MOUVEMENT DE NOS FORCES NAVALES
auxquels la course enlevait les meilleurs matelots des classes, cependant des précautions devaient suflire pour réprimer cet abus, et Jeanbon concluait, « songez que le rapport de l’embargo ne peut pas êlre différé { ».
Mais le ministre élail dominé par des préoccupations toutes autres. 1 demandait au port de Brest des bâtiments légers pour assurer, le long des côtes, le service des croisières d'hiver prescrites par l'arrêté du 24 septembre, pour interdire toute communication avecles Anglais et les ennemis de l’intérieur, c’est-à-dire pour inquiéter le commerce ennemi, pour favoriser l’entrée et la sortie des neutres, le retour des bâtiments de commerce français. Il lui fallait donc un cordon de petits stalionnaires à trois lieues du littoral, une ligne de frégates, corveltes et avisos jusqu'à trente et quarante lieues au large ? . Dalbarade réclamait aussi des frégates et corvettes pour bloquer l'île de Noirmoutiers que Charette venait de surprendre pour la seconde fois, le 20 vendémiaire (11 octobre), et où les Anglais devaient être tentés de débarquer. Jeanbon avait, à la première nouvelle de l’événement, prévenu sur ce point les demandes du ministre, et cinq bâliments quittèrent Brest le 2 brumaire (23 octobre), pour: aller renforcer autour de Noirmoutiers une flottille recrutée à Lorient, Nantes, Paimbœuf et Rochefort .
Enfin, le gouvernement attendait en France depuis plusieurs mois le convoi de Saint-Domingue qui devait nous apporter les riches cargaisons des Antilles. En juin, tandis que l’escadre de Morard de Galles se morfondait à l’attendre dans les parages de Quiberon, le convoi, réuni avec ses vaisseaux d’escorte dans la rade du Cap
1. 4 brumaire, au Comité de Salut public ; 27 vendémiaire, 2 brumaire au même. Décret du 22 juin, déjà cité (Procès-verbal, t. XIV, p. 189). Dès le 14 juillet on voit des protestations contre ce décret (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t: V, p. 258). Ysabeau et Tallien, le 28 brumaire, en demandent la levée, le Comité de Salut public ne leur fait pas d’objection sérieuse, mais maintient la mesure (Aulard, t. VII, p. 541). Nous verrons plus loin pourquoi.
2, « Extrait du tableau des croisières d'hiver » BB# 33, fol. 5-19; BB*# 19, fol. 290. Le tableau est dressé conformément à l’arrêté du 24 septembre, rédigé par Jeanbon (voy. ch. x1, p. 455), daté du 28 vendémiaire, il est adopté par le Comité de Salut public le 30 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII. pp. 501, 538), Dalbarade prescrit le 5 brumaire à Villaret de s’y conformer (BB# 37, fol. 159).
3. Voy. sur la première occupation de Noirmoutiers par les Vendéens, Chassin, La Vendée patriote, t. I, pp. 230 sqq. et sur la seconde, tbid., t. IT, p. 177. Sur les mesures prises en vue de leur enlever l'ile, voy. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VII, pp. 465, 481, 500, délibérations du Conseil exécutif des 26, 27, 28 vendémiaire et lettre du Comité de Salut public du 28 à Jeanbon et Bréard (AFn 2895, Aulard, t. VII, p. 503), autre du 30 du même aux mêmes (Aulard, t. VII, p. 539). Les Représentants à Brest devaient désigner non seulement des bâtiments, mais un officier pour commander l’expédition (délibération du Conseil exécutif du 28). Le 27 vendémiaire, Jeanbon et Bréard exposent au Comité de Salut public les mesures qu'ils ont arrêtées; le 30 vendémiaire, ils en arrêtent de nouvelles (Registre I d’arrètés des Représentants du peuple. Arch. commun. Brest) et en avertissent le Comité de Salut public, le 2, le 4 brumaire; mais uné lettre de Bréard au Comité de Salut publie du 5 frimaire, prouve qu'ils n’ont pas trouvé d'homme capable de commander l'expédition (BB: 38, fol. 468 recto ; Aulard, t. VILE, p. 702). Voy. AFn 268, mesure dans d’autres ports.
