SON ARRIVÉE À BREST AVEC PRIEUR
où ils virent Carrier. Jeanbon avait eu Carrier pour collègue dans sa très courte mission à Melun et il le félicita de son énergie à réprimer les complots fédéralistes et nobiliaires. Hâtons-nous d’ajouter que « Carrier n’avait pas encore épouvanté la France par ses cruautés ! ». Le 16 vendémiaire (7 octobre), après six jours et presque six nuits de course à travers des chemins défoncés, les deux membres du Comité de Salut public entraient à Brest ?.
Dès lors, il y eut dans cette ville quatre Représentants. Leur réunion constituait une « commission » où les décisions devaient être prises d’un commun accord. Mais Jeanbon et Prieur s’imposaient à leurs deux collègues par l'autorité de leur situation au Comité de Salut public. D’ailleurs, Tréhouart, « marin et patriote », n’était pas
un caractère ; «il n’a pas l’art de conduire les hommes et il l’a prouvé à Quiberon », dira de lui Saint-André, et, en effet, incapable de réprimer les mutins, il s'était contenté de rédiger à leur adresse des proclamations larmoyantes”*. Bréard, bon administrateur, se déclarait « doué d’un caractère qui ne sait pas plier ‘ », nous verrons qu’il avait de grandes illusions sur lui-même et passait souvent d’une condescendance excessive à une rigueur inconsidérée. Des deux membres du Comité de Salut public, Prieur, « avec du courage et du talent », ne connaissait point du tout la marine ; son « âme de feu », son « éloquence militaire », excellaient à «électriser » les foules ; maïs il avait peu d'idées, s’était déjà subordonné à Jeanbon dans leur mission aux armées, et durant son séjour à Brest il n’interviendra dans la cor-
1. Jeanbon et Prieur sont encore à Paris le 14 octobre. On a cru qu'ils étaient envoyés à Bordeaux pour remplacer Ysabeau et Tallien et casser leurs opérations (Aulard, Actes du Comité de Salut public t. VII, p. 191) ; leur voyage de Paris à Brest ayant duré 6 jours et 6 nuits (voy. plus loin), ils n’ont pas eu le temps de passer d’abord à Bordeaux; nulle part, d’ailleurs, on ne voit trace de leur séjour dans cette dernière ville. Sur leur entrevue avec Carrier, voy. lettres d'eux au Comité de Salut public, du 16 vendémaire, et de Carrier au même, même date (Aulard, t. VIT, pp. 284 et 287); la citation que nous faisons est de Jeanbon, inculpé à propos de cette entrevue par les thermidoriens de Brest en l’an III, dans sa Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest. Paris, 20 prairial an [II, 31 p. in-8. Bibl. nat. Le, ne 276; elle est juste, car dans cette mission qu'il avait reçue le 14 août, si Carrier s'était montré rigoureux (voy. AF 184 et 185), à Cholet il allait avoir un cheval tué sous lui, et il rendait justice à Kléber. La peur des Vendéens n’avait pas encore développé en lui la folie furieuse.
2. [ls ont dû passer par Morlaix : « A notre passage dans notre ville », “écriront-ils, le 28 vendémiaire, au district de Morlaix (Registre I d’arrêtés des Représentants. Arch. commun. Brest); pourtant ils sont mentionnés passant à Lorient, le 27 septembre, 6 vendémiaire (Registre D#, n° 1, fol. 99 recto, Arch. commun. Lorient), la date du 27 séptembre est en tout cas inexacte. Sur les chemins qu’ils ont traversés, voy. leur lettre au Comité de Salut public du 16 vendémiaire. Noter qu’un décret du 22 février 1793 avait accordé 10,300,000 livres pour la réparation des routes.
