RENVOI DE LAIGNELOT ET DE HUGUES
ciez dans une arène où j'aurais de bien désagréables combats à soutenir. Je ne me suis pas trompé; dès que l’objet de ma mission a été connu, tout s’est ému, tout s’est ébranlé autour de moi. Les cris, les menaces, les emportements, tout a été prodigué, et le grand motif de ce beau tapage, c'était un accusateur publie. Il est démontré à certains yeux que les membres du tribunal révolutionnaire de Paris sont des ignorants, qu’un seul homme peut être accusateur public à Brest... Eh quoi! nous nous passionnons ainsi pour un homme, et nous sommes libres! ». {1 consentit à maintenir provisoirement Hugues dans ses fonctions, il l’annonça avec Laignelot au Comité de Salut public par courrier extraordinaire, en ajoutant qu’il ne doutait pas que le Comité de Salut public ne confirmât cette décision. Mais le lendemain, à Barère, il mandait qu’il n'avait agi de la sorte que pour éviter « le scandale public entre deux collègues dans les départements », et qu'il n’en fallait pas moins, à Brest, deux juges du tribunal révolutionnaire de Paris « pour exécuter vos arrétés et peut-être-aussi pour tranquilliser mon âme. Quand ces deux hommes seront ici, je serai content, soit que l’autre y demeure ou non. Si, contre mon attente, le Comité avait jugé d’après l'envoi du courrier que cette mesure était désormais superflue, je te prie de combattre cette idée... Deux patriotes de plus, et deux membres du tribunal de Paris sont si précieux à Brest de toutes les manières !! » Laignelot, satisfait, partit de Brest ce même jour, 7? ventôse (25 février), tandis que les deux juges qu'il avait amenés de Rochefort, Goyrand et Lignières, y étaient renvoyés ?.
-Le Comité de Salut public avait déjà rédigé, le 4 ventôse, un arrêté expédiant à Brest Ragmey, juge du tribunal de Paris, Donzé-Verteuil, substitut, et Bonnet, secrétaire de Fouquier-Tinville * ; il main-tint sa décision conformément aux désirs de Saint-André. Vainement Laignelot et Hugues accoururent à Paris le cœur ulcéré, vainement
au Comité de Salut public, dans la Convention, dans les cafés, ils inculpèrent Jeanbon de modérantisme et d’aristocratie. Laignelot parla de dénoncer Jeanbon et Bréard à la tribune, Bréard len défia et il n’osa tenter l'aventure *. Deux mois après, il devait être envoyé par le Comité de Salut public contre les chouans ÿ. Quant à
1. Jeanbon à Barère, 7 ventôse. Jeanbon et Laignelot au Comité de Salut publie, 6 ventôse, nous n'en avons que l’analyse d’après le catalogue Et. Charavay (Aulard, Actes du, Gomité de Salut public, t. XI, p. 379).
. 2. Reg. I d’arrêtés des Représentants du peuple. Arch. commun. Brest.
3. Aulard, t. XI, p. 329. Wallon (Les Représentants en mission, t. IT, p. 46), a bien vu l'attitude de Jeanbon dans cette circonstance.
4. «Je ne dirai pas non plus que j’eus plusieurs disputes violentes avec Laignelot et Hugues, qu'ils accoururent à Paris le cœur ulcéré contre moi, et qu’au Comité de Salut public, dans l’intérieur de la salle de la Convention, dans les cafés, je fus tympanisé par eux comme un modéré, comme un aristocrate. Bréard a eu connaissance de ces faits, et il doit se souvenir de m'avoir dit que Laignelot menaça de nous dénoncer tous deux à la tribune, et qu’il le défia de l’oser » (Réponse à la dénonciation des cilouens de lu commune de Brest).