Français, s’étail trouvé soudain dans l'impossibilité de revenir à:
la suite d'événements auxquels nous avons déjà fait allusion : les
équipages de la division navale avaient pris le parti du général Gal-.
baud contre Polverel et Sonthonnax, livré à ceux-ci une bataille que les commissaires du gouvernement gagnèrent en déchaînant les noirs, et vaincue, la division était allée mouiller aux États-Unis dans la baie de Chesapeack, emmenant avec elle-le convoi où s'étaient réfugiés quantité de colons qui fuyaient la colère des nègres. Au convoi, depuis, s'étaient joints nombre de navires chargés aux États- Unis de grains et de matériel pour la marine, et qui voulaient profiter pour traverser l'Atlantique de la protection des vaisseaux de guerre convoyeurs ‘. On s'explique l’impatience avec laquelle était attendu un chargement aussi important et depuis si longtemps espéré, la division d’escorte même devait être un renfort très appréciable pour notre escadre. Le ministre se proposait, en conséquence, de faire charger sur le convoi, avant son départ, des États-Unis de nou#eaux stocks de malériel naval et d'approvisionnements : il voulait envoyer un supplément d’escorte et expédier à la rencontre
du convoi une division de cinq vaisseaux qui prolégerait son arrivée
sur nos atlerrages ?.
Informés de ces intentions par un arrêté du Conseil exécutif approuvé le 19 vendémiaire (10 octobre) par le Comité de Salut
public, Jeanbon et Bréard s’occupèrent de préparer les deux vais-
seaux les meilleurs voiliers, auxquels ils joindraient les deux premières frégates disponibles à destination des États-Unis; la corvette
le Brutus fut désignée pour aller avertir le convoi de ces mesures *. :
C'est alors que, le 4 brumaire, rentrèrent à Brest les premières des frégates sorties sur l’ordre de Tréhouart après le retour de Morard de Galles. Elles ramenaient plusieurs bâtiments ennemis capturés. L'un d’eux, un navire marchand, était venu pour ainsi dire se jeter sur la frégate la Galathée, les Anglais n’étant plus habitués à craindre la rencontre de bâtiments de guerre français sur l'Océan. Un autre était la frégate. anglaise la Tamise. Elle avail été arrimée presque sans coup férir, car un précédent Combat que lui avait livré la
1. Voy. sur ces mésaventures de la division navale, Troude, Guerres maritimes, t. Il, pp. 316-321; docteur Corre, Les papiers du général A.-N. de lu Salle, déjà cité; Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. VII, pp. 323, 565; t. VIII, p. 455; BB3 39, fol. 397.
2. Délibération du Conseil exécutif du 18 vendémiaire (Aulard, t. VII, p. 323), approuvée par le Comité de Salut public le 19 (ibid., t. VII, p. 340). Ibid., au 1e brumaire (t. VIL, p. 565), offre des négociants de Nantes pour adjoindre au convoi un chargement de farines. Le 26 brumaire, les Représentants du peuple à Bordeaux proposent pareil achat à faire au nom des négociants de Bordeaux par l'intermédiaire du citoyen Lecomte, la cargaison serait jointe au convoi (Aulard, t. VIIL, p. 470). Voy. aussi arrêtés du-Conseil exécutif et du Comité de Salut public du 4 brumaire, sur la rentrée de la division navale de Saint-Domingue (ibid., p. 4).
3. Le 22 vendémiaire, Bréard demande à Dalbarade s’il a donné des ordres au sujet du convoi (BB 88, fol. 390). Le 4 brumaire, Jeanbon avertit le Comité de Salut public que ses arrêtés vont être exécutés (AF1r 294, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VI, p. 14).