‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 562 sur 889 · L'ESCADRE DE BREST PRENDRA PART A L’'ATTAQUE DE JERSEY · texte numérisé non relu

L'ESCADRE DE BREST PRENDRA PART A L’'ATTAQUE DE JERSEY

devait se porter à la rencontre du convoi des Etats-Unis. Quant à l'Alalante, nous verrons, qu'après de longs retards, elle fut chargée -sous le commandement de Linois, le futur vainqueur d’Algésiras, d’aller porter à Van Stabel des instructions 1. Jeanbon, ici comme en politique, se ralliait donc finalement à l’opinion de ses collègues, - il rédigeait les dispositions suivant lesquelles l’escadre de Brest devait collaborer à l'expédition projetée.

D’autres décisions furent prises en même temps. Le 27, ordre fut donné par Saint-André de changer les navires qui formaient la station du Verdon à l'embouchure de la Gironde : « un trop long séjour dans les mêmes rades donne aux marins des habitudes qu’il ne faut pas leur laisser contracter ?. » Le 27 également, ordre de Saint-André prescrivant à Martin de mettre à la voile, le 20 ventôse (10 mars), avec les six vaisseaux dont l'armement est terminé à Toulon, et quatre frégates, quatre corvettes; cette sortie, sur laquelle nous reviendrons, doit montrer dans la Méditerranée, où l’on pouvait croire la marine française anéantie depuis la trahison de Toulon, qu’une pelite escadre est déjà reconstituée. Jeanbon, par d’autres mesures, presse la résurrection de nos forces de ce côté, et il remplace au Port-la-Montagne un commandant des armes incapable par le vice-amiral Thévenard, le vieil officier expérimenté et dévoué qu'il avait soustrait à l'échafaud naguère, qu'il n'avait pu garder à Brest, mais auquel il conservait toute sa confiance 8. Ainsi, le Comité de Salut public et son délégué à la marine, préparent l'offensive à la fois sur l'Océan et sur la Méditerranée.

Un décret rendu sur motion de Saint-André vient s'ajouter le 27 pluviôse (15 février), à toutes les mesures que le Représentant avait prises pour inspirer aux équipages et officiers l'enthousiasme civique avec l'amour de la Révolution et de la patrie. A la religion nouvelle, la religion de la République et de la France, que la Montagne s'était efforcée de substituer aux anciennes croyances, il fallait des symboles, et c’est pourquoi Jeanbon fit voter par la Convention Padoption d’un pavillon tricolore : les couleurs nationales y seraient disposées en trois bandes égales et verticales, le bleu attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu, le rouge flottant dans les airs : « Un pavillon qui n’est pas celui de la République flotte encore sur nos vaisseaux, dit Jeanbon à l’Assemblée, les marins s’en indignent..……. J'ai été le dépositaire de leurs vœux. à cet égard, je l'ai fait connaître au Comité de Salut public et le Comité vous le transmet par mon organe. Les couleurs nationales sont désormais les

1. Son retard à partir provint sans doute de ce que le Comité de Salut public apprit que tout le convoi attendrait Van Stabel pour revenir en France, et qu’il devint dès lors inutile d'envoyer au-devant du convoi deux divisions au lieu d’une et de prévenir Van Stabel de l’envoi de deux divisions. f

2. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 159, Jeanbon aux Représentants du peuple à Bordeaux, 26 pluviôse.

3. Aulard, t. XI, p. 158 ; autres arrêtés du 28, du 29 pluviôse (bid., pp. 179 et 212, 813, Eu voy. ch. XX, sur la marine du Port- fe Montagne ci-devant Toulon.

seules qui puissent plaire à des Français, il faut qu'on les voie partout, el, si je l’osais dire, plus encore dans le pavillon de nos vaisseaux que sur les drapeaux de nos intrépides bataillons. Le pavillon est pour le marin non seulement le signal du ralliement, le guide matériel qui le conduit à la victoire, il est encore sa grammaire, son langage, le moyen par lequel il communique et reçoit à de grandes distances des idées très compliquées. Sera-ce avec un vocabulaire monarchique que les généraux des armées navales donneront des ordres républicains ? » Jeaubon fit l'historique des discussions qui, dans la Constituante avaient abouti, par une transaction entre les couleurs de la nation et celles de la monarchie, à l'adoption d’un pavillon blanc portant « reléguées dans un coin » les trois couleurs républicaines, et il montra que cette disposition n’avait satisfait personne d'autant plus qu’elle rappelait celle du pavillon anglais. Puis : « il faut commander la victoire au nom de la patrie, s’écria-t-il, votre Comité vous propose un pavillon formé tout entier des trois couleurs nationales, simple comme il convient aux mœurs, aux idées, aux principes républicains, qu’on ne puisse confondre avec ceux d’aucune autre nation... Braves marins, vous le défendrez, cloué à la poupe de vos vaisseaux vous ne souffrirez jamais qu’il soit amené... vous le recevrez des mains de la patrie, vous serez responsables envers elle du dépôt qu’elle vous confie ». Ce pavillon n’était pas prêt, mais le décret ordonnait son adoption pour la date du 1er prairial 1. Ce décret du 27 pluviôse a trouvé, lui aussi, des détracteurs. « On changea pour changer », a-t-on dit. Nous venons de voir qu’il y avait à cette innovation de sérieux motifs. Ajoutons que les matelots, les clubs la réclamaient, qu’enfin il était tout naturel qu’au drapeau tricolore des troupes correspondît un pavillon tricolore pour les escadres, et que les vaisseaux de la République portassent sur les flots, au milieu des combats, les couleurs de la République. Au . reste, l’instigateur de cette réforme n’est pas Jeanbon, mais Bréard. Il écrivait au Comité de Salut public le 5 frimaire, tandis que Jeanbon était en mission aux côtes de la Manche : « Un objet qui mérite d'être pris en considération beaucoup plus qu’il ne le paraît au premier coup-d’œil, c’est le changement du pavillon : celui que nous avons est purement monarchique et les couleurs nationales qui y paraissent à peine y sont presque insultées. Le pavillon est tout pour la marine. C'est leur signal de ralliement et leur moyen de commu- - nication, il leur sert de signe pour se parler et s'entendre, et son influence est des plus grandes ». Qui ne reconnait là les arguments et jusqu'aux termes employés par Saint-André le 27 pluviôse ? Et en marge, le Comité de Salut public avait mis cette note : «Faireun rapport sur le changement du pavillon et sur la nécessité d’en éta-

1. Moniteur, t. XIX, p. 485, Procès-verbal, t. XXXI, p. 300. Voy. Aulard, Actes du Gomité de Salut public, t. XI, pp. 161, 212, 267 : arrêtés pour l’application du décret, 27 et 29 pluviôse, autre du 1 ventôse ordonnant l'impression du rapport de Jeanbon en tête du décret. :

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