RIVIERE
bg OM pd ER LA à)
vous lui diles sur la nécessité de bien composer ces corps (les Consistoires). Si, comme il y a lieu de le penser, le gouvernement à sur nous des vues de tolérance, il est essentiel qu’il autorise les personnes d’un certain rang à se mettre à la tête de nos affaires ! », et la tournure de la phrase montre que tel est aussi l’avis de P. Rabaut. Dans la retraite où il s'enferme désormais pour six années ?, Jeanbon va revenir sur cette idée et la développera longuement.
C'est elle, en effet, qui a inspiré ses Considérations sur l'organisation civiie des églises protestantes. M. Nicolas, qui les a publiées #, n’en indique pas la date précise; visiblement, elles sont antérieures à l'Édit de Tolérance de janvier 1788, et les nombreuses allusions
qu’elles font aux dissentiments de 1780-1782 les placent après ces
démélés. L'ouvrage n’est peut-être pas terminé, car il finit brusquement, sans conclusion *, mais toutes les parties du plan sont traitées,
et, composé après dix ans d'exercice du ministère et d'expérience
de ses déboires, à l’époque où la question d’une modification légale du sort des protestants hantait tous les esprits, l’écrit est de première importance.
Le ‘litre suffit à énoncer la pensée de l’auteur : la situation des réformés étant à l’ordre du jour, il a voulu étudier quelle organisation civile l’État devait donner aux églises, et les rapports à établir entre elles et lui. Jeanbon commence par résumer ces rapports depuis Henri IV. L'Édit de Nantes, déclare-t-il, était trop favorable aux protestants, leurs prétentions poiitiques exploitées par l’ambition des grands forcèrent Louis XIII à les réduire au rang de simples citoyens. Il leur restait encore un faste excessif dans la célébration du culte, Louis XIV eût pu le leur interdire tout en. gardant des sujets utiles à l’État, il révoqua l'Édit de Nantes el les conversions forcées lui firent croire qu'il n’y avait plus de réformés en France; de là l'établissement de sanctions pénales contre les
1. « Outre que ces personnes-là ayant en général reçu une bonne éducation sont bien plus sages et plus réfléchies que les autres, leur état même, leurs places sont pour les supérieurs des garanties de leur docilité. On ne craint rien quand on n’a rien à perdre, et ce sont des anciens pris de la lie du peuple, dans le temps qu’on n’en trouvait point d’autres, qui nous ont fait faife souvent des coups de tête qui ont été vus de mauvais œil » (même lettre).
2. Jusqu'en mai 1788. Nous ne savons s’il a résidé à Castres constamment pendant cette période, ni s’il est resté complètement inactif. Nous disons « six années », parce que c’est le chiffre qu’il donne, quoique du 8 octobre 1783 à mai 1788 il n’y ait que cingans, « après avoir passé six années entières dans la plus absolue inutilité » (lettre : du 16 mai 1788, à Saint-Étienne. Collection Coquerel, Documents sur Rabaut Saint- Étienne, p. 49). 1l est probable qu'il n'a plus joué qu’un rôle très effacé depuis sa démission, le 21 juin 1782, jusqu’à $a disparition définitive le 8 octobre 1783.
3. Nicolas, Jean-Bon Saint-André, sa vie et ses écrits, pp. 276-310.
4. C’est là aussi l'opinion de M. Nicolas, op. cit., Introduction p. 1x, note 2.
34 JEANBON PASTEUR A CASTRES
nouveaux convertis qui revenaient à leur croyance. Les réformés n'ont commencé à respirer qu’à la. fin du règne de Louis XV, et, sous le règne actuel on les traite avec humanité. Ils demandent qu'on leur accorde « dans le droit, à peu près les mêmes choses dont, dans
le fait, on leur permet de jouir ». Ce serait « peut-être une opération
politique: utile à l'Etat ».
L'auteur aborde alors, dans une première partie, l'examen de « l’abolition des lois pénales ». Sans s’attarder à « des déclamations vagues, quelque justes qu’elles soient », sur « la tolérance en général », il constate que tous jugent les lois portées contre les protestants d’une sévérilé excessive; elles sont de plus tombées en désuétude. Pourquoi les maintenir ? C’est entretenir les sujets dans « l’idée que les lois ne sont pas toutes également respectables, et qu’il en est qu’on est forcé de violer par devoir », idée dangereuse pour l’État ; c'est aussi empêcher les protestants d’ être utiles, en génant leur travail, en leur ôtant tout ressort par l’humiliation dont on les accable; c’est, enfin, les entretenir dans « un esprit d’amertume et de jalousie qui les a rendus plus d’une fois ombrageux à l'excès », et ceci encore est nuisible, les mœurs sociales ne peuvent que perdre par l’inimitié
de deux religions. Les commandants dans les provinces ont essayé.
d’y porter remède, mais leur action est forcément illégale, irrégulière, provoque des complications, car, ne pouvant s'adresser directement à des gens qui n’ont pas d'existence légale, ils usent visà-vis des protestants d’intermédiaires qui peuvent dénaturer leurs intentions et leurs ordres, par erreur ou de propos délibéré.
Après avoir ainsi établi qu’il faut abolir les lois pénales, Jeanbon traite dans une deuxième partie, « des bornes de la tolérance ». Il affirme d’abord que les plus sages des protestants ne demandent que l'abolition des lois pénales. On objectera que « c’est, par une conséquence inévitable, laisser aux protestants la liberté de leur culte ». Sans doute, mais ils l’ont toujours célébré malgré la persécution, ils ne feront que continuer. Il est d’ailleurs reconau que la liberté de conscience est naturelle à l’homme, est « l'apanage propre et indestructible de son intelligence ». Et une religion, « fût-elle démonirée fausse dans ses dogmes », est utile par sa morale pour maintenir l’ordre dans l'État. Le culte protestant doit donc être toléré. Dans quelles limites? On ne lui laissera « aucun éclat, aucune pompe extérieure qui annonce son existence....., et il faut qu'il soit soumis dans son obscurité même à une police qui ne lui permette pas de franchir les bornes qui lui seront assignées ». Les protestants éclairés ne demandent rien de plus, l’auteur réfute d'avance ceux qui réclameraient les honneurs et l'appareil réservés à la religion dominante, au catholicisme.
L'État doit donc : 1° régler le lieu des assemblées : celles du désert étant irrégulières constituent un spectacle fâcheux,; il faut en ville un local loin des édifices du culte catholique, et où le gouvernement puisse maintenir l’ordre; 2° surveiller l'éducation et le ministère des pasteurs : ils seront formés en France à l'esprit national, ils recevront