Reg. n° 18 du Consist
8. Bulletin de la Soc. d’hist. du protestantisme, 1894, p. 446. Voy. chapitre IX, ce que dit de son talent oratoire Benedict Prévost qui l’a entendu à Montauban.
numériquement très importante et entourée de ae d'autres avec lesquelles elle entretenait des relations 1, on ne voit pas qu'il ait eu des difficultés ?.
Ce fut précisément l'Édit de tolérance destiné à réconcilier définitivement catholiques et protestants qui réveilla les inimitiés assoupies. Son libellé, qu’un demi-siècle plus tôt personne n’eut critiqué, et qui était conforme au principe de l'unité de foi dans l'État, parut blessant après réflexion à des gens qui, dans une foule d’écrits, apprenaient depuis vingt ans que par la nature tous les hommes sont égaux. En effet, il faisait aux protestants la grâce de les tolérer, cette grâce même étail inquiétante, car, suivant les termes de l’Édit étudiés par Saint-Étienne, le roi n ’accordait que ce qu'il pensait n'avoir pas le pouvoir de refuser, et rien ne garantissait que ce pouvoir ne lui reviendrait pas * ; : l'applicalion en était malaisée, car il présentait une foule d'obscurités : ; s’il donnait l’état-civil, il n’autorisait pas nettement le culte, et les procédés employés pour délerminer l’état civil se heurtaient aux scrupules de certains réformés ‘. Enfin, pour des gens qui avaient longuement souffert, la réparation qui était d'importance vue de loin, de près se réduisait à peu de chose, trompait des désirs surexcités par l'attente. Avant même que l’édit eût été promulgué, quelques protestants demandaient plus * et natu-
1. « Population de l'Église réformée de Montauban », 5,858 individus (statistique de l’époque révolutionnaire. Arch. commun. série DD). Jeanbon, dans les Observations sur un Mémoire de la ville de Cahors, déclare l'élément protestant considérable dans toute la région (à Villemade, Saint-Etienne, Albias, Réalville, Caussade, Négrepelisse, Bioule, Bruniquel, Saint-Antonin).
2. Voy. plus loin sa lettre de Paris au Consistoire. 15 mai 1792.
3. « Nos sujets non catholiques... ne tiendront de la loi que ce que le droit naturel ne nous permet pas de leur refuser » (Considérants de l'Édit). Aussi Saint-Étienne, dans l’Assemblée nationale, le 23 août 1789, dira que les non catholiques n’ont reçu de l’édit « que ce qu’on n’a pu leur refuser, oui ce qu’on n’a pu leur refuser... ce n’est point une inculpation gratuite, ce sont les propres termes de l’Édit » (Moniteur, t.I, p. 377).
4. La disposition qui les autorisait à déclarer leur mariage devant le magistrat était regardée comme une transformation du mariage religieux en une cérémonie civile (Lettre impartiale sur l'Édit des protestants à M. le comte de.…., à Paris le 8 janvier 1788, 52 pages, in-8, p. 47). Voy. aussi Documents sur Rabaut Saint-Étienne, p. 98 (collect. Coquerel, Bibliothèque de la Soc. d’hist. du protestantisme). De plus, l’'Edit était très obscur, de propos délibéré, semble-t-il, afin de laisser prendre aux réformés plus qu'on n’osait leur accorder ouvertement ; mais ils ne comprenaient pas ces intentions secrètes et se trouvaient fort embarrassés pour s’y con- . former. Voy. le règlement voté à ce sujet le 127 mai 1788 par le synode du Haut-Languedoc (Hugues, op. cit., t. IL, pp. 587-588). Enfin, l’édit leur défendait « toutes les charges de judicature, les municipalités érigées en titre d'office et ayant fonctions de judicatures, et toutes les places qui donnent le droit d'enseignement public » (art. 1). Rabaut Saint-Etienne, le 23 août 1789, flétrira dans la Constituante cette « maxime des temps barbares, de division d’une nation en une caste favorisée et une caste disgraciée ». L'article IIL défendait aux protestants de « former en nom collectif aucune demande, prendre aucune délibération, faire aucune acquisition ou aucun autre acte quelconque », l'article VII les obligeait à contribuer à l'entretien du culte catholique.
5. Jeanbon le constate, « les malheureux ne sont pas toujours justes », dit-il (Gonsidérations, Nicolas, p. 292).