anglais. Lettre de Régat, l’un des:

meneurs toulonnais, de Toulon, 19. octobre, dans Buchez et Roux, t. XXXV, p. 420.

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Mais officiers et marins passèrent les journées des 25 et 26 en conciliabules incohérents qui aboutirent à l'envoi d’une députation et d’une adresse au Comité des sections. L'adresse reflétait l’'émoi de ces braves gens, le combat qui se livrait dans leur âme : « Jamais nous ne prendrons les armes contre les Francais quels qu’ils soient, y étaitil dit, ils sont nos frères et pour cette raison vous ne devez rien craindre de nous ; mais aussi jamais nous ne consentirons à nous déshonorer en livrant l'entrée de Toulon aux ennemis », et ils exprimaient le désir que les coalisés donnassent à l'escadre liberté de sortir, d'aller dans tel point de France qu’elle indiquerait; « que nous nous estimerions heureux, frères que nous chérissons, si comme nous vous preniez un parti tout autre que celui de vous livrer à l'ennemi », ajoutail naïvement l'adresse ‘. Au retour de la députation, les délibérations recommencèrent sur l’escadre », et «c’est ce qui a fait le malheur de la majorité », dira plus tard un PADpIree assez exact ? des événements, on discuta au lieu d'agir.

Le 27, Saint-Julien demanda aux capitaines le vœu du personnel de chaque vaisseau sur la conduite à tenir : les seules réponses que nous connaissions dénotent, comme l'adresse de l’escadre, le désir des marins de combattre les Anglais, leur répugnance à ouvrir les hostilités contre les Toulonnais. Durant cette même journée, des préparatifs de défense furent faits par Saint-Julien d’après les historiens royalistes ou anglais, par les capitaines ponentais tandis que Saint-Julien s’étourdissait dans l'ivresse, d’après le récit postérieur de Puissant. Le rapport d’un marin appartenant au vaisseau l’Orion indique à cette date des ordres donnés par Saint-Julien, mais des ordres absolument contradictoires *. Évidemment, dans ce moment critique, l’escadre manquait d’une direction ferme, perdait en discussions confuses, en démarches irrésolues, en vaines démonstrations, des heures bien précieuses. Aussi le désarroi grandissait, et ce même jour, sur ces matelots et officiers ahuris qui ignoraient ce qui se passait au delà de Toulon, qui se trouvaient abandonnés par leurs chefs ou les voyaient dans le parti royaliste, vint tomber une réponse des sections de Toulon à l’adresse du 26. Très conciliante de ton pour les équipages et les ofliciers, elle leur dénonçait Saint-Julien comme un rebelle qui vivait publiquement et au milieu d'eux « dans la crapule et l’adultère » : Saint-Julien les trompait et les perdait, ils devaient se ranger « du parti du peuple souverain », et l'écrit se terminait par cette imposture inouïe : « Hâtez vous, on vouslaisse ignorer

1. Dxzur, n° 4. Précis du marin de l'Orion. Faits relatifs à l’entrée de la flotte anglaise dans Toulon en 1793 de Puissant, déjà cité. Brun, t. IT, p. 222.

2. Rapport anonyme envoyé de Marseille au ministre le 3 septembre (Arch. marine, BB3, 30, fol. 186).

3. Faüts relatifs à l’entrée de la flotte anglaise dans Toulon, par Puissant. D’après le précis du marin de {’Orion, tandis que le 25 août l’escadre a manœuvré pour barrer l'entrée de la rade, le 27 Saint-Julien a ordonné d’aller mouiller dans le fond de la rade, et, dans la nuit du 27 au ?8, d’aller s’embosser à l’entrée de la rade.

sans doute que Paris à placé Louis XVII sur le trône ! ». On répandit aussi le bruit qu'à tous les marins désireux de retourner chez eux Toulon en fournirait les moyens, comme ils le demandaient la veille, et que la solde acquise leur serail payée ?. Aussi le Comité s’enhardit jusqu’à recevoir fort mal deux nouvelles députations io. précipitamment par Saint-Julien et les équipages:

Dans la nuit du 28 au 29, Saint-Julien donna ordre aux navires de s’embosser à l'entrée de la rade , car l’escadre anglaise se rapprochait et allait lenter de forcer les passes. À 3 h. 12 du matin, les capitaines allèrent prendre les ordres du contre-amiral ‘. Mais à 10 h. du matin, le 29, Van Kempen, lieutenant de vaisseau qu'avait aigri naguère le refus d’un avancement mérité, et qui commandait la frégate la Perle mouillée au fond de la petite rade, tout près de la ville et loin du goulet, Van Kempen hissa le pavillon de commandement comme si Trogoff était à bord et reprenait la direction de lescadre; puis Za Perle fit signal à tous les vaisseaux de se retirer et d'aller mouiller en petite rade auprès d'elle. Saint-Julien amena son pavillon de commandement, sept vaisseaux provençaux obéirent aux ordres dela Perle el le fort La Malgue fit aux Anglais des signaux

d'appel *.

Alors la confusion devint complète dans la division ponentaise. Saint-Julien se réfugia à terre en criant aux officiers et équipages . de faire comme lui et d'aller à l’armée de Cartéaux. Gassin commandant la frégate la Topaze, supplié par son lieutenant et son équipage d’appareiller et de se fier à la vitesse supérieure du bâtiment, préfère, au témoignage de Puissant, suivre l'exemple de Saint-Julien ° et

| 1. Arch. nat., D xLu, n° 4.

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