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une forte instruction, car l'ignorance du peuple entraîne bien des maux, et cela sous l'œil de l'État; leur nomination, leur déposition et ses motifs seront communiqués à l’État, car celui-ci doit être mis au courant de l’ordre intérieur de l’Église et doit pouvoir empêcher une déposition injuste. Les ministres vivront en simples particuliers, et surtout éviteront toute controverse avec les catholiques, la controverse développant le fanatisme et ses maux ; 3° quant à la discipline intérieure des Églises, il est regrettable qu’elles n'aient pas des évêques qui y maintiennent l'ordre et en répondent au gouvernement. Les consistoires, les synodes provinciaux et les synodes nationaux en tiennent lieu. Mais les synodes nationaux seront supprimés comme susceptibles d'amener des troubles, comme inutiles du reste, puisque les intérêts communs des églises auront été confiés à l’État; les synodes provinciaux seront conservés, car ils font régner l’ordre et soutiennent les ministres contre les consistoires, néanmoins il faudra les réduire à des ressorts peu étendus et à un petit nombre de membres qui seront connus du pouvoir. Les consistoires seront aussi maintenus et chargés des rapports entre le gouvernement et les fidèles, mais restreints en nombre et composés de gens d'esprit calme, houorables, dont la nomination sera soumise à la ratification de l’État; parmi leurs membres, deux seront chargés des rapports avec l’État, responsables de l'exécution de ses ordres, et des deux l’un sera le délégué du consistoire au synode provincial, il y aura ainsi pour. les membres du consistoire nécessité de concilier les intérêts de l'État et le bien de leur religion.
Ce qui saute aux yeux, dans ces Consridérations, c'est que l'esprit fougueux du calvinisme des xvi° et xvri° siècles en est totalement absent. Sans doute, comme le sermon de 1778, c’est là un écrit destiné au publie, aux catholiques et aux agents du gouvernement en particulier. Néanmoins, quel pasteur d'avant la Révocation aurait proposé pour ses confrères le régime suivant? « Il leur sera enjoint d'éviter jusqu’à l'ombre d’une dispute avec les prêtres catholiques ou autres sur l’article de la religion... C’est surtout dans les commencements d’un nouvel ordre de choses qu'il conviendrait d’être sévère sur ce point pour couper jusqu’à la racine ce fanatisme odieux, le pire des maux qui puisse désoler un État policé !. » Un Jurieu eût-il été assez accessible à la raison d’État pour louer la campagne de Richelieu contre les protestants, assez impartial pour reconnaître dans la Révocation de l'Édit de Nantes la conséquence d’une erreur, et non un crime prémédilé de la part de Louis XIV ? Que penser de ces mots qui s'appliquent évidemment au calvinisme : « une religion, fût-elle fausse dans ses dogmes ? »? Cette supposition eut été qualifiée de criminelle au siècle précédent. Bien plus, la suite de la phrase n’est autre que la formule du protestantisme libéral : le dogme
1. Considérations. Nicolas, op. cit., p. 302. 2- Ibid’, p: 295.
36 JEANBON PASTEUR A CASTRES
importe moins que la recherche de la vérité morale. Réduisant ainsi
la religion à une croyance morale, Jeanbon considère l'instruction el l'éducation comme seules capables d’écarter une foule de maux, il le dit en substance dans les Considérations, il le répète dans une lettre de 1787 à sa sœur, à propos de l'éducation de son neveu : « Je me nourris de l'espoir de lui être un jour utile et de contribuer peutêtre à en faire un honnête homme. Mais, mes chers amis, faites tout ce qui dépendra de vous pour que les impressions qu’il va recevoir ne lui nuisent point; travaillez à nourrir sa sensibilité. S'il ne la perd point il aura de l'honneur, et par l'honneur nous pourrons le conduire à toute sorte de biens ! » ; dans une autre de 1788 à Saint- Etienne, postérieure à l’Édit de tolérance, Jeanbon déclare qu'il faut maintenant que les protestants se rendent dignes de cet Édit, réforment le régime intérieur des Eglises : « il faut, comme vous le dites fort bien, faire de nous un peuple entièrement neuf, et le seul, l'unique moyen pour cela, c’est l'instruction ?. » Si l'instruction et l'éducation constituent les meilleurs moyens de régénérer l’homme, que devient la théorie de la grâce, la croyance à la faiblesse originelle de l’homme et à son impuissance de se relever autrement que par la volonté de Dieu?I1 y a chez notre pasteur un fanatisme, mais c’est celui de la dignité humaine ; on le voit par l’éloquence avec laquelle il s'élève contre les vexations, les préjugés outrageants dont souffraient ses coreligionnaires-dans la vie de tous les jours *. Les raisons par lesquelles il revendique la liberté de conscience sont toutes philosophiques, évidenrment inspirées de Rousseau ‘. Tout ceci, venant après le sermon de 1778, nous prouve bien que Jeanbon Saint-André est moins un pasteur qu’un philosophe et un moraliste, Rousseau, dans la Profession de Foi d'un vicaire Savoyard . recommande, lui aussi, de servir Dieu sans s'inquiéter du dogme, et, dans la Nouvelle Héloïse, il dit ce que Jeanbon répète aux parents de son neveu, que l’impulsion du sentiment est invincible et dans une âme honnête prend le caractère de la vertu. De même un sermon d’O. Desmont, un Mémoire de Rabaut Saint-Étienne ÿ, les libertés
1. Lettre citée en partie seulement par Sainte-Beuve (p. 154) et que nous n'avons vue nulle part ailleurs.