‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 516 sur 889 · PROJETS DE CROISIÈRES · texte numérisé non relu

PROJETS DE CROISIÈRES

Bréard inquiet eut l’idée de renforcer Van Stabel de quelques vaisseaux, tout au moins jusqu ’à une certaine distance de nos côtes. Il se rappela aussi que Jeanbon et lui, sur les conseils de Van Stabel et conformément au plan du ministre de juin 1793, avaient arrêté le principe d’une croisière au cap Clar « à la pointe de l'Irlande, où ordinairement les bâtiments venant de l'Ouest sout obligés de prendre connaissance », et où par suite on ne pouvait manquer de faire des prises. Bréard décida donc que des navires seraient donnés à Van Stabel pour l'escorter au-delà des atterrages, et qu'ils iraient ensuile croiser sur le cap Clar !. Jeanbon en arrivant trouva toute la division retenue à Brest par les vents contraires el il approuva pleinement les dispositions prises. Ordre fut donné aux bâtiments d’es- corte de se battre, en cas d'attaque, jusqu’à la dernière extrémité, tandis que les deux vaisseaux le Tigre et le Jean Bart, qui portaient l'amiral, l'ambassade, la commission d'achat et les cinq millions, feraient force de voiles.

Le jour même, 4 nivôse (24 décembre), Van Stabel appareilla, emmenant deux vaisseaux, une frégate, deux corvettes à destination des États-Unis, trois vaisseaux, deux frégates, une corvelte commandés par le capitaine Bertrand Kerangüen à destination du cap Clar ?. Puis, à la nouvelle qu'une division anglaise infestait la côte du golfe de Gascogne et bloquait un convoi en rade du Socoa, Jeanbon résolut d'envoyer trois autres vaisseaux en croisière de l'embouchure de la Gironde au cap Finistère, opération prévue comme celle du cap Clar par le plan de juin 1793. Enfin, il voulut réaliser la concentration de toutes les forces navales de l'Océan en rade de Brest, et dans ce but il réclama à Rochefort des frégates qu'y retenaient Lequinio et Laignelot, il demanda que les frégates détachées à Cancale fissent retour à l’escadre aussitôt qu’il n’y aurait plus à craindre de descente de l'ennemi. « Vous voudrez bien considérer, écrivit-il au Comité de Salut public, qu’on ne peut pas laisser trop longtemps des frégates dans la Manche sans les exposer au danger d’être prises, les vaisseaux de ligne ne pouvant pas s’aventurer dans cette mer où nous n'avons pas de port *. »

Mais Villaret-Joyeuse reçut le 6 nivôse une lettre du ministre qui défendait de morceler l’escadre en divisions de croisière “. Jeanbon

1. Bréard au Comité de Salut public, 27 frimaire (BB? 38, fol. 528). Songer que dans le courant de frimaire Howe est encore au large (ibid., fol. 521). Sur la croisière du cap Clar, voy. BB* 19, fol. 179, BB* 33, fol. 5-12, Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 17.

2. Jeanhon et Bréard au Comité de Salut public, 5 nivôse ; BB: 38, fol. 539. Rap- . port des Représentants, p. 17. La croisière du cap Clar rentrera le 5 pluviôse (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 425).

8. BB3 38, fol. 102. Jeanbon et Bréard au Comité, 5 nivôse. Jeanbon au commandant des armes à Rochefort, 5 nivôse (BB* 61, fol. 55). Ordre d’envoi à Brest des bâtiments de Lorient (BB* 61, fol. 12). Songer que le 17 frimaire déjà Jeanbon voulait renvoyer les frégates de Cancale à Brest.

. Jeanbon au Comité de Salut publie, q nivôse (BB3 38, fol. 545, Aulard, t. IX,

persista néanmoins dans ses projets. Il y fit allusion le 7 dans une

lettre au Comité de Salut public!. Le 12 nivôse, informé du retour de Toulon à la République, il présenta ses vues sur les travaux et les opérations à poursuivre dans une longue lettre au Comité de Salut public, puis dans des observations que Bréard rentrant à Paris devait présenter au gouvernement mais que Bréard préféra envoyer par courrier pour qu'elles arrivassent plus vite: Jeanbon compléta cet exposé dans une lettre du 17 nivôse à Dalbarade ?. Ces trois documents ont une telle importance qu'on acceptera qu'une longue citation en donne ici les passages essentiels.

«Il serait très avantageux au bien de la chose publique, écrit Jeanbon au Comité, que les Représentants du peuple que vous enverrez dans ces contrées fussent partagés en deux commissions distinctes. Celle que vous destineriez à la marine devrait s'occuper exclusivement de cet objet; Brest, les ports devraient être sous sa surveillance, et pour rendre cette surveillance vraiment utile il faudrait lier à la commission maritime de Brest les mouvements et les

travaux des autres ports de l'Océan, en sorte que ce que les Repré-:

sentants du peuple demanderaient par leur correspondance, quand il aurait pour objet les opérations nautiques et l'ensemble à établir entre toutes nos forces navales, fut ponctuellement suivi. Les divers ports de la République sont beaucoup trop isolés entre eux, surtout tant que les circonstances du danger de la patrie exigeront la présence des Représentants du peuple dans les ports ;

dans les temps ordinaires tout se rattache naturellement aux bureaux de la marine à Paris, mais quand il faut sortir de la règle commune il faut aussi faire concourir tous les movens dans la direction que ces mêmes circonstances nécessitent, alors le point central de la marine doit avoir une action sur tout le reste ; c’est, si j'ose le dire, le cœur d’où partent tous les mouvements el auquel ils doivent tous retourner. La deuxième commission devrait s'occuper de toute la partie administrative du département que vous mettriez dans leur arrondissement. Si cette distinction n’est pas faite, il sera toujours impossible que des mesures très utiles n’échappent à la vigilance de vos collègues. Sans cesse obligés de partager leur attention entre les détails immenses de la mer et les délails non moins importants qu'exige la sûreté générale et le triomphe de la Révolution dans un pays gangrené d’aristocratie et de fanatisme, ils remplissent imparfaitement l’une et l’autre de ces fonctions. D’ailleurs, où il y aurait des points de contact où ces deux commissions devraient agir de concert, c’est lorsque le service de la marine ou la sûreté du port établirait des relations nécessaires avec les pays environnants.

Page 1