3. Jeanbon au Comité de Salut publie, 22 brumaire (BB3 38, fol. 434, Aulard, Actes ce Comité de Salut public, t. VILL, p. 366), proclamations de Tréhouart dans AF1r
278. Voy. Procès-verbal, t. XXXI, p.358, Tréhouart présenté Lis Convention comme un chaud montagnard.
4. Bréard au Comité de Salut public, 23 septembre 1793 He IL de correspondance des Représentants. Arch. commun. Brest ; Aulard, t. VIL, p. 21.)
respondance des Représentants que par des phrases retentissantes !. Le chef réel de la mission va être Jeanbon. Ses ennemis même reconnaîtront l’antorité de « sa parole mesurée et presque savante ? », ses collègues s’inclineront devant son mérite, el quoique rien ne soit fait que d’un commun accord, c’est Jeanbon qui portera les jugements généraux, rédigera les rapports, tracera les plans d'ensemble. D'ailleurs, la commission fut bientôt réduite par l'envoi de Tréhouart à l'inspection des côtes, de Prieur contre les révoltés du Morbihan et de la Vendée, et il n’y resta que Bréard, l’administrateur, Jeanbon, l’homme de gouvernement. Auprès d’eux, dans la première quinzaine d'octobre, se trouvait le jeune Jullien, amené à Brest par la mission qu’il avait reçue du Comité de Salut public en septembre * ; créature passionnée de Robespierre, mais docile à l’ascendant des âmes fortes, il se. mit à leur service.
Jeanbon et Prieur trouvèrent les bureaux de la commission installés à l'Hôtel de la Marine, leur service réglé, l’organisation matérielle combinée par Bréard, ils n’y firent aucun changement ‘. Trois secrétaires furent affectés à la personne des Représentants du peuple, Maublanc, Duras, Labrouche; le second plus particulièrement attaché à Bréard, était chargé du service des dépenses de la commission; Labrouche, jeune, intelligent, avisé, fut spécialement aux ordres de -Jeanbon, le suivit dans tous ses déplacements et lui restera fidèle jusque dans l’infortune. Le concert des Représentants *, la distribution
1. Lettre Jeanbon, déjà citée, du 22 brumaire. Voy. Chassin, La Vendée patriote, t. LIT, p. 254.
2. Du Chatellier, Brest et le Finistère sous la Terreur, p. 94.
3. Jullien Marc-Antoine, dit Jullien de Paris pour le distinguer de son père Jullien de la Drôme, né à Paris le 10 mars 1775, aide-commissaire des guerres à l’armée des Pyrénées en 1793, agent supérieur pour le recrutement des armées sous le ministère Beurnonville, envoyé en mission à Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Bayonne, Avignon, Toulon, Marseille, Lyon, par arrêté du Comité de Salut public du 10 septembre (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 397), emprisonné durant quatorze mois après thermidor, employé à l’armée d'Italie, en Égypte avec Bonaparte, à Naples avec Championnet, disgracié par le Directoire, employé dans l’administration de la Guerre sous l’Empire, disgracié par Napoléon en 1813, fonde sous la Restauration l’Indépendant qui devint Le Constitutionnel et la Revue Encyclopédique (Biographie, Rabbe), mort, le. 28 octobre 1848, à Paris. Nous le retrouverons. Voy. sur lui Chassin, Vendée patriote, t. lII, p. 172 note. Sur sa présence auprès de Jeanbon et Prieur, voy. Lockroy, Une mission en Vendée, 2e édition, 1893, in-12. Paris, p. 38.
4. Réponse de Jeanbon à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest.
5. Sur Duras, voy. ibid. et AF1r 170, état des dépenses de la commission envoyé par Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, le 7? brumaire ; attaques des thermidoriens de Brest dans ADxvin*, n° 39, Arch. nat. Duras était attaché à Bréard et Tréhouart avant l’arrivée de Jeanbon, restera auprès de celui-ci, puis auprès de Tréhouart et Faure en l'an 111. Maublanc apparaît à peine (AFu 271). Labrouche Dominique, que nous suivrons de près, probablement originaire des Basses-Pyrénées, était lié avec Bosc, l’ami des Girondins, et 'on le voit en 1795, marié avec une parente de la femme de Brissot ! 1l a dû, après pluviôse àn II, entrer dans l’administration centrale de la marine, la quittée pour se! fixer à Boulogne-sur-Mer à la suite de son mariage, y sera en fenctions dans l'administration de la marine le 1er juillet 1796 (renseignements communiqués par M. le Recteur Perroud, le nouvel éditeur de la Correspondance de Mme Roland). Jeanbon témoigne de la concorde constante entre
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