‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 474 sur 889 · MOUVEMENTS DE NOS FORCES NAVALES · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS DE NOS FORCES NAVALES

À ce moment, arrivait à Lorient un dernier bâtiment de la station de Saint-Domingue, ia frégate la Surveillante montée par le contreamiral Cambis ‘. Il ne restait plus aux Étals-Unis de vaisseaux de guerre français pour escorter le convoi et il fallait prendre de nouvelles mesures si l’on voulait assurer son retour ?.

Dans ces conditions, et tout en préparant une sortie de toute la flotte pour le cas où serait confirmé le projet de descente des Anglais,

les conventionnels et le contre-amiral Villaret songèrent de nouveau

à un plan de campagne pour l'hiver. Villaret Joyeuse s’occupait sérieusement de l'instruction de ses officiers. Il avait: substitué, comme théorie navale, à l’ordonnance de 1776 une autre plus ancienne, celle de 1765. Le retour à une théorie vieillie devait lui valoir plus tard de nombreuses critiques, mais l'ordonnance de 1765 rédigée à l'époque où Choiseul songeait à recruter partiellement la marine de l'État dans celle du commerce avait été composée en vue de cette éventualité, et peut-être Villaret pensait-il qu’elle s’adaptait mieux à la composition présente des états-majors. En tout cas, l'amiral écrivait au ministre dans une heure d’oplimisme : « les écoles de tactique, les exercices de tout genre sont dans la plus grande activité ; la machine me paraît assez bien montée # ». Il proposait donc à Dalbarade, le 15 brumaire (5 novembre), une série de vues sur l’emploi de nos forces. Il déconseillait une sortie de l’escadre, trop mauvaise manœuvrière jusqu'à présent, durant la mauvaise saison. Les mâts de hune des vaisseaux à trois ponts et des vaisseaux de 80 canons seraient mis à l’abri. Quant aux vaisseaux de 74, ils

garde-marine, enseigne en 1779, lieutenant du 9 mai 1781, distingué dans la guerre d'Amérique, chevalier de Saint-Louis, capitaine de deuxième classe en 1791, de première en 1792, contré-amiral en 1793, destitué par mesure de sûreté générale, fut remis en service après la Terreur, fit de belles croisières aux Indes; mécontent du ministre Decrès, il prit sa retraite en 1804, rappelé au service par la Restauration comme vice-amiral, retraité en 1832, mort en 1836 (Gloires maritimes, Etat de 1790 et Liste de 1791). Nous le retrouverons.

1. Prieur de la Marne au Comité de Salut public, 16 brumaire (Aulard, Actes du Comite de Salut public, t. VIIT, p. 259). Cambis est envoyé par Prieur au Comité de Salut public. Il avait amené Polverel et Sonthonnax au Cap en 1792, puis, en 1793, réfugié avec la station aux États-Unis, il avait abandonné le commandement du Jupiter pour descendre à terre. Le vicomte de Cambis, major de vaisseau du 1er mai 1786, capitaine de deuxième classe sur la liste de 1791 (Etat de 1790 et liste de 1791), fut destitué. :

2. Il y. avait à Saint-Domingue en 1793, avant les événements de juin, l’Éole, VAmerica, vaisseaux de soixante-quatorze arrivés au début de l’année avec Sercey, la Galathée, frégate qui avait amené Polverel et Sonthonnax en 1792 avec Cambis, la Concorde, frégate, capitaine Van Dongen qui avait amené le général Galbaud, le vaisseau le Jupiter, les frégates Astrée, Surveillante, Précieuse, les avisos Expedition, Actif, Serin, Cerf, la flute la Normande, la corvette la Perdrix et l'aviso l’Impatient, ceuxci ramenés par Barré de son expédition sur Saint-Pierre et Miquelon. Rentrent en France l’Eole, le Jupiter, les frégates Concorde et Surveillante; y revient bientôt après le vaisseau /’America, y était déjà rentrée la frégate Galathée, On voit qu'il ne reste plus aux Étas-Unis que quelques bâtiments légors.

