‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 49 sur 889 · Discours du 30 avril 1789, déjà cité · texte numérisé non relu

Discours du 30 avril 1789, déjà cité

5. Voy. le « Secret révélé ou lettre à un magistrat de province sur l’édit des protestants », 81 p. in-8 (sans lieu, ni date, ni nom d’autéur. Bibl. nat., Ld176, ne 708); l’édit est attaqué comme détruisant « l'unité de foi, de religion, de gouvernement, de législation qui devait être la base principale du pacte national... séparant l’ordre religieux du droit civil et naturel et associant au corps politique des sectaires » (p. 3). L'auteur ajoute : « Depuis longtemps la philosophie moderne... cherche comment l’ordre politique pourrait subsister sans: l’intervention de l’ordre sacerdotal, avec le nouvel édit le problème est résolu » (p. 15). 11 prédit que les philosophes vont à leur tour former des sectes indépendantes de la religion nationale {p. 14). Peu lui importent les conséquences de la révocation de l’édit de Nantes comparées à celles de l’association « au corps politique de sectaires dangereux ».… « Qu'importe à la splendeur d’un Etat une immense population? » (p. 76). Voy. aussi la « Lettre d'un magistrat dans laquelle on examine également ce que la justice du Roi doit aux protestants et ce que l'intérêt de son peuple ne lui permet pas de leur accorder », Avignon et Paris, 1787, 45 p. in-8 (Bibl. nat., Ld176, no 707). L'auteur du Secret révélé déclare d'autre part que Calvin « outrage l’autorité des rois... veut renverser les constitutions monarchiques pour y substituer le gouvernement aristocratique » (p. 54), et l’auteur de la Lettre d’un magistrat, dans l'Avertissement : « Les protestants autrefois furent de zélés républicains et dans ce moment on voit régner presque partout le fanatisme de la démocratie. » Voy. encore la « Lettre

. mêmes des réformés, acéeptent cette théorie,-ne sollicitent pour leurs clients que la restitution de l’état civil et la tolérance du culte ‘. Les pasteurs seraient donc fort mal venus à réclamer l'égalité du calvinisme et de la religion dominante. Enfin, nous le répétons, ministres et fidèles ont perdu cet attachement au dogme qui rend celui qui possède la vérilé intraitable vis-à-vis de qui ne la connaît pas; avec le fanatisme l'hostilité contre la confession adverse s’est endormie, et le calvinisme se résigne plus facilement à laisser au catholicisme toute la place au soleil, à ne demander qu’un coin et la paix dans l'ombre. / Toutefois, Jeanbon va beaucoup plus loin. Pour assurer le rétablissement et le maintien de l’ordre dans les églises il livre la direction de ces églises à l’État, à cette royauté despotique dont Louis XIV avait abusé pour chercher à les anéantir. Sans paraître redouter un nouvel attentat de sa part, Jeanbon lui confie la surveillance de l'éducation des pasteurs, le contrôle sur leur nomination et leur déposition, ainsi que sur les membres et les actes des synodes provinciaux et des consistoires. Et le régime démocratique des églises sera altéré dans son principe pour que rien ne fasse obstacle à l'État : supprimés les synodes nationaux, restreints dans leur ressort et le nombre de leurs membres les synodes provinciaux, réduits à six les anciens dans le Consistoire, et une sorte de candidature officielle empêchera de les recruter par la libre élection ?. Tout est calculé pour que l’action de l’État sur les églises s'exerce amplement. À lire de telles propositions, certains érudits calvinistes se sont indignés *. Sans doute Rabaut Saint-Etienne est déjà un peu dans ces idées *, O. Desmont, dans un mémoire de 1787, accepte bien la

d’un bon catholique en réponse aux réflexions impartiales d’un philanthrope sur la situation présente des protestants et sur les moyens de la changer ». Rome, 40 p. in-8, Bibl. nat., Ld176, no 703, la « Lettre à un magistrat du Parlement de Paris, au sujet de l'Édit sur l'état civil des protestants », 15 p. in-8, et une seconde, 23 p. in-8, celle-ci Bibl. nat., Ld176, n° 711, pamphlets d’ une violence extrême.

