‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 58 sur 889 · EFFERVESCENCE CHEZ LES PROTESTANTS ET LES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

EFFERVESCENCE CHEZ LES PROTESTANTS ET LES CATHOLIQUES

rellement ne furent pas satisfaits à son apparition. Jeanbon constata des mécontentements. Quand on en vint à l’application leur nombre augmenta. Les demandes de concessions plus considérables se multiplièrent ‘ et de l’effervescence se manifesta.

Elle se traduisit dans des écrits : il existe trois mémoires de Rabaut Saint-Étienne, composés le premier un peu avant 1787, le second eu 1787 (nous les avons déjà cités), le troisième vers 1789 ?, la gradation croissante des exigences y est évidente : avant 1787, Rabaut ne demande pas autre chose que ce que désire Jeanbon, il accepte parfaitement pour ses coreligionnaires un culte à l'écart et placé sous la surveillance de l'Etat, en 1789, c’est pour le clergé catholique qu’il propose ce régime *; de même, l’ancien esprit démocratique du calvinisme se réveilla, une réimpression du fameux pamphlet de Jurieu, les Soupirs de la France esclave, fut faite en 1788, dans le

but d'appeler l'attention des protestants sur la nécessité de faire

ratifier par les Élats-Généraux, représentants de la nation, les concessions du souverain révocables au gré du despotisme “, Jeanbon lui-même invoquera bientôt les idées de Bayle et des anciens maîtres de l’Académie protestante de Montauban . Des idées l’on passa aux actes : la correspondance du comte de Périgord avec Paul Rabaut signale en 1788 une subite poussée des protestants vers les fonctions et ia vie politique ©. L’émoi qui se répandit dans le pays à l'approche des Etals-Généraux augmenta leur fièvre; leur esprit d'initiative, leur énergie, forcément restreinte jusqu'alors aux entreprises économiques, trouvèrent une occasion de se déployer dans ce

1. Lettre de Jeanbon du 16 mai 1788. Jeanbon, lui, s’y déclare content de l'Édit. Synode du Haut-Languedoc du 1% mai 1788 (Hugues, t. II, p. 556). Correspondance secrète, édition de Lescure, t. Il, p. 227. Lettre du pasteur Gâchon, Nîmes, le 19 octobre 1788, à Jeanbon (Arch. du Consist. Montauban).

2. Fabre, Mémoires de l’Académie de Nimes, VII série, t. XVI.

3. « 8° Diminuez insensiblement les processions, les confréries et toutes les cérémonies des places et des rues sur lesquelles l'autorité a une inspection non contestée, ramemmerilestprétres danseurs Eelises Et URL dei nee nees

« 16° Abolissez les Annales, restreignez les assemblées du clergé : faites les présider par un homme du Roi » (3: Mémoire dans Mémoires de l’Académie de Nimes, VILe série, t. XVI, pp. 231-240).

4. Les Soupirs de la France esclave qui aspire à la liberté. Amsterdam, 1788, 1 vol. gr. in-8. Voy. l'avertissement. On lui donne aussi comme titre, Les vœux d’un patriote, par Jurieu. Amsterdam, 1788, in-80.

5, « Université célèbre, dirigée par de grands maitres dont les écrits échappés à la flamme des tyrans présentent des idées philosophiques que notre siècle ne désavouerait pas. », dira Jeanbon de l’Académie protestante qui existait à Montauban au xvire siècle, dans les Observutions sur un Mémoire de la ville de Cahors. A quels maîtres et à quelles idées fait-il allusion ? Nous l’ignorons, et l'Histoire de l’ancienne Académie protestante de Montauban de M. Nicolas, Montauban, 1885, in-8, ne nous fournit aueun renseignement précis, il ne subsiste dés maitres de cette académie que des ouvrages de controverse et de théologie. Jeanbon ajoutera que quand elle fut transférée à Puylaurens « le fléau de tous les préjugés, Bayle, y reçut ses premières leçons ».

6. Papiers Rabaut (II G), nombreuses lettres du comte de Périgord à Paul Rabaut pour le prier de modérer ses coreligionnaires. On propose un synode national (Hugues, t. ILE, p. 590 et note); or, dans les Gonsidérations, Jeanbon conseillait à l'Etat d’interdire de telles assemblées.

