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que d’autres pasteurs prennent avec le dogme, la lecture assidue des philosophes à laquelle se livrent les protestants éclairés ?, nous confirment qu’à la veille de la Révolution, l’état d’esprit signalé à la fin du règne de Louis XV a persisté chez pasteurs et fidèles, que le protestantisme est décidément devenu une de ces croyances morales, exemples de fanatisme, qui s'accommodent des idées ambiantes,. comme d’ailleurs le catholicisme au même moment.
D'autre part, Jeanbon Saint-André exprime une profonde horreur pour l’anarchie qui règne dans les églises et dont il a tant souffert. Se souvenant des récents incidents de Castres, il sollicite pour le pasteur des garanties contre une déposition injuste *, et un mode de transmission régulier des ordres du gouvernement au Consistoire “. S'il recommande de conserver le synode provincial comme un tribunal impartial et offrant aux pasteurs un recours contre « les membres du Consistoire » qui « pourraient trop souvent abuser de l’ascendant que leur donne sur eux leur nombre, leur crédit auprès du peuple, et la nature de leur emploi ÿ », c’est que le synode du Haut-Languedoc lui a été plus favorable que le consistoire de Castres. Dans l'intérêt de la discipline, il veutla réduction du nombre des anciens et conseille de les choisir parmi les gens posés ‘. Enfin,
ila des mots durs pour les fauteurs et les complices du désordre,
« des gens qu’on ne peut rendre vraiment utiles qu’en les engageant à se respecter eux-mêmes * ». Il nous rappelle ici et les plaintes de P. Rabaut en 1768, et ses propres lettres de 1780 et 1782 sur l’anarchie des Eglises, et leur désir à Rabaut et à lui-même de substituer au gouvernement de la démocratie une oligarchie sage et bien pensante. L'esprit d’indiscipline qui fausse le fonctionnement du régime démocralique a donc fini par en éloigner les gens sensés, par leur inspirer le dégoût de la liberté et leur faire souhaiter un pouvoir autoritaire.
Vis-à-vis de l’État, Jeanbon répudie nettement l'esprit dominateur du calvinisme du xvi° siècle en même temps que les concessions qu'il avait arrachées à la faiblesse de la royauté, et laissant au catho-
1. Revue chrétienne, t. XI, no 5 : le pasteur Frossard, le 15 avril 1792, expose la base dogmatique du christianisme en six lignes.
2. La bourgeoisie protestante en province se tient au courant de tous les écrits philosophiques parus. Voy. à Montauban (collect. Galabert) la bibliothèque de Joseph Bosquet, frère du Pascal ami de Jeanhbon. -