1eV0Y: antérieurement le prince de Beauveau dans les Mémoires de la princesse (p. 89). Turgot, dans sa « Première lettre sur la tolérance », déclare que l'Etat n’a à protéger les religions que comme « utiles » et que « toute religion n’est pas propre à être ainsi adoptée par la politique » (Œuvres complètes, édit. de 1844, Paris, 2 vol. in-8, t. Il, pp. 676-678). Condorcet lui-même, dans un opuscule de 1778, « sur les moyens de traiter les protestants français comme des hommes, sans nuire à la religion catholique par M..., docteur en droit canon de la faculté de Cahors en Querci », Se contente pour les réformés de l'exercice privé du culte et de l’état civil, le catholicisme demeurant religion d'État (Œuvres, édit. de l’an XII, Paris, 10 vol. in-8, t. X, pp. 280-553). Enfin, un écrit d'un défenseur des protestants (Réclamation du parlement en faveur des protestants de France, par M. de Saint-Vincent, 1787, 47 p. in-8, Bibl. nat.; Ld176, ne 699), déclare qu’ « il ne s'agit ni de protéger leurs erreurs que nous abjurons tous, ni de leur accorder aucun culte publie », et il ne demande que la régularisation de leur état civil.

- Nicolas, pp. 299, sŒ.

-3. « Quand on a écrit de pareilles éhoses et qu’ on $ ‘appelle Jeanbon on devrait en He toute sa vie » (Haag, 1re édition, t. VI, p. 64).

4.« Les protestants, les Juifs, et tous ceux qui ne professent pas la religion du Roi ne doivent pas faire un parti dans l'État, et la loi ne doit jamais perdre cet objet de

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suppression des synodes nalionaux que remplacerait un organe moins inquiétant pour le pouvoir ‘ ; néanmoins, nul ne songe à renier comme Jeanbon toutes les traditions d’individualisme du calvinisme, à livrer la démocratie protestante à un despote, nul ne se rue ainsi à la servitude. Ce qui explique l'attitude de Jeanbon, c’est que la royauté n'apparaît plus redoutable aux yeux des protestants comme par le passé, mais qu'avec tous les contemporains ils ont confiance en elle, attendent tout de son action qu’ils espèrent bienfaisante el réformatrice, les uns naïvement par amour, d’autres, les adeptes du despotisme éclairé, en vertu de théories rationnellement établies. C’est aussi que personne n’admet plus que la religion soit indépendante de l’État, et qu’on accepte sur ce point les vieilles théories monarchiques ; c'est que Jeanbon a lu Montesquieu, Voltaire et Rousseau qui professent la même opinion ?. C’est enfin qu'irrité de l’anarchie des églises, Jeanbon veut à tout prix assurer l'ordre dans leur sein, qu’il est dominé par cet amour de la règle, de la discipline que nous avons déjà signalé chez lui; il est, par caractère, un homme d’autorité, il l’est aussi devenu par éducation en comparant l'anarchie démocratique à l’ordre qu’assure la centralisation monarchique; il est homme de gouvernement au point de condamner les assemblées du désert comme irrégulières et constituant un spectacle fâcheux, il est homme de gouvernement au point d'admirer l’œuvre de Richelieu, au point de régler les relations des églises protestantes et de l’État uniquement au profit de l'Etat, si bien que Napoléon, le despote le plus génial qu’il y ait eu, les comprendra de même et établira le contrôle de l’État sur les églises réformées par des mesures absolument analogues à celles que conseillait Jeanbon *.

vue (2e Mémoire, publié par Fabre, du t. XVI des Mém. de l’Académie de Nimes, VIIc série). Rabaut ajoute (p. 229) que l'État « ne doit pas se borner à tolérer les ministres sans les reconnaître, parce que nul citoyen ne doit être hors de l'inspection de la loi, et que ceux-ci ne devraient compte à personne de leur conduite », il doit les reconnaître comme citoyens.

‘ 1. A. Lods, une brochure d’O. Desmont « Réflexions impartiales d'un philanthrope sur la situation présente des protestants et sur les moyens de la changer 1787 ». Bulletin de la Soc. d’hist. du protestantisme français, 1895, p. 331. C’est à cet écrit que répond la « Lettre d’un bon’ catholique » à Rome, 40 p., in-8, déjà citée.

2. Voy. l'intolérance de principe de Montesquieu, Æsprit des Lois, livre XII, ch. y; livre XXV, ch. x. Voltaire veut que le prince soit maître absolu de toute police ecclésiastique et interdise toute querelle théologique (Essai sur les mœurs, chap. 48, p. 478 du t. IIL de l'édition de 1852, 12 vol. grand in-4; Dialogues et entretiens phitosophiques, dialogue n° X, p. 694, t. VI même édition; Dictionnaire philosophique, art. Religion, p. 194, t. VII, ibid.). Rousseau conseille l'aristocratie élective, le gouvernement par les plus sages comme la meilleure forme du gouvernement, il les préfère à « une multitude inconnue ou méprisée » (Contrat social, livre III, ch. v, p. 667 de l'édition des Œuvres complètes, de 1852); dans les Confessions à propos du culte, il dit : « Je jugeais que tout ce qui est forme et discipline était dans chaque pays du ressort des lois » (TIC partie, livre VIII, p. 205 de l'édition de 1852).

