‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 531 sur 889 · IL REVIENT BRUSQUEMENT A PARIS · texte numérisé non relu

IL REVIENT BRUSQUEMENT A PARIS

donc l'installation à Brest d’un tribunal révolutionnaire, et d’un tri-

bunal dont la composition ne lui inspirait aucune confiance qui a

décidé Jeanbon à s'éloigner. Il s’est vu débordé par les exagérés, par Laignelot mandataire du Comité de Salut public, et, dans l’impuissance d’empêchér le mal qu’il redoutait il a renoncé à ses pouvoirs. Il était homme de gouvernement, non terroriste aveugle. Il avait sans doute averti le Comité de sa résolution. Au 30 nivôse (19 janvier), nous trouvons une lettre du Comité marquée comme étant la réponse à une lettre de Saint-André du 1° nivôse, la mention est

fausse, il n’y à pas à notre connaissance de letire de Saint-André

du 1* nivôse qui contienne une demande de rappel, mais la lettre du Comité du 30 paraît bien à sa place après les événements que nous venons de raconter. Elle s’efforce de calmer l'irritation

-du Représentant et de le retenir à Brest : le Comité de Salut pu-

blic, écrit-on à Saint-André, a retrouvé dans « ta lettre le caractère sensible et vrai qui a toujours marqué ta carrière révolutionnaire. Mais tu sais que l’homme qui a déjà rendu d'importants services à son pays a contracté de nouveaux devoirs. Tes collègues te verraient avec plaisir sans doute revenir dans leur sein, recevoir les témoignages de leur estime, de leur amitié, mais les affections particulières doivent s’ajourner quand le salut public le demande. . La patrie a besoin de tes lumières. Elle t'a assigné ton poste, tu dois MAL OSROTE.Ls dan lee Continue à faire le bien de ton pays, sa a n’attendra pas la fin de tes travaux, elle les accompagne ‘ ». Mais Jeanbon avait quitlé Brest sans attendre la décision du Comité.

Avant de partir, le Représentant ordonna, le 22 nivôse, de réparer les bâtiments du bagne dont le dépérissement favorisait l’insubordination grandissante des forçats, et le 27 (16 janvier 1794), dans un long arrêté minutieusement établi, il aggrava les peines destinées à contenir ce « rassemblement monstrueux » de criminels, la bastonnade et la peine de mort étaient instituées pour les méfaits les plus graves, en revanche des dispositions étaient prises pour empêcher les gardes-chiourmes d'exploiter les forçats, et pour mettre ceux-ci

en état de faire entendre leurs réclamations motivées ?. Ces mesures

Hugues, né à Marseille, boulanger à Saint-Domingue, déporté en 1793, accusateur publie du tribunal révolutionnaire de Rochefort puis de celui de Brest, commissaire du gouvernement à la Guadeloupe, s’y comporta héroïquement (voy. Troude, op. cit., t. Il, pp. 388-392), nommé en 1799 commissaire du gouvernement à la Guyane, la gouverna bien, mais dut y capituler en 1809 devant les Anglais, mort aveugle dans la Gironde en 1826 (Levot, p. 181).

1. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 319. La lettre de Jeanbon au Comité de Salut public, Saint-Malo, 1* nivôse (Aulard, t. IX, p. 565), ne contient pas de demande de rappel, on n’en trouve que dans celle du 4 nivôse (Aulard, LS; p. 319), citée plus haut, et la lettre du Comité du 30 paraît bien tardive si c’est une réponse à celle de Jeanbon du 4.

2. AFn 294. Cf. Laignelot et Lequinio à Rochefort (BB? 38, fol. 100), Sané manifestait au Ministre son inquiétude de l’insubordination des forçats (BB? 83, fol. 35). Voy. aussi Rapport des Représentants envoyés à Brest, p. 19.

-n’ont point empêché certains historiens de représenter Jeanbon comme s’entourant de forçats et gouvernant avec les forçats. Le Représentant fixa aussi un mode de transport plus rapide pour les bois de construction, et il prescrivit l'établissement d’un phare à l’île de Groix, d’un autre sur la pointe redoutée de Penmarch . Le 28, il assistait avec ses deux collègues au lancement d’une des corvettes récemment construites. Le 29 Ge janvier) il quittait Brest, emmenant avec lui Verteuil ?.

Le départ de Saint-André fut salué par les regrets de la majorité des révolutionnaires, et les terroristes exaltés eux-mêmes ne semblent pas avoir fait entendre de note discordante. Le Conseil général du district, celui de la commune lui portèrent une adresse où ils lui exprimaient toutes leurs sympathies, la Société populaire présidée par Bellanger en délibéra une autre qui fut souscrite de tous ses membres, et n'ayant pu la lui présenter avant son départ, elle la lui expédia le 8 pluviôse à Paris *. Ce dont tous remerciaient Jeanbon avec effusion, c'était d’avoir « par son énergie, ses travaux el ses soins contribué avec ses collècues au rétablissement de l’ordre et de la discipline sur les vaisseaux de l’État », d’avoir concouru «à la réorganisation de la marine nationale », assuré « la libre circulation

des subsistances » et « l’'approvisionnement du port de Brest qui était

à la veille de manquer »; c'était d’avoir « coopéré par de sages et vigoureuses mesures à la destruction totale des brigands » ; c'était enfin d’avoir régénéré l'esprit public, inculqué « des principes fondés sur les meilleures bases aux patriotes qui étaient dans l'erreur », et porté « tous les citoyens du Finistère à la hauteur de notre Révolution ». « La France entière lui doit ainsi qu’à ses dignes collègues le salut d’un des premiers dépôts de la République », conclut le Conseil général de la commune; « les Brestois n’oublieront jamais el mettront à profit la saine morale qu'il leur a enseignée pendant son séjour à Brest », déclara le Conseil général du district. Et c'était toute son œuvre de deux mois qui était résumée de la sorte, le rétablissement de l'harmonie et de la discipline sur la flotte et dans Brest, les armements prodigieusement poussés, le pain assuré, une véritable colonie montagnarde et démocratique implantée dans un pays réactionnaire à l'heure où seuls les démocrates partisans de la Montagne défendaient l'unité du pays, son matériel et ses forces navales, tandis que les partis réactionnaires, consciemment ou non, faisaient le jeu de l'étranger.

1. AF11 298, Rapport des Représentants envoyés à Brest, pp. 19 et 20.

2. Levot, p. 188. Verteuil à Desforgues, 29 nivôse (Aff. étrang. France, Reg. 333, fol. 142). Le procès-verbal du Comité de Salut public qui marque Jeanbon comme assistant à la séance du 27 nivôse est donc erroné (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. X, p. 268).

3. Adresse du Conseil général du district dans Levot, p. 188; de celui de la commune, Reg. n° 3 du Conseil général (série D. Arch. commun. Brest), séance du 88 nivôse ; adresse du club BB3 59, fol. 131.

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