‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 436 sur 889 · EFFET PRODUIT PAR LA RÉVOLTE DE L'ESCADRE · texte numérisé non relu

EFFET PRODUIT PAR LA RÉVOLTE DE L'ESCADRE

Le 27, Bréard recevait de Tréhouart le récit de la nouvelle insurrection de l’escadre dans la soirée du 21 : l’or de Pitt, lui déclarait -son collègue, a égaré des hommes simples en trompant leur patriotisme : «les agitateurs ne voulaient, disaient-ils, retourner à Brest que pour conserver cette ville insurgée à la République et la préserver du sort affreux de Toulon, tous les chefs de cette cité rebelle . étaient contre-révolutionnaires et la Convention venait de les destituer; un décret venait d’être rendu qui ôtait aux nobles l'admission

aux places, donc ils étaient des traîtres, et l’armée navale sur laquelle il y en avait quelques-uns devait rentrer à Brest pour s’en purger ; l'ennemi, disaient-ils, va paraître sous peu, on nous trahit, on veut lui livrer les forces navales de la République, il n'y a que le port de Brest qui puisse les mettre en sûreté ‘. » Les marins dénonçaient donc aux Représentants les menées des Brestois. Bréard, cependant, sur les conseils de Tréhouart, demanda au club de Brest, pour ramener au devoir le personnel de la flotte, une adresse qu'il annonça au Comité de Salut public devoir être « brûlante », et en effet, le 30, sitôt la flotte en rade, une députation du club se présenta, sur les vaisseaux pour les haranguer. Mais elie était conduite par un individu compromis dans le mouvement girondin, Belval, sous-chef d'administration de la marine, et celui-ci prononca des paroles maladroites immédiatement commentées par la malveillance ?. Aux dénonciations des montagnards brestois se joignirent celles de leurs partisans dans l’escadre, et tandis que les Représentants commencaient une enquête, du haut des remparts et des postes de signaux de la rade on voyait défiler paisiblement, comme pour narguer les patriotes, une flotte marchande, anglaise selon les uns, que les autres assuraient être le convoi hollandais, et dont la rentrée malencontreuse de nos forces navales assurait la libre navigation *. La trahison était évidente, clamaient les montagnards, les auteurs des insurrections de Quiberon et de Belle Isle c’étaient les nobles, les fédéra-

1. Transmise le 27 septembre par Bréard au Comité de Salut public. AFn, 278. Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. VII, p: 89.

2. Bréard, 27 septembre au Comité de Salut public. Sur le passé fédéraliste de

Belval, v. BB4, 20, fol. 225 ; sur l’escadre il vint dire : « que la tête des mutins tombe et qu’elle tombe sans les entendre », on crut qu’il était complice des meneurs et souhaitait qu'ils mourussent sans rien divulguer (BB£, 26, fol. 201-203). Voy. Les crimes de l’ex-tribunal révolutionnaire de Brest dénoncés au peuple français et à la Convention nationale, Paris, chez la veuve Gorsas, an IT, in-8°.p. 87. * 8. Lettre du citoyen Damour, 16 vendémiaire, transmise au Comité de Salut public (AFu, 295), et rapport d’un navire américain constatant le passage d’un convoi anglais de 140 transports le 23 septembre, d’un convoi hollandais de 130 voiles le 24 (BB?, 38, fol. 11). Noter qu’une flotte de 15 navires escortait le convoi anglais (ibid.), et qu'une lettre du Comité de Salut public du 23 vendémiaire prouve que l'opération sur le convoi hollandais avait été divulguée et devait par suite échouer (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, p. 411). Mais le Comité de Salut public, le 30 vendémiaire, regretta néanmoins.la perte de l’occasion (lettre à Jeanbon et Prieur à Brest, Arch. commun., Brest; Savary, op. cit, t. I, p. 294, en cite un fragment reproduit dans Aulard, t. VII, p. 539). Jeanbon, Bréard tiennent un-langage analogue aux marins le 6 brumaire. <

listes achetés par l'étranger. Leur colère et leur défiance étaient à tel point éveillées qu'ils virent une nouvelle perfidie dans la sortie de frégates dépêchées au large peu après pour une mission secrèle :.

Les nouveaux faits transmis à sa connaissance, le revirement des

Représentants en mission à Brest, le passé louche de Verneuil délégué des équipages à Paris, la colère de voir échapper le convoi ennemi, déterminèrent un revirement du Comité de Salut public lui-même.

. Verneuil fut réexpédié à Brest avec ordre de l’y incarcérer. Jeanbon

et Prieur, qui devaient partir le 24 septembre, prolongèrent leur séjour à Paris, sans doute jusqu’à plus ample informé. Le-27, Jeanbon, d’après les dépêches de Bréard et Morard de Galles el le procèsverbal de Tréhouart, rédigea un arrêté qui prescrivait d’une part de saisir les officiers insubordonnés du Tourviile ainsi que Baron et Crevel, et de les traduire à Paris, qui. ordonnait d'autre part l’épuration des états-majors et l’envoi de deux bataillons à Brest pour y

assurer l’ordre. La flotte rentrerait au port mais pour ressortir le .

plus tôt possible ?. Enfin, le 30, Barère rédigeait l’arrêté que nous avons cité : « considérant que les malveillants ne cessent de travailler

la ville de Brest et qu’il importe dans les circonstances actuelles de.

surveiller sévèrement tout ce qui concerne la marine de la République », il chargeaïit Prieur de la Marne et Jeanbon de se rendre à Brest pour y prendre des mesures de sûrelé générale à l'égard des autorités constiluées comme de la marine *.

Jeanbon Saint-André et Prieur de la Marne avaient donc à remplir conjointement deux missions : arrêter la désorganisation de l’escadre de Brest et de la marine dans notre premier port de l'Océan, écraser les factions ennemies de la République montagnarde dans la commune de Brest. De plus, munis de tous les pouvoirs ainsi que l'étaient tous les commissaires de la Convention, l'administration du pays rentrait dans leurs attributions, et comme leur ressort n'avait d’autres limites que celui assigné aux Représentants les plus voisins, ils étaient investis d'une véritable dictature non seulement à Brest et Lorient, mais dans le resle du Finistère et du Morbihan et dans les Côtes-du-Nord #. Ils passèrent pour se rendre à Brest par Rennes,

1. Lettre du citoyen Damour. Sur l'envoi des frégates, voy. BB*, 36, fol. 365, 376 ; BB», 38, fol. 362. \

UE AFn, 295, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIT, p. 82. Ne pas confondre le procès- “verbal dressé par Tréhouart et sa lettre à Bréard que celui-ci transmet au Comité de Salut public le 27 septembre.

3.Le décret confirmant leur mission est Procès-verbal de la Cas t. XXII, p. 75, séance du 4octobre 1793. Ils l'ont reçu à Brest. 4. Rupport des Représentants envoyés à Brest et. auprès de Var mée navale,

Page 1