Reg. I d’arrêtés des Représentants
2. BB# 37, fol. 163. Laignelot, Tréhouart au Comité de Salut public, 5 pluviôse (Aulard, Actes du Comité de Salut public,t. X, p. 424). La division Keranguen avait été chassée du cap Clar par un coup de vent dans la nuit du 11 nivôse. -
3. Laïgnelot, Tréhouart au Comité, 5 pluviôse. Il s’agit probablement du convoi des Indes Occidentales de 300 voiles qui était signalé le 10 nivôse comme devant partir prochainement (Journal de Bordeaux du 1er pluviôse, Biblioth. commun. Bordeaux). Ce convoi étant escorté de 3 vaisseaux et protégé par l'amiral Howe à la sortie de la Manche, Nielly n’aurait probablement rien pu contre lui.
4. Laignelot, Tréhouart au Comité de Salut publie, 8 pluviôse (Aulard, t.X, p.484).
un vaisseau de la République en qualité de capitaine ». Le 19 nivôse, Barère avait fait adopter au nom du Comité de Salut public la
rédaction suivante du décret du 4 : «La Convention nationale nomme
le citoyen Trullé capitaine d’un vaisseau de guerre : le ministre de la marine désignera celui qui sera confié à son commandement. » Ce que Bourdon vint reprocher à Dalbarade, ce fut d’avoir envoyé Trullé à Toulon comme enseigne non entretenu, alors qu'un décret l'avait nommé capitaine d’un vaisseau de guerre ; Bourdon qualifia ce fait d’ « acte de rébellion contre la Convention » et réclama la mise en accusation du ministre. Vainement, Danton proposa de renvoyer l'affaire au Gomité de Salut public et pria ses collègues de ne pas s’abandonner à la passion, vainement fit-il observer qu’à agir autrement «on finirait bientôt par voir naître des partis ». Son ami Lacroix protesta qu’il y avait insubordination, désobéissance à un décret formel de la Convention : « Nous pouvons bien faire quelque chose sans un rapport préalable du Comité », s’écria-t-il, et Dalbarade fut mandé à la barre.
Dalbarade exposa qu'à son avis le décret ne désignait pas for-
mellement Trullé pour le grade de capitaine de vaisseau. Jeanbon.
intervint pour le soutenir. « Par le décret que vous avez rendu, vous n'avez pas voulu compromettre les intérêts de la République ni la gloire de sa navigation, déclara-t-il à l’Assemblée. En nommant Trullé capitaine de vaisseau de guerre vous n’avez pas entendu l’élever au grade de capitaine de vaisseau de ligne, vous n’avez pas voulu le faire parce qu’il ne suffit pas, pour occuper ce grade, d’être bon patriote, d’avoir fait quelque action héroïque, parce que vous ne connaissez pas les talents de Trullé, parce que vous auriez agi contre tous les règlements de la marine, contre vos propres intérêts... Vous devez confier le commandement de vos forces navales à des hommes instruits et qui conduisent vos marins à la victoire... que Trullé soit fait capitaine d’un vaisseau de guerre je ne m’y oppose pas, mais je demande que vous ne compromettiez pas les intérêts de la République en le nommant capitaine d’un vaisseau de ligne sans être bien assurés qu’il a les connaissances nécessaires. — La question est de savoir si le ministre a exécuté le décret de la Convention, observa-t-on. — Dans ce cas, je demande que le président interpelle le ministre pour savoir s'il a donné à Trullé le commandement d’un vaisseau quelconque », répondit Saint-André. Mais Bourdon de l'Oise répéta que le ministre avait mis sa volonté à la place du décret de la Convention, il ajouta que Dalbarade lui-même était simple capitaine de vaisseau marchand quand il avait été nommé ministre, assertion fausse de tout point, et il conclut : « La Convention a voulu récompenser un brave homme et Dalbarade a été plus fort qu’elle. Il s’est mis audessus de la nation. — On peut êlre capitaine d’un vaisseau de guerre, seulement avec le grade d’enseigne entretenu ou non entretenu », objecta encore Jeanbon, mais il n'aurait pas sauvé la situation sans Barère qui vint, en tacticien adroil, expliquer qu'il y avait
s AFFAIRE TRULLÉ A LA CONVENTION 675
tout ES atieeut une erreur de rédaction dans les termes du décret. Cette erreur, c'était lui qui l’avait commise, il s’en confessait humblemeni, il affirma ensuite le patriolisme de Dalbarade : « Le Comité de Salut public peut l’attester, lui qui connaît ses travaux assidus et ses veilles journalières pour donner à la marine la plus grande activité. Un tel homme ne'‘doit pas être accusé légèrement. » Au reste, le ministre était surchargé de besogne, le Comité de Salut public se proposait d’alléger sa tâche, et Barère fit allusion au système des commissions dont nous avons déjà parlé. Enfin Barère proposa pour le malencontreux décret la rédaction suivante : « La Convention nationale élève au grade de capitaine de vaisseau le ciloyen Trullé, et charge le ministre de la marine de lui désigner incessamment le vaisseau dont il aura le commandement », il donnait de la sorte satisfaction à l’Assemblée, et en même temps il esquivait l'obligation de confier à Trullé un poste au-dessus de ses moyens. Jeanbon trouva pourtant la concession excessive : « J’observe à la Convention que le grade de capitaine de vaisseau ést peut-être trop élevé, dit-il. Trullé n'ayant encore été que capitaine d’un vaisseau marchand, il est possible qu’il ne réunisse pas les connaissances nécessaires à un capitaine de vaisseau de guerre. » Legendre, qui avait été marin, l’appuya. Mais Couthon, moins scrupuleux que son collègue au Comité, se contenta d’insinuer que la Convention ne demandait pas pour Trullé le commandement immédiat d'un vaisseau de soixante-quatorze. La rédaction de Barère fut adoptée, le Comité de Salut public nomma Trullé commandant d’une frégate, c'était le poste le moins important qu'on pût donner à un capitaine de vaisseau {.
Cetle misérable discussion se terminait donc à l’avantage du Comité de Salut public, mais grâce au subterfuge d’un habile politicien. Au nom de la souveraineté de la Représentation nationale, la Convention s'était arrogé le droit de dispenser qui lui plaisait des preuves de capacité que la loi requérait des candidats aux grades supérieurs de la marine. Sous l’inculpation de lèse-majesté vis-à-vis de la Représentation nationale, l'Assemblée avait eu aussi la velléité de frapper le ministre de la marine, au risque d’entraver la réorganisation de son département. Et contre ces caprices, à l'exception de Saint-André aucun des membres du Comité de Salut public n’élait venu protester, n'avait allégué les nécessités du service, les besoins du gouvernement, les intérêts de la défense nationale, tant le Comité était faible devant la Convention.
Cet état de choses dut fortifier parmi les collègues de Jeanbon le désir de détourner tous les esprits vers le péril extérieur, d’attiser la haine de l'Anglais dans toutes les âmes, de presser les hostilités sur l'Océan pour imposer silence aux convoitises des partis, afin d’obli-
1. Voy. Procés-der bal, t. XX VIII, p. 86, t. XXUIX: p. 79, sur les origines de l’incident, Moniteur, t. XIX, p. 342 sur l'incident même, arrêté définitif du Comité de Salut public, dans Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. XI, p. 160. Noter que le 13 pluviôse Dalbarade fut encore interpellé sur le civisme de son adjoint Bonjour, qu'il avait d’ailleurs renvoyé (Aulard, Jacobins, t. V, p 638).
ger tous les révolutionnaires à se rallier au Comité chargé de la conduite des opérations maritimes:
Du moins c’est à cette pr éoccupation que parut obéir Robespierre :
dans une scène étrange qui eut lieu le FORCE 11 pluviôse aux Jacobins ‘.
Au cours de la discussion sur les crimes du ed anglais, Jeanbon s’élevait contre le discours d'un préopinant qui, d’après lui, avilissait le peuple anglais. « On semble vouloir aliéner de nous le peuple anglais, disait-il, ce ne fut jamais là votre intention. Vous
avez voulu resserrer plus particulièrement les liens de la fraternité
entre vous et lui. Montrons aux Anglais la honte dont ils se couvrent en obéissant à un roi imbécile. Faisons leur sentir combien il est humiliant et dur d’être soumis aux caprices d’un ministre insolent. Offrons à leurs yeux les douceurs de la fraternité qui nous unit et les bienfaits de l'égalité... et vous verrez qu'ils sempresseront d’en goûter aussi les charmes. » On reconnaît dans cette berquinade les restes des illusions qu'avait notre héros au début de 1793, ainsi que ce rêve de la fraternité des peuples que son esprit poursuivait quand les circonstances ne le rappelaient pas à la haine de l'étranger.
Robespierre considéra que ces belles théories étaient intempestives. Il répondit par un discours nerveux, sinistre d’animosité, dont les tirades étaient scandées de ces paroles : « Je n’aime pas les Anglais », «je hais le peuple anglais. » Il rapprocha « cette anglomanie déguisée sous le masque de la philanthropie », de « l’ancien hébertisme », comparaison menaçante pour Saint-André. Puis, il déclara : « j'augmenterai autant qu’il sera en moi la haine de mes compatriotes contre le peuple anglais. Que m'importe ce qu'il en pense ! Je n’espère qu’en nos soldats et la haine profonde qu'ont les Français pour ce peuple ». Il ajouta : « Il est un parti de l’opposition; à la bonne heure : nous allons bientôt voir de quoi il est capable, nous allons voir les débats de la rentrée du parlement; mais si les Communes votent une adresse de remerciement, alors le peuple anglais ne vaut plus la peine d’être gouverné... Quant à nous, formons notre marine, serrons de toutes parts nos forces...» Ce langage fut couvert d’applaudissements.Jeanbon comprit que ses propos prêtaient à des interprétations fâcheuses, il s'empressa de dire : « Ce n’est pas pour affaiblir la haine que tous les Français doivent avoir contre les Anglais que j'ai pris la parole dans cette Société. J'arrive de Brest, jy ai tenu aux marins le même langage que Robespierre vient de vous tenir ici; je les ai pénétrés de leur grandeur; j'ai reçu leur serment de poursuivre sur les mers le pavillon de Georges... Les premiers succès de la marine française ont peut-être quelque liaison avec les soins que j’ai pris pour développer auprès des équipages les sentiments qui doivent animer tous les bons républicains. Je leur ai dit que les Anglais ne devaient pas cesser d’être l’objet de notre mépris et de notre haïne, et que nous ne devions