3. La loi du 18 germinal an X établit que seuls les riches sont électeurs et éligibles comme membres du Consistoire, que les synodes provinciaux sont restreints à des synodes arrondissement composés chacun de dix membres, ils ne devront durer

à LES € CONSIDÉRATIONS }» 41

Enfin, les Considérations nous font connaître Jeanbon comme un esprit essentiellement pratique. Leur titre montre déjà comment il a envisagé la question, il y répond sans discussions vagues et théoriques sur la tolérance, en faisant valoir les avantages que l’État retirerait de celle-ci; constamment dans son écrit les vues d'intérêt pratique priment les autres. Etles Considérations sont l'œuvre d’un politique avisé, qui examine quelles idées un gouvernement doit de préférence entretenir dans l'esprit de ses administrés, quels procédés il doit rejeter, certains de ses axiomes semblent tirés d’un traité sur l’exercice du pouvoir ‘, l’habile modération de ses demandes à la royauté, l’ingéniosité de son plan d’asservissement des églises à PÉtat, viennent à l'appui de ce que faisaient augurer la leltre de 1773 à Paul Rabaut sur le projet de recensement des protestants, et le sermon de 1778. L’exposé même, d’un style clair, sans emphase ni redondances, avec ses démonstrations nettes, ses raisonnements pressants, prouve que Jeanbon a plutôt l’éloquence d’affaires que l’éloquence sacrée. Ajoutons qu’en dehors des considérations théoriques il a, en 1782, révélé son sens politique et «une réelle clairvoyance d'administrateur : dans une épidémie qui désolait Castres, il a pris soin, à l'encontre du clergé catholique, d'éviter loute mesure susceptible de frapper l'imagination populaire ?. L'éducation politique que lui ont donnée l’administration des églises et la direction de leurs rapports avec l’État est dès maintenant complète.

Après avoir composé les Considérations, Jeanbon va reprendre l'exercice du ministère évangélique à l’occasion de la proclamation de l'Édit de tolérance; mais non plus à Castres, à Montauban, en 1788. Avant dé le suivre dans sa ville natale où les événements feront de

que six jours, ne se réunir qu'avec la permission du gouvernement, lui soumettre préalablement leur ordre du jour et lui faire ratifier leurs décisions. Elle ne parle pas de synode national, donc n’en accorde pas, et effectivement il n’y en aura plus de longtemps (De Felice, Hist, des protestants de France, 4° édition, in-12, 1861, pp. 590-592).

1, « Dans tout Etat bien constitué les lois ne doivent être faites que pour être exécutées. S'il en est dont les mœurs nationales, l'intérêt permanent, du royaume, le caractère et les inclinations du souverain empêchent constamment l’exécution, il s’ensuivra qu'il n’y a plus d'accord entre la législation du gouvernement et sa conduite; et, dès lors, il existera entre l’une et l’autre une sorte de contradiction qui semble annoncer quelque faiblesse dans les principes et quelque incertitude dans les vues de l'administration » (Nicolas, p. 282). Et à propos des lois de ce genre relatives aux protestants. « Se borner à ne point les mettre en usage ne suflit pas parce que l'existence des hommes auxquels elles s'appliquent les rappelle perpétuellement et ne permet pas qu’on les oublie » (Nicolas, p. 283).

2. Voy. la lettre du 19 juin 1782 à P. Rabaut, déjà citée in extenso dans le Bulletin de la Soc. d’hist. du protestantisme français, 1894, p. 371. 1

3. Le discours d’O. Desmont du 30 avril 1789 déjà cité est aussi d'un très grand

sens politique.

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lui un chef de. parti, avant d'étudier ses débats dans la crise révolutionnaire, nous pouvons résumer l'impression que nous gardons de sa carrière pastorale de 1773 à 1788, et de ces Considéralions qui en sont comme la conclusion. Il nous paraît qu’on peut juger comme suit l’état d'esprit des réformés et de Saint-André à la veille de La Révolution française. |

