Moniteur, t. XVIIL, p
tout, et comme l’a fort bien dit un de vos membres, on veut faire
de la Révolution une querelle théologique. Déjà j'ai éprouvé que,
quand j'ai voulu réprimer ce fanatisme insensé en rappelant les vrais principes, on a dit sur la foi de Bourdon « c’est un prêtre »; pensez-y bien, citoyens collègues, il est plus que temps de mettre un
terme à ces factions sans cesse renaissantes qui se reproduisent sous mille formes différentes... Partout les zélateurs de cette phi-
losophie brutale vont frappant, renversant, détruisant les objets de la vénéralion du peuple, c'est à coups de sabre et de hache qu'ils veulent abattre des préjugés d'opinion et ils déclament contre l’in-
tolérance des théologiens. La raison faisait des progrès rapides, et ils en arrêtent la marche! Que dis-je? ils la font rétrograder. » IL
exposait ensuite ce qui restait à faire pour son successeur. Jusqu'à l’arrivée de celui-ci il n’abandonnerait pas le poste où le Comité de Salut public l’avait placé, «je sais que je dois plutôt y mourir », mais il demandait instamment à être rappelé !.
Il semble qu’on puisse trouver la réponse du Comité de Salut
public dans une lettre datée du 30 nivôse, par laquelle le Comité maintient Jeanbon à Bresl. Mais cette réponse aurait bien tardé, d'autant que le Comité de Salut public écrivit plusieurs fois à Jeanbon dansle courant de nivôse. Peut-être faudrait-il admettre que la lettre du 30 nivôse est inexactement datée, et cependant, nous en aurons la
preuve, elle s'explique très bien à la date du 30 ?. En tout cas,
Jeanbon ne fut pas rappelé.
En attendait la décision du Comité, le Représentant reprit ses travaux à Brest. D’après l'exposé que Bréard lui fit de la situation, il comprit que le pouvoir des conventionnels, battu en brèche par les fédéralistes et les hébertistes, avait besoin d’une force armée pour se faire respecter. La garnison était dans le Morbihan avec Tribout : Bréard et Jeanbon demandèrent à Paris des troupes, Jeanbon appela de l’armée de Beaufort un balaïllon et surtout trois compagnies de canonniers cantonnées à Avranches. Passées de l’armée révolutionnaire de Paris à l’armée des côtes de Cherbourg, comme nous l’avons dit, composées d’ardents terroristes, ces compagnies renforceraient dans la colonie montagnarde de Brest l'élément révolutionnaire *. De nouvelles insurreciions se manifestaient, celles-ci dans les centres ouvriers de la région, Jeanbon en prescrivit la répression ‘. Il fitvenir à Brest un agent du ministre des affaires étrangères, Verteuil, qu'il avait rencontré à Saint-Malo et trouvé en parfaite communion d’idées
1. AFrr 294. Nous n'avons pas trouvé la lettre à la Convention où Jeanbon demande son rappel.