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que Huguet ne se montrera pas digne de cet avancement prodigieux. Restèrent maintenus au commandement des frégates, outre Zacharie Allemand, les capitaines Desgarceaux, Cornic fils, qui s'étaient déjà distingués par des prises ‘ ; y fu? joint Gohet Duchesne, le lieutenant revenu de Toulon.
Furent nommés lieutenants à bord des vaisseaux, les enseignes eniretenus qui avaient servi sur des vaisseaux de ligne; furent nommés au même grade à bord des frégales et corvettes, les enseignes entretenus qui ‘avaient servi sur des bâtiments légers. Pour plusieurs, le Représentant demanda l'avis des capitaines dont ils avaient été les subordonnés. Le nombre des lieutenants pris parmi les enseignes non entretenus, ou les capitaines du commerce et les capitaines de corsaires fut très faible. La plupart des nouveaux lieutenants furent nommés provisoirement ?.
Les Représentants choisirent comme enseignes entretenus surtout des enseignes non entretenus, des aspirants de première classe, des chefs de timonerie; mais, pour ce grade subalterne, ils mirent davantage à contribution les anciens maîtres pilotes, les officiers du commerce ou des transports, et jusqu’à un maître canonnier et un sergent d'artillerie de marine. Les enseignes non entretenus furent recrutés parmi les chefs de limonerie. Les aspirants devant servir à bord des vaisseaux furent pris parmi ceux des bâliments légers et parmi les chefs et seconds chefs de timonerie, les aspirants de seconde et troisième classe parmi les timoniers ou matelots de haute paye *.
En même temps qu'il reconstituait les états-majors, Jeanbon préparait des ofliciers pour l'avenir. Les lois des 6 février et 7 octobre allaient reprendre leur cours, les écoles d’hydrographie organisées dans certains ports, ou qu’on établissait dans d’autres, formeraient des aspirants dont Gaspard et Louis Monge étaient chargés d’examiner les titres au grade d’enseigne entretenu *. Jeanbon, par arrêté
en 1816 (Dict. des Parlementaires; pétition de Lucadou le mentionnant dans ADvir 35. Arch. Nat.).
1. Desgarceaux, sous-lieutenant du 8 octobre 1787, lieutenant sur la Liste de 1791. Cornic fils et lui avaient, au commencement de l’année, accompli un beau fait d'armes (Guérin, p. 282). Cornic du Moulin, fils du contre-amiral, sous-lieutenant du 8 octobre 1787, enseigne entretenu sur la liste de 1791. Nous verrons la fin de Desgarceaux. Gohet Duchesne commandera comme capitaine, en l’an IT, une expédition aux Antilles.
2. Guerre, armée des côtes de Brest; Arch. nat. AF1r 296; Arch. marine BB3 38, fol. 397 ; BB‘ 36, fol. 115, BB3 21, fol. 32. Parmi les lieutenants promus, citons Plucket, corsaire fameux, surnommé le second Jean Bart (France maritime. Paris, 4 vol. in-4, 1851, t. IV, p. 220) et Perrée, né à Saint-Valéry sur Somme, en 1761, mousse à douze ans, capitaine de commerce en 1793, passé au service de l'État comme enseigne. Nous le verrons à l’œuvre. Pris en 1799, le 18 juin 1800 tomhé de nouveau dans une flotte anglaise il se fera tuer (Gloires maritimes).
3. Guerre : armée des côtes de Brest. Arch. Nat., AF11 296, D xvi n° 1.
4. AFïr 296, Aulard, Actes du Comité de Salut public, 1. IX, p.,439; annonce d’une tournée de Monge à Antibes, la Ciotat, Paimbœæuf, Marseille par le ministère de la marine, le 30 frimaire (Arch. du Var. L 856). Décret établissant une école d'hydrographie à Quillebœuf, le 2 octobre sur rapport du Comité de Marine (Procésverbal, t. XXII, p. 41).
du 27 vendémiaire, plaça sur les vaisseaux de l’escadre de Brest des instituteurs chargés non seulement de donner aux matelots une iustruction rudimentaire, mais encore d'apprendre « la théorie de la navigation » aux novices déjà dressés à la pratique. Les meilleurs de ces jeunes gens seraient, après examen, envoyés par le ministre
aux écoles d’hydrographie, pour aborder dans la suite les premiers grades, et d’échelon en échelon atteindre des commandements où ils pourraient « renouveler les exploits des Jean Bart et des Ruyter ! ». Ce système, adopté bientôt par la Convention pour toute notre marine, ne dura pas assez Ing renpe pour qu'on soit à même de juger ses résultats.
Approuvé par le ministre et le Comité de Salut public, l’ensemble des promotions dressées par Jeanbon et ses collègues a été censuré, d’abord par les officiers qui n’en ont pas bénéficié, ensuite par les écrivains qui ont recueilli leur témoignage, souvent tra-
vesti d’ailleurs par l'incertitude des souvenirs ?. Il n’a pas élé:
moins criliqué de nos jours par les historiens ayant fait partie du corps dela marine et qui ne peuvent admettre qu’un civil, un simple législateur, se soit permis de décider du mérite des officiers de marine. On a raisonné d’après la conduite piteuse de plusieurs capitaines de l’escadre de Brest à la bataille navale du 13 prairial,
on a cité le jugement de Villaret-Joveuse en l'an III sur ses subor-.
donnés *. Évidemment, nous le constaterons, il s’est produit des défaillances dans la grande rencontre de notre flotte avec les Anglais
en juin 1794, et Villaret-Joyeuse était bien placé pour convaître la
valeur de ses ofliciers. Observons pourtant que plusieurs des capi-
taines qui ont mal soutenu le feu de l'ennemi au 13 prairial n'étaient.
pas du nombre des chefs nommés par Jeanbon en vendémiaire et brumaire; Villaret-Joyeuse écrivait en pleine réaction thermido-
rieune, alors qu'après être longtemps resté fidèle à la République.
montagnarde il éprouvait le besoin d'en condamner les errements pour faire sa cour à l'opinion du jour; en outre, sa diatribe vise essentiellement les nominations faites postérieurement aux promotions des Représentants à Brest et conformément à la loi du 7 octobre, et il attribue tout l'effet des mauvais choix au verdict des sociétés populaires, qui étaient maîtresses par la délivrance ou le refus des certificats de civisme, de la carrière des officiers.
Assurément, toutes les nominations de Jeanbon et Bréard ne sont pas également heureuses. Mais, nous le répétons, la désorganisation
1. Collection des arrêtés pris par le républicain Jeanbon Saint-André, décret du 12 pluviôse à la suite du Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 24 de ce rapport, Procès-verbal de la Convention, t. XXX, p. 280 et XXXI, p. 9.
2. BB 38, fol. 465; minute du Comité de Salut public à Jeanbon et Bréard en brumaire déjà citée, « vous avez conservé à la République l’escadre de Brest en faisant justice de ces ofliciers pervers dont la nation salariait les vices et la trahison ». Sur les critiques, voy. Kerguelen, op. cit, pp. 351-356 ; le prince de Joinville, Vieux Souvenirs, Paris, 1894, in-8, p. 369; Guérin, p. 392; Jomini, Histoire critique et militaire des guerres de lu Révolution, 1819-1824, 15 v. in-8, t. V, p. 283; Chevalier, etc.