Chez les réformés, toute l’autorité du dogme a disparu pour faire place à des croyances plutôt morales et philosophiques, la ferveur religieuse s’est éteinte et en même temps le fanatisme. Avec cette disparition de l'esprit dogmatique et de la ferveur a coïncidé celle de l'esprit de sacrifice et d’obéissance aux pasteurs, et la liberté qu’assurait à tous le régime démocratique des églises a dégénéré en anarchie, les institutions démocratiques mêmes sont tombées dans le discrédit. Aussi les protestants, d’ailleurs loyalistes comme tous les Français et désireux de mériter la miséricorde royale, ont abdiqué toute haine contre la société catholique, toute pensée de révolte contre la royauté. L’affaiblissement de l’autorité du dogme a profité à l’affermissement de l'autorité de l'État. Et pourtant, sans qu’ils s’en doutent, ils sont prédestinés à devenir des ennemis de l’ancien régime ; attachés dès les origines à l'indépendance en matière de religion, nourris des théories philosophiques sur le droit de l’homme à la liberté, l'anarchie même où se débattent actuellement leurs communautés est une preuve de leurs tendances invinciblement individualistes, et ils gardent à peine endormi dans leur cœur le souve- : nir des humiliations subies. Tous ces ferments de rebellion s’éveilleront et se développeront en eux le jour où l’Édit de tolérance apparaîtra aussi insuffisant à leurs appétits de liberté qu'un morceau de pain à la victime d’un long jeûne, le jour où le parti de la contre- Révolution voudra les ramener à la servitude passée. Et leur énergie accumulée durant un siècle, dépensée jusqu’à présent en querelles mesquines, leurs désirs exaspérés d’un sort meilleur, leur pratique de l’action individuelle entretenue par leur gouvernement démocratique, les auront admirablement préparés pour la lutte.

Quant à Jeanbon Saint-André, c'était déjà, antérieurement à son ministère, un homme d’action à la fois positif et exalté. Durant sa carrière sacerdotale à Castres ses qualités pratiques ont trouvé leur emploi dans la prédication morale, et il s’est passionné pour l’action morale; ayant le goût de l’autorité et ne songeant plus à établir celle du dogme, il s’est employé vigoureusement dans le gouvernement de son église à assurer son action sur la foule indisciplinée des: fidèles, et en ceci il a échoué. Aussi, vis-à-vis de la royauté, pasteur sans convictions dogmatiques profondes, chef de communauté en lutte avec la démocratie, il ne ressent ni l'horreur du fanatique ni celle du républicain, il n’éprouve que les sentiments d’affection communs à tous les Français, et ceux qu’autorisent plus particulièrement chez les calvinistes les espérances d’un sort meilleur, il a surtout l'attachement raisonné d’un homme de gouvernement pour le principe d'autorité. Vis-à-vis du catholicisme il n’a pas non plus de haine

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religieuse. Dans son âme sommeillent pourtant les mêmes rancunes,

dans 8on esprit les mêmes tendances individualistes que chez ses

coreligionnaires. Et pour le jour où elles se révéleront à lui-même et à tous, il est armé non seulement du sens pratique, de l'habitude des affaires et de la Connaissance des hommes que lui a données l’admi-

-nistration de la communauté protestante, mais de l’énergie que lui

inspirent sa foi dans l’action morale, son ambition LR et son caractère impérieux.

Sur le point de quitter, avec Jeanbon, sa résidence de Castres, il nous faut, sinon résoudre, du moins poser deux questions. Dans une

lettre du 19 juin 1782 à Paul Rabaut, Jeanbon parle de sa femme

et de sa belle-sœur ‘, et c’est chronologiquement, dans sa correspondance, la première mention que nous trouvions de son mariage. Nous avons pu apprendre que sa femme s'appelait de son nom de jeune fille Marie Desuc, et était originaire de Roquecourbé ?, le nom'de la famille Desuc apparaît souvent sur les registres protestants de cette localité et une maison y esl encore indiquée comme ayant appartenu aux Desuc. Quand Marie Desuc est-elle née? D’après un recensement datant, semble-t-il, de la fin de l'an VIII à Montauban *, elle aura, en 1800, quarante-neuf ans, ce qui mettrait sa naissance à l’année 1751 et la ferait de deux ans plus âgée que son mari; mais son acte de décès, dressé le 20 août 1812, lui accordera « environ quatre-vingts ans », ce qui la ferait naître en 1732 et lui donnerait dix-sept ans de plus qu’à Saint-André. Leur mariage n’a rien d'étonnant : Jeanbon, pasteur à Castres, desservait l’église de Roquecourbe.Mais quand et où ce mariage a-t-il eu lieu ? Nous l’ignorons complètement, les registrés de mariage de Roquecourbe n’en parlent pas el nous n’avons rien trouvé qui suppléât à leur silence. Avec Marie Desuc, vint vivre sa sœur plus âgée qu’elle, Marguerite Desuc, qui ne la quittera pas et mourra vieille fille avant elle. Jeanbon n’eut pas d'enfants *, et sa femme et lui reportèrent leur affection sur un neveu, fils de Jeanne Jeanbon et de Belluc, dont Jeanbon parle avec une réelle tendresse, avec une familiarité souriante : « Tu

