Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p
8. Jeanbon au Comité de Salut publie, 12 nivôse. « Observations à présenter par le citoyen Bréard au Comité de Salut public et à la Convention », même date (AFn 269, la lettre dans Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 16). Jeaubon à Dalbarade, 17 nivôse (BB 61, fol. 58).
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Cette obsérvation ést encore plus applicable au Port la Montagne; dans les premiers moments surtout il y aura deux objets très essentiels à remplir, la marine à ressusciter et la terre à épurer: Si on les réunit elles se feront imparfaitement l’une et l’autre.
« Vous sentirez combien ilimporte à la chose publique de diviser nos
établissements maritimes. Ce molif n’est pas celui qui avait déterminé l’ancien gouvernement à établir un port et une rade à Cherbourg, la localité y opposait des obstacles presque invincibles, l’on a essayé de les vaincre et l’on n'a pas réussi. Réussira-t-on mieux à l'avenir ? J'en doute. Mais je sais bien que Brest ne devrait pas être à la fois port d'armement et de construction, quand la guerre est déclarée toute construction devrait y être défendue. » - I estun port dans la Manche « qui semble fait exprès. C'est la rivière de Pontrieux. Là il n’y avait que quelques fortifications et des magasins à bâlir et des balises à placer, car d’ailleurs le port est prêt à recevoir les plus gros vaisseaux. Cette idée a été présentée plus d'une fois. Il serait digne de vous de vous en faire rendre compte et de former, au milieu même de la guerre el en présence de vos ennemis, un établissement qui les ferait trembler.
« Nous manquons de chanvre, depuis que je suis à Brest il ne nous est pas arrivé un seul canon, déjà nous n'avons plus de lest de fer, et le charbon est devenu très rare. Les subsistances n'arrivent pas et tout le monde se jette sur ce malheureux département. Dans un temps où on prévoyait le mal et où on pouvait le prévenir, écrit Jeanbon à Dalbarade, je t'avais engagé à forcer les achats dans l'étranger.
« Dans presque tous les ports de l'Océan il règne une langueur désespérante, Rochefort surtout ne travaille pas. On projette el le ministre ordonne des frégates de vingt canons portant un mortier et un fourneau à rougir les‘ boulets, des frégates' de trente canons de 24, il faut renoncer à ces projets sinon extravagants du moins dangereux, mais il faut presser la construction du plus grand nombre de frégates possible, on peut se permettre des expériences quand on a surabondance de moyens ordinaires et indispensables, jusque-là c’est une folie d’y songer; il n’est pas moins élonnant que, malgré nos demandes réitérées pendant trois mois, nous n’ayons pas vu une seule frégate neuve sortir du chantier, trois mois devraient suflire pour la construction d’une frégate, il serait peut-être convenable d’en faire construire deux ou trois à Granville, il y a des bois suffisamment el dans les guerres précédentes les constructeurs de ces pays-là ont fait preuve de leur talent, »
Jeanbon demandait aussi qu'un certain nombre d’arrêtés pris par . Bréard et lui devinssent par la sanction de la Convention « lois générales pour toute la marine de la République », l’uniformité de vues et de moyens entre les diverses sections de la marine de la République étant nécessaire, et ses propres pouvoirs, ceux de Bréard, élant bornés aux ports de Brest et de Lorient.
Quant aux opérations navales: « vous jugerez sans doute, dit Jeanbon au Comité de Salut public, que les conseils donnés par la timidité ne doivent point retenir oisifs dans une rade, vingt-cinq vaisseaux de ligne qui font une consommation considérable sans aucun fruit pour la République. Jusqu'à présent nous avons vécu au jour le jour sans avoir des vues distinctes et bien réfléchies sur l’usage que nous devions faire de notre marine. Quand la flotte élait en insurrection à Quiberon, nous n'avons pensé qu’à la sauver et c'était bien naturel. Depuis, par les soins des Représentants du peuple, la discipline y a élé rétablie, mais depuis la flotte est inactive dans la rade et rien ne nuit davantage au Courage comme au maintien du bon ordre que l'oisiveté des mouillages. » Puis : « les Représentants du peuple avaient pensé qu’il fallait, pendant l'hiver, établir quatre croisières. chacune de trois vaisseaux entre Ouessant et les Sorlingues, sur le cap Clar, sur le cap Finistère, aux Acores. Ces croisières auraient été relevées lous les mois par un pareil nombre de vaisseaux. La chaîne des frégates ordonnée par le ministre aurait servi d’infermédiaire à ces divisions et les aurait liées les unes aux autres et à l’escadre mouillée dans la rade de Brest qu'il fallait toujours avoir soin de tenir en élat de prendre la mer. Ce plan, le seul praticable jusqu’au printemps, aurait eu une foule d'avantages : 1° inquiéter le commerce ennemi, 2 exercer nos matelots et nos officiers : 30 protéger notre commerce et l’arrivée de nos subsistances; 4° forcer l’ennemi d’avoir toujours au moins dehors vingt-quatre vaisseaux, ruiner ses finances, exciter le découragement et les murmures en Angleterre ; 5° Suppléer à la course défendue par le décret sur l’embargo, décret qui aurait dû, qui devrait encore être rapporté et duquel il résulte que les ennemis voguent avec {a même sécurité qu'en pleine paix. Soit que les vues des Représentants du peuple soient adoptées ou rejetées, il faut un plan quelconque qui retire enfin de la nullité où elles croupissent nos forces navales. A la nouvelle de la reprise de Toulon, si les Représentants du peuple n'avaient pas craint d’excéder leurs pouvoirs, ils auraient fait sortir l'escadre entière, et l’un d’eux aurait été à côté du général sur le cap Finistère ou même le cap Saint-Vincent attendre le passage de l’escadre chassée de Toulon. »
Au ministre, Jeanbon parlait avec plus de sévérité : « Nous avons demandé qu'il fût établi des croisières, on nous répond qu'il ne faut pas morceler nos forces. Nous avions deux vaisseaux rasés que nous-nous proposions d'envoyer croiser dans la mer du Nord où les ennemis naviguent comme en pleine paix. On préfère les envoyer prendre des mousselines en Afrique que du blé, du chanvre en Europe. » Il faisait allusion à une croisière sur la côte du Sénégal décidée par le ministre et qui eut lieu dans la suite. « Nous en faisons raser d’autres, continuait-il, sur lesquels on ne comptait pas, on leur donnera quelque mission systématique et bien inutilement brillante, et lon ne songera pas que quand on manque de pain, c’est du pain qu’il faut se procurer. »