‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 472 sur 889 · MOUVEMENT DE NOS FORCES NAVALES · texte numérisé non relu

MOUVEMENT DE NOS FORCES NAVALES

frégate /'Uranie de Rochefort l’avait déjà désemparée, et seule la mort du capitaine de !’Urante, le brave Tartu, l'avait délivrée de ce premier adversaire !. La joie des Représentants du peuple fut grande; ils exploitèrent l'effet moral de la capture d’une frégate anglaise pour exalter l’ardeur de nos marins, et le pavillon de la Tamise fut - envoyé à Paris pour être suspendu aux voûtes du salon de la Liberté dans le local de la Convention ?. Mais en revanche, le capilaine de /a Galathée annonça qu’il était sorti de Torbay, une escadre anglaise de vingt-deux vaisseaux escortant un convoi de six mille hommes el les Représentants pensèrent immédiatement que ces troupes étaient destinées à un débarquement en Vendée. De plus, d’autres rapports annonçaient l'apparition prochaine dans les eaux françaises de trois: flottes marchandes ennemies qu’il serail bien avantageux d’intercepter *. Jeanbon et Bréard précipitèrent la réfection de l’escadre, résolus à livrer coûte que coûte bataille aux Anglais si vraiment ceux-ci voulaient effectuer une descente à Noirmoutiers *. Leurs craintes étaient sans fondement, l'amiral Howe n'était sorti que pour chasser nos frégates du voisinage des côtes d'Angleterre, et M.Degouy fait observer que, durant toute cetle guerre, les Anglais annoncèrent fréquemment des entreprises sur notre littoral afin de retenir dans nos eaux toutes nos forces actives et d'assurer la liberté des routes du large aux convois qu'ils faisaient.sortir *.

Le 10 brumaire, on apprit que les dispositions combinées pour faciliter le retour du convoi d'Amérique devenaient inutiles. Ce jour (31 octobre), mouilla en rade de Brest la frégate la Concorde, capitaine Van Dongen de la station de Saint-Domingue. Elle fut suivie du vais- seau l’Eole, monté par le contre-amiral Sercey et de la frégate La Précieuse, tandis que le vaisseau Le Jupiter, capitaine Bompard, appartenant aussi à la division de Saint-Domingue, allait aborder à Rochefort ‘.

1. Jeanbon au Comité de Salut public. 4 et 7? brumaire (AFr 294, 296 ; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VILL, pp. 14 et 83); du même au même, 22 brumaire (AFu 277, Aulard, ibid., p. 367); Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 12. Sur la prise de la Tamise, mêmes lettres, et Guérin, p. 337; Troude, t. Il, p. 311; même rapport, p. 18); décret du 1e nivôse déclarant que l’équipage de l’Uranie, nommée désormais le T'artu, a bien mérité de la patrie (Procès-verbal, t. XX VII, p. 5).

2. Aulard, t. VII, p. 444; Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 12.

3. Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 4 brumaire (AFn 294, Aulard, t. VU, p. 14). Sur l'approche des convois ennemis, v. ‘bid. et BB3 39, fol. 423.

4. Lettre du 4 brumaire, arrêtés des Représentants du 3 et du 5, pour mettre la flotte en état d’appareiller dans le plus bref délai (AF1 294, Dxvi n° 4).

5. Voy. Rouvier, p. 139, sur les mouvements de l'amiral Howe, et Lieutenant de vaisseau Degouy, La stratégie navale (Revue des Deux-Mondes, juillet-août, 1889,

à 6. BB 21. fol. 404. Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 11 et 14 brumaire (Guerre, armée des côtes de Brest ; Marine BB* 38, fol. 410; Aulard, Actes du Comité de Salut public, t.VIIL, pp. 168 et 235); Lequinio et Laignelot, de Rochefort au Comité de Salut publié, 12 brumaire (Aulard, ibid., t. VIIT, p. 191). L’Éole amenait la coryvette anglaise le Prompt qu'il avait capturée (BB 38, fol. 452 recto),

Stupéfaits, les Représentants apprirent de Sercey que notre ministre aux États-Unis, Genet, avait envoyé les deux vaisseaux et les deux frégates pour essayer de reprendre aux Anglais Saint-Pierre et Miquelon. Cette expédition, tentée en plein hiver dans des mers battues par les tempêtes et avec des bâtiments désemparés, avait effrayé officiers et matelots, l'équipage du Jupiter s'était refusé, au bout de quelques jours de navigation, à aller plus loin, et avait obligé Bompard à faire voile pour la France, les marins des autres bâtiments avaient contraint Sercey à prendre la même détermination !. Jeanbon fut indigné de la résolution de Genet, il écrivit au Comité de Salut public combien l’opération sur Saint-Pierre et ‘Miquelon était absurde : « le convoi a été abandonné et l’on avait des « forces suffisantes pour lui composer une escorte... le résultat ne « peut pas être autre que d’exciter des murmures de la part du com- « merce, de forcer la vente des denrées dont le convoi est chargé « dans les États-Unis de l'Amérique, et de priver la France de cette « ressource devenue nécessaire par les circonstances ». Naturellement,il vit làune trahison, Genet étant un Girondin?.En réalité, Genet

s'était décidé à reprendre Saint-Pierre et Miquelon lors de l’arrivée :

à New-York du lieutenant Barré chargé en juillet d’aller ravitailler les deux îles, et qui, les ayant trouvées prises s'était rabattu sur les États-Unis; Genet assurait aussi que cent vingt des bâtiments du convoi ne trouvaient pas la division d’escorte suffisante et avaient déclaré vouloir attendre l’arrivée de forces plus considérables venues des ports de France *. Mais les critiques de Jeanbon à l'adresse de l'opération demeurent fondées. Jeanbon s’irrita aussi que Genet eût

apporté en Amérique « l'esprit tracassier et remuant de son patron.

Brissot », el qu’au lieu de cimenter avec le gouvernement américain «les liens d’une exacte neutralité», il l’eut poussé à une rupture avec l'Angleterre. La neutralité était « bien plus utile pour nous, surtout à cause du besoin de subsistances et de munitions navales * ». Jeanbon envoya Sercey renseigner de vive voix le Comité de Salut public ÿ.

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