grand essai “ consultation de la Yation. Eux surtout Re des réclamations à présenter, des améliorations à souhaiter, seuls ils avaient acquis dans le libre gouvernement des églises et la pratique du régime démocratique l'expérience des affaires qui manquait à la majorité des citoyens, ils savaient discuter et délibérer. Dans tout le Midi ils prirent la conduite du mouvement révolutionnaire, plus que tous les autres ils élevèrent la voix et se firent écouter ; à Montauban, dans les réunions des corps de métiers, ce sont les protestants qui parlent haut et dressent les listes de réclamations qui seront fondues dans les cahiers de doléances de la sénéchaussée ‘ ; à Nîmes, Rabaut Saint-Etienne sera député aux États-Généraux même. Leur élan est irrésistible, quand une fissure a été pratiquée dans la digue derrière laquelle dormait une énorme masse d’eau, un courant se dessine immédiatement impétueux, l’eau se presse au bord de la brêche et pèse sur la digue avec une force extrême, le protestantisme, contenu jusqu'alors par les lois de proscription, et auquel l'Édit de tolérance a cru donner assez de liberté, se fait ainsi place violemment. Les pasteurs, les chefs éclairés des communautés prêéchent le calme, C. Desmont par exemple dans son discours du 30 avril 1789 ?; . c’est en vain, le mouvement était fatal, on le retrouve dans toutes les révolutions qui délivrent des opprimés. D'ailleurs l’absence de direction, le manque d'autorité des pasteurs sur leurs ouailles, permettent aux imprudences de se manifester librement *. Le résultat, c’est que, dans le Midi surtout, les catholiques s’inquiétent, les partisans de l'unité de foi et les ecclésiastiques qui avaient déjà protesté avant et lors de l'apparition de l’Edit *, le peuple encore très arriéré, s’irritent, s’alarment de voir les asservis de naguère réclamer plus et mieux que l’Edit de tolérance et réclamer bruyamment. L’entente de tous les citoyens sur la nécessité des réformes subsiste, mais la tolérance perd du terrain et le fanatisme reparaît chez les catholiques.

Ces deux courants d'idées sont également manifestes dans les cahiers de doléances rédigés pour les États généraux par les trois ordres de la province du Quercy . Les opérations préliminaires

1. En mars 1789 (Arch. commun., série AA, carton 5) : le commerce de Montauban dans les réunions qu’il tient pour le même objet, de décembre 1788 à mars 1789, a pour principaux chefs des protestants.

2. Discours prononcé le 30 avril 1789 à l'occasion de l’Édit du roi en faveur des protestants, sans nom d'auteur.

3. Taine (Révolution, t. 1, p. 324) pense que le gouvernement aurait dû exécuter, pour amener l’apaisement, le plan que proposait M. de Bouzols, maréchal de camp à Montpellier : prendre comme responsables des troubles sur leur tête, d'une part, les évêques du Bas-Languedoc, d'autre part, les trois Rabaut (Paul Rabaut, Saint-Étienne et Pomier). M. de Bouzols, et Taine après lui, s'exagérait l'influence des Rabaut sur leurs coreligionnaires. Nous avons vu au chapitre précédent combien elle était contestée et que les protestants n'avaient pas de direction une.

4. Se reporter au chapitre 11; les « Remontrances du clergé de France assemblé en 1788 au roi sur l’Edit du mois de novembre 1787, concernant les non catholiques » (Biblioth. nat. Ldÿ n° 601) ne purent que prolonger l’émoi.

5. Combarieu, Assemblées des sénéchaussées du Quercy pour les élections aux Étais généraux, procès-verbaux, listes des députés et cahiers, déjà cité.

LES CAHIERS DU QUERCY AUX ÉTATS-GÉNÉRAUX 55 s'étaient passées avec une gravité, une dignité qui montre combien tous étaient pénétrés de l'importance de l'acte auquel ils procédaient ‘, et, parmi les députés, deux prélats, Mgr. de Nicolaï ? évêque de Cahors et l’évêque de Montauban,le marquis de La Valette Parziot # et le duc de Biron * élus par la noblesse, Poncet-Delpech, représentant de Montauban pour le Tiers État ÿ, étaient connus pour leur esprit éclairé, leurs capacités administratives. Les cahiers demandaient nettement des réformes f. Celui de la noblesse fonde ses réclamations sur le droit naturel el les idées philosophiques ?, veut le consentement de la nation pour qu'un règlement ait force de loi, la responsabilité des ministres, la suppression des emprisonnements arbitraires , « toute propriété est sacrée, nul ne doit en étre privé à raison même de l'intérêt public, qu’il ne soit dédommagé au plus haut prix et sans.délai », el, « la liberté de publier ses opinions faisant partie de la liberté individuelle, puisque l’homme ne peut être libre quand sa pensée est esclave », la noblesse « demande que la liberté de la Presse soit accordée indéfiniment ? ». Le cahier du Tiers s'appuie du droit historique; d’après les lois constitutionnelles de l'Etat qu’il énumère, telles qu’à son avis elles existaient autrefois, il propose que seules les décisions des Élats généraux soient regardées comme des lois, il veut aussi que les Etats soient périodiques, la suppression de toute distinction autre que celles fondées sur le mérite, l'impôt consenti par la nation et égal pour tous