3. Voy. plus loin les débats devant la cour martiale maritime en l'an LV, ch. xvin et xx; sur la tactique de 1765, voy. Guérin, p. 391. Villaret Joyeuse au ministre, 26 brumaire (BB# 19, fol. 322).

566 MISSION DE JéANBON À BREST

« pourront alternativement faire des pelites civisières de six semai- «nes, les matelots altirés par l'appât du gain seraient satisfaits, les « équipages et états-majors se formeraient ». Un mois plus tard Villaret reviendra sur cette idée dans une lettre au ministre : « La « supériorité de marche de nos vaisseaux de 74 sur toutes les marines « de l’Europe me fait présumer qu’ils pourraient, presque sans ris- « quer, être successivement et très ütilement employés à des croi- « sières pendant tout l'hiver: Je désirerais te voir arrêter un plan à « ce sujet, car vingt-cinq vaisseaux consommant des vivres et leur « gréement dans l’inaction me font beaucoup de peine ‘. » Jeanbon, de son côté, déclarait qu’il allait assigner des croisières à la flotte ?; il ne précisait pas, mais nous verrons plus loin que ses vues étaient identiques à celles de Villaret.

C'étail déjà la coutume, sous l’ancien régime, d’armer quelques mois chaque année des escadres d’évolutions où s’instruisaient les officiers et les hommes. Évidemment l'hiver n’étail pas l’époque favorable, mais on n’avait pas le loisir de choisir son moment, il était urgent de former notre personnel maritime qui présentement était tout à fait novice. Il ne s'agissait pas d’autre chose, Jeanbon traitait de romanesque et d’absurde toute expédition qui serait tentée dans la mauvaise saison et dans des mers orageuses *. En outre, par ces croisières, l’amiral et Saint-André se rapprochaient du plan d’opérations établi par Dalbarade en juin. Ils sacrifiaient, il est vrai, le projet de descente en Angleterre caressé par le Comité de Salut public. ;

En attendant la réponse du Comité et de Dalbarade, les préparatifs de sortie conlinuèrent. Les Représentants du peuple s’inquiétaient toujours de l'apparition possible de la flotte de Howe, et ils auraient voulu renvoyer des frégates à la découverte. Retardées par les vents contraires, la Galathée, l'Engageante ne:purent faire voile que le 15 ou le 16 brumaire pour se porter sur Torbay. Le 18, elles rentrèrent avec des prises et la nouvelle que les Anglais élaient revenus à Plymouth. Tout danger de ce côté paraissait conjuré “.

Cest alors que surgit un autre péril. Les Vendéens avaient passé la Loire, ils traversaient la Bretagne, poussant droit vers le nord. Jeanbon pensa de suite qu'ils visaient la baie de Cancale, pour de là se réfugier à Jersey el Guernesey ou en recevoir des secours. Le Représentant expédia le 17 brumaire (7 novembre), les

1. Villaret au ministre, 15 brumaire (BB 19, fol. 321) et 23 frimaire (Ibid, fol. 332).

2. Jeanbon au Comité de Salut public, 4 brumaire : « nous aurons sous peu douze « vaisseaux prêts à ténir la mer et nous profiterons de la disposition de votre arrêté, qui 4 nous autorise à faire sortir la flotte, pour leur assigner des croisières, nous vous « ferons connaître nos vues quand nous les aurons définitivement arrêtées, et si rien «ne s'oppose de votre part à leur exécution nous les ferons exécuter » (AF1 294, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. VIIL, p. 14).

3. Voy. son jugement sur l'expédition ordonnée par Genet (lettre au Comité de Salut public du 14 brumaire).

4. Jeanbon et Bréard au Comité de Salut public, 14 brumaire déjà cité; les mêmes au même 22? brumaire (BB? 38, fol. 429, Aulard, t. VIII, p, 367).

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