1. Bulletin de lu Société d'hist. du protestantisme, 1894, p. 371.

2. Née à Roquecourbe, fille de feus Henry Desuc et Marguerite Ferran, mariés (Acte de décès, Arch. de l'État civil, à la mairie de Montauban, Registre des décès de en non daté, mais de la fin de l’an VIII, car nous y voyons âgée de quarante-quatre ans, Jeanne Jeanbon qui en déclare trente-deux en 1788, et âgé de soixante ans, Jean Belluc Jeanbon, qui en déclare quarante-huit en 1788. Arch. commun. de Montauban. Recensement fait par Pierre Augé.

4. Dossier de Jeanbon Saint-André, préfet du Mont-Tonnerre, état de situation rempli

par lui (Arch, nat., K/ I, n° 173).

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sais combien j'ai été enchanté de ton petit bonhomme, écrit-il à sa sœur; je me nourris de l'espoir de lui être un jour utile et de contri- -buer peut-être à en faire un honnête homme... Vous avez vu jusqu’à quel point ma femme s'était emparée de l'esprit et des volontés de cet enfant, personne ne le caressait plus qu’elle, et personne ne s’en faisait mieux obéir qu’elle. C’est parce qu’elle lui avait inspiré le désir d’être aimé et cette petite adresse réussira toujours ‘. » Nous retrouverons le jeune Belluc au cours de ce récit. Quant à Marie Desuc elle suivra passionnément les débuls et les étapes de son mari dans la vie politique; mais la part de plus en plus réduite que Jeanbon lui accordera dans ses préoccupations ? fait supposer qu’elle a eu peu d'influence sur ce caractère tendu et ambitieux, et les seules lettres que nous connaissions d’elle montrent qu’elle était d'éducation très inférieure et qu’elle exprimait son amour conjugal, réel semble-t.il, en termes médiocres *. Par le peu de place qu’il a faite à la femme dans son existence, Jeanbon Saint-André se rapproche beaucoup plus de Robespierre que de Camille Desmoulins et de Danton. |

L'autre problème est relatif à la situation de fortune de notre personnage : dans la lettre de 1782 où Jeanbon parle de sa femme, il est question de deux servantes attachées au ménage, ce qui, à cette époque, implique une réelle aisance. Jeanbon a été en congé pendant un an, et il est resté de nouveau sans posilion, semble-t-il, de 1783 à 1788. À Montauban, il souscrira en 1789 pour un don patriotique important, son revenu le rangera parmi les citoyens éligibles, en 1791 * el nous savons qu’en 1789 il avait placé depuis longtemps, chez divers particuliers, 25,000 livres, que cette somme et un mobilier, évalué en 1791 à 10,000 livres, constituaient tout son avoir *.

‘1. Lettre. de Castres, 17 mai 1787, à sa sœur, dans Sainte-Beuve, p. 154, déjà citée.

8. Il en parle peu, les lettres qu'il lui écrit quand il est loin de Montauban, elle devra les montrer au club, ce qui indique peu d'intimité, ce sont plutôt des lettres politiques où il lui donne de ses nouvelles. Voy. les chapitres suivants. Nous constaterons qu’au retour de sa captivité en Asie, Jeanbon restera fort longtemps sans voir sa femme et la laissera à Montauban, lui demeurant à Mayence.

3. Lettre existant à la Bibliothèque du port de Brest, datée de Montauban, 2 germinal an II, et adressée « au citoyen Jeanbon Saint-André, représentant du peuple à - Brest », et signée « Desuc Saint-André ». Quoique écrite à Jeanbon dans une des époques de sa vie les plus tourmentées, elle est très courte, insignifiante, et d’une écriture, d’une orthographe et d’un style tout à fait primitifs. Nous n’ayons pu, faute de temps, la copier; mais un post-scriptum, également de Marie Desue, à la suite d’une lettre expédiée à Jeanbon, à Toulon, de Montauban, le 21 brumaire an III, par un ami, est ainsi conçu : «Je ne puis pas mon cher ami t’écrire daujourd’hui nan ayant pas le tans, mais je ne veux pas laisser partir cette lettre sans te dire que je me porte bien et que je t'embrasse de tout mon cœur, adieu mon cher et bon ami » (Arch.commun. de Toulon, carton, série D).

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