Villaret à Jeanbon BB# 37, fol
5. BB3 51, fol. 25; le 25 pluviôse, émeute sur {e Redoutable (BBt 10, fol, 54).
6. BB 60, fol. 112, fol. 99. Arch. Nat. AF11 120. Bouret au Comité de Salut publie, 13 pluviôse (Aulard, Actes du Gomilé de Salut public, t. X, p. 600).
A Lorient, il n’y a pas seulement un déficit effrayant dans les approvisionnements et dans l'effectif des ouvriers, la Société populaire continue ses méfaits, elle met le désarroi dans les travaux, elle invite les ouvriers et marins à lui porter leurs dénonciations et réclamations, elle épure au gré de leurs rancunes l'administration de la marine, elle emprisonne de nouveau l'ingénieur en chef Segondat et plusieurs agents, elle en dénonce d’autres à Paris !; elle va même jusqu'à retenir à Lorient des agents qui ont recu du ministre l’ordre d’aller à Toulon mais qui comptent parmi les clubistes les plus zélés ?, jusqu’à soutenir un enseigne qui refuse d’embarquer parce qu’il ne veut pas se trouver à bord avec le neveu du commandant d'armes de Brest ; elle se concerte aussi avec le club de Brest, remue les Jacobins de Paris, nomme le 21 pluviôse une commission « pour exercer la surveillance la plus active sur les opérations du port et sur celles des agents de son administration * ». Le Comité de Surveillance, composé de marins el d'ouvriers, n’est pas moins audacieux : un petit convoi de l’Ile de France et des Indes étant arrivé le 22 pluviôse escorté par les frégates la Fidèle, contre-amiral Rosily, et l’Atalante, capitaine de vaisseau Savary, le Comité fait emprisonner Rosily “. De guerre lasse, le ministre de la marine ne correspond plus avec la Société populaire, ce que voyant, le Comité de Surveillance envoie à Paris demander sa destitution au Comité de . Salut public 5. Jeanbon, pour soustraire Segondat à ses persécuteurs, fut obligé de le mander auprès du Comité f.
Le Comité de Salut public est forcé aussi de désavouer un officier nommé Tempié, probablement un frère du clubiste de Brest, qui, lieutenant de port à Nantes, s'était arrogé à Rochefort une mission de haute surveillance 7. Au Havre, le Représentant Sibloi, sur
1. Prieur de la Marne au Comité de Salut public (Aulard, t. X, pp. 520, 553). Reg. du club D# no 9, fol. 135 recto, 144, 145. C’est le chef principal Gautier, mandé au ministère pour étudier la descente en Angleterre, qui est l’objet de la haine des clubistes avec Segondat (Sur lui voy. BB? 38, fol. 174, BB 25, fol. 216 et Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XII, p. 47). Il sera effectivement incarcéré.
2. De l’aveu de Prieur qui nomme l’un d'eux, Defosse, inspecteur civil en vertu du décret du 14 pluviôse (D# no 9, fol. 145 verso, 167 verso).
3. Mémoire du club au Comité de Salut public (BB? 43, fol. 138); D# n° 9, fol. 148 verso, fol. 149 verso.
4. Moniteur,t. XIX, p. 485; BB? 52, fol. 92, plainte confidentielle du commandant d’armes au ministre sur cêtte arrestation. Sur Savary, voy. ch. xvr. Rosily (François- Étienne, comte de Rosily-Mesros), né à Brest, en 1748, entré dans la marine en 1762, compagnon de Kerguelen dans ses explorations, capitaine de vaisseau le 17 mai 1786, contre-amiral commandant des armes à Rochefort au début de 1793, destitué après son retour de l'Ile de France comme noble, retiré à Versailles, autorisé le 27 vendémiaire an LIT par le Comité de Salut public à travailler à la rédaction de ses cartes et plans sur l'Inde, vice-amiral et directeur général du dépôt des cartes sous le Directoire, fait prisonnier en rade de Cadix lors de l'insurrection des Espagnols contre Napoléon, mort à Paris en 1832 (État de la marine de 1790, Biographie bretonne peu exacte sur son compte, BB? 838, Arch. Marine).
5. Mémoire du club, Jeanbon au Comité de Surveillance le 21 ventôse pour lui reprocher cette démarche (AF1r 298).
6.22 pluviôse (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 41).
7. Aulard, Actes du Gonvité de Salut public, t. IX, p. 565, t. X, p. 754.
intervention du Comité de Surveillance, destitue et incarcére l’ingénieur constructeur en chef, le célèbre Forfait, le rival de Sané. Une lettre du Comité de Salut public prie Siblot de réintégrer Forfait dans ses fonctions : « Outre que ses talents dans la construction sont précieux, il a mis une très grande activité à remplir les fonctions de sa place. Aucun des constructeurs de la République ne lui a donné un si grand nombre de vaisseaux dans le même temps. Songe que dans ce moment tout ce qui tend à ralentir les travaux maritimes dans les ports peut tuer la liberté ». Siblot rend par un arrêté la liberté à Forfait, mais le 27 pluviôse (15 février), Jeanbon, «informé qu'au mépris de cet arrêté ce ciloyen est journellement inquiété », Jeanbon est contraint de stipuler au nom du Comité « que les autorités constituées demeurent personnellement responsables de l'exécution de l'arrêté du Représentant du peuple Siblot relatif au citoyen Forfait ‘ ». La municipalité de Bordeaux entrave les opérations d'agents de la marine chargés d'acheter des vins, et il faut que Jeanbon lui écrive une lettre énergique, qu’il lui demande si elle a la prétention d’imiter les anciens Parlements, qu’il la menace de la loi qui punit les autorités constituées coupables de s'être immiscées dans les opérations maritimes; il fait part de cel abus de pouvoir aux Représentants à Bordeaux et leur déclare compter sur leur vigueur pour réprimer de pareils écarts ?. À Grenoble même, le 21 pluviôse, Jeanbon doit faire remettre en liberté un ingénieur de la marine détaché à l'exploitation des bois. Le contre-amiral Martin se plaint, le 25 pluviôse, de Port la Montagne au ministre, «des intrigants et des commérages », et le Comité de Surveillance de Nice intervient sur les bâtiments de guerre stationnés à Villefranche #.
