‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 492 sur 889 · DÉFAITES DE DO ET D’ANTRAIN · texte numérisé non relu

DÉFAITES DE DO ET D’ANTRAIN

ment l’œuvre de la famine. Puis Westermann s'était fait autoriser par Rossignol à attaquer Dol par la route de Pontorson dans la nuit du 28 au 29 brumaire, et Marceau avait recu l’ordre de faire de

même par la route d’Antrain. Westermann avait engagé l’action de

son côté sans attendre que Marceau pût faire diversion par ailleurs ; l'armée royaliste, après avoir battu Westermann, s’élait rejetée sur Marceau, et, mal secondé par le successeur de Vergnes à l’état-

major, Marceau avait été mis en complète déroute. Malgré cette

première leçon, l'opération fut renouvelée le 1° frimaire, Westermann répéta son altaque sur la route de Pontorson, fut repoussé, et une partie de ses troupes avec Turreau se replia sur Avranches où entrait l’armée de Sepher. Rossignol, pendant ce temps, s’avançait sur Dol par la route d’Antrain ; une panique venait d’ébranler ses troupes, quand les vainqueurs de Westermann, se rabattant sur elles, déterminèrent une fuite générale, dont la nuit augmenta le désarroi, et qui ne cessa qu’à Rennes {.

Quel était l’auteur de ce désastre? Rossignol se rendit de suite justice, il offrit sa démission et avoua qu’il n’était pas « foutu pour commander une armée ». On sait que Prieur nonobstant le maintint en fonctions, sous prétexte que Rossignol était « le fils aîné du Comité de Salut public ». Jeanbon avait plusieurs fois exprimé des plaintes sur Rossignol, mais il ne se trouvait pas à l’armée de Rennes, il n’avait sous les yeux que celle des côtes de Cherbourg, il se rappela que Sepher avait perdu deux jours à Coutances, que ce gé-. néral s'était mis de la sorte dans l'impossibilité d'arriver à Avranches avant le 1° frimaire au soir, c’est-à-dire trop tard pour intervenir sur le champ de bataille, et, dans son for intérieur, il mit sur le compte de la lenteur et des hésitations de Sepher la défaite d’Antrain ?.

Survenant après l’échec de Pontorson, la double déroute d’Antrain augmentait la stupeur générale. « Dans les campagnes, dit un agent, on est persuadé que les brigands charment nos volontaires, leur jettent un sort. » Et Bréard annonçait au même instant une nouvelle sortie de l’escadre anglaise $! Jeanbon s'établit auprès de Turreau et de Sepher à Avranches, ce que voyant, Laplanche partit. Laplanche revint à sa mission primitive : l'épuration des autorités du

1. Turreau, Bourbotte et Prieur au Comité de Salut public, Antrain, 30 brumaire (Aulard, Actes du Gomite de Salut public, t. VIII, p. 581). Prieur à Jeanbon, même date (AF11 271). Savary, t. II, pp. 366-373 et 373-377. Rapport de Westermann à la Convention sur la guerre de Vendée (Guerre : armée de l'Ouest), et

surtout Chassin, t. LI, pp. 319-323.

2. Verteuil à Desforgues, Saint-Malo, 30 frimaire, Jeanbon lui a dit que Rossignol n'avait pas été secondé (Aff. étrang. France. Reg. 330, fol. 80). Rapport des Représentants envoyés à Brest. « Sepher que je ne pus mettre en mouvement après une contestation de deux jours que par la force des réquisitions ne se trouva pas à portée de seconder les mouvements de l’armée de l'Ouest » (p. 16). Voy. plus loin le bien fondé de ces accusations.

3. Leclerc-Sempré à Desforgues (Aff. étrang. France. Reg. 331, fol. 128 et 135). Bréard au Comité de Salut public, Brest, 5 frimaire (BB? 38, fol. 466, AF1r 271; Aulard, t. VILL, p. 701).

Calvados !. Qu’allait faire l’armée des côtes de Cherbourg ? Elle était forte maintenant de sept à huit mille hommes. Avant l’arrivée de Saint-André, Turreau avait déjà exprimé l’avis de la porter en avant

et de la mener joindre celle de Rennes, mais Sepher avait reçu de

nouvelles instructions du ministre de la guerre et du Comité de Salut public, instructions en date du 28 brumaire qui lui prescrivaient de couvrir le Calvados et la Manche, il déclarait à Turreau qu’il ne bougerait plus, et il voulait rassembler un conseil de guerre pour s’en faire un appui contre le Représentant. Jeanbon dès son arrivéeinterdit tout conseil, c’étaient là, dit-il, de « véritables pétaudières »,ildemanda au général si l’on pouvait marcher sur Rennes sans découvrir le département de la Manche. — Non, lui fut-il répondu, l'ennemi aurait alors la facilité de tourner l’armée par Saint-Hilaire et Mortain, et d’envahir le Cotentin ou le Calvados. — Ef si l’on faisait garder Mortain et Saint-Hilaire ? objecta Saint-André : Sepher convint qu’alors il n’y aurait plus de danger. L’ordre fut donné aussitôt d'avancer vers Pontorson tout en conservant la ligne de retraite sur Avranches et Granville. Jeanbon lannonça le 5 frimaire (25 novembre) à Prieur de la Marne, et Turreau se félicita que l’arrivée d’un membre du Comité de Salut public fût venue ébranler un général qui motivait son immobilité par les instructions mêmes du Comité ?.

Ils triomphaient trop tôt, marcher en avant répugnait décidément à Sepher. « Bientôt, écrit Saint-André, le général nous inonda de difficultés de détail qu’il fallut lever l’une après l’autre » et on perdit ainsi vingt-quatre heures. Le 6, on recut l’ordre de Rossignol, Prieur et Bourbolte de marcher sur Dol. Sepher étant le subordonné de Rossignol, « cet ordre impératif ne permettait même plus la délibération ». Pourtant Sepher annonça le soir à Jeanbon qu’il ne partirait pas, attendu que l’adjoint du ministre de la guerre, Jourdeuil, lui écrivait de garder soigneusement Cherbourg : « La marche de l’armée sur Pontorson ne peut être retardée, répliqua le Représentant. C’est en empêchant les ennemis du dedans de donner la main à ceux du dehors que l’on peut surtout préserver nos côtes de l'invasion des Anglais. » Sepher n’en réclama pas moins une réquisition formelle de Saint-André pour, s’ébranler, « ajoutant que, même avec cet ordre, il n’irait pas au-delà de Pontorson sans un ordre exprès du Comité de Salut public auquel il écrivait par un courrier extraordinaire ». Jeanbon et Turreau, révoltés, lui firent signifier « qu’il était le maître de rester, mais que l’armée partirait sans lui? ». Et Jeanbon, qui déjà le 5 frimaire écrivait au Comité de Salut public que certains hommes « aiment leurs aises plus qu’il

1. Rapport fait à la Convention nationale par J.-L. Laplanche, 24 pluviôse an II (ADxvin, n° 353, plaquette n° 26, p. 6, Arch. nat.).

2. Jeanbon à Prieur, Avranches, 5 frimaire (AF11 271), Jeanbon au Comité de Salut public, 6 frimaire déjà cité, 7 frimaire (Guerre : armée des côtes de Cherbourg, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. ?); Turreau à Prieur, 5 et 6 Hate (Guerre, armée des côtes de Cherbourg ; AFI D,

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