Malgré toute son énergie, malgré son zèle démocratique, le Comité de Salut public est donc débordé par les meneurs de la démocratie dans tout le pays. Il se voit obligé d’user de contrainte pour maintenir sous son autorité, pour discipliner cette démocratie qui fait toute la force de la Montagne, et cependant, à user de contrainte, il risque de lasser ou d'abattre la minorité agissante qui, dans les clubs, les Comités de Surveillance, les administrations, entraîne à sa suite la classe populaire et la dirige.
1. Aulard, t, IX, p. 399, note. Siblot en mission dans la Seine-Inférieure et l'Eure du 7 pluviôse au 17 floréal (Compte rendu de ses dépenses, Le? n° 188. Bibl. Nat.). Destitution de Forfait, AF1r1 298; lettre du Comité de Salut public, dans Aulard, t. X, p. 736, arrêté de Jeanbon, 27 pluviôse dans Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 156. Forfait Pierre Alexandre-Laurent, né à Rouen en 1752, ingénieurconstructeur à Brest de 1773 à 1790, constructeur des premiers paquebots, député de la Seine-Inférieure à la Législative, ministre de la marine sous le Consulat du 2 frimaire an VIII au 9 vendémiaire an X, conseiller d'Etat, inspecteur général de la flottille de Boulogne, commandeur de la Légion d'honneur, préfet maritimé au Havre, puis à Gênes, mort en 1807. 11 avait composé, en.1788, un Traité élémentaire de la môture des vaisseaux qui faisait autorité et des Observations sur la marine d’Angleterre (Dict. des Parlementaires; Revue maritime et coloniale, t. LXXV, p. 166).
2. 22 pluviôse à l'agent national, 26 pluviôse aux Représentants à Bordeaux (AFn 202, Aulard, t. XI, p. 148), arrêté de Jeanbon du 25 sur ces achats (Aulard, t. XI, p. 110). Tallien essaiera de disculper la municipalité de Bordeaux (Ibid., t. XI, p. 304).
3. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 2, BB‘ 42, fol. 40 ; BB 9, fol. 86.
Le 28 pluviôse (16 février), furent arrêtées les dernières mesures essentielles en vue des opérations navales projetées. A cette date, en effet, nous trouvons de la main de Jeanbon l'arrêté suivant : « La flotte de la République mouillée dans la rade de Brest mettra à la voile du 1° au 5 ventôse prochain; le ministre de la marine disposera sa croisière de manière qu'elle puisse protéger l'expédition
contre Jersey el Guernesey, se porter au besoin au secours dela divi-
sion destinée à cette expédition, la soutenir si elle était obligée de se replier. La flotte se tiendra avec soin au vent de la rade de Brest et à portée d’en venir chercher le mouillage si les circonstances l’exigent ou que la force majeure l’y contraigne. Elle rentrera aussitôt qu’elle en aura reçu l’avis des Représentants du peuple envoyés à Jersey, et le général en rentrant détachera les cinq vaisseaux aux ordres du contre-amiral Nielly dont la croisière a été fixée par arrété durs , mais jusqu’à cette époque elle se tiendra ensemble sans qu’elle puisse se séparer ou se diviser sous aucun prétexte ‘. » Un autre arrêté porte : « les deux frégates et la corvelte qui devaient être attachées aux cinq vaisseaux de 74, sous les ordres du contreamiral Nielly, pour croiser entre le 47° et le 48 latitude et par 15° longitude méridien de Paris, partiront seules pour former cette croisière et protéger le convoi attendu de l'Amérique septentrionale jusqu’à ce que le contre-amiral Nielly soit lui-même dans le cas de se porter à la rencontre de ce convoi. La division légère d’une frégate et deux corvettes, qui a dù être détachée en même temps en vertu de l’arrêté du Comité de Salut public du 6 de ce mois, suivra sa destination. » Jeanbon a écrit de sa main les mots « du 6 de ce mois » et a signé avec Collotd’Herbois, Carnot, C.-A. Prieur, Billaud-Varenne ?. Un troisième arrêté, rélligé par lui, décide «que les frégates l’Atalante et la Fidèle arrivées de l’Inde au port de Lorient, ne seront point désarmées, mais qu’il leur sera fourni, sous trois jours, les objets dont elles auraient besoin pour reprendre la mer et se rendre dans les parages qui leur seront assignés pour croisière par le ministre de la marine » *.
Ainsi, le Comité de Salut public se décidait à faire sortir toute l’escadre de Brest pour appuyer la division de six vaisseaux chargée de protéger la descente à Jersey, et il maintenait réunie à l’escadre jusqu’à la fin de l'expédition, la division qui, avec Nielly,
1. Signé : Jeanbon Saint-André, Collot d’'Herbois, C. A. Prieur, Billaud-Varenne, Saint-Just (collection Maurice Loir).
2. Collection Maurice Loir. Le même jour, le ministre ordonne à Brest d’expédier en croisière le lieutenant Perrée avec les frégates Tamise, Proserpine, plus une corvette (BB# 39, fol. 104).
3. De la main de Jeanbon, 28 pluviôse, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t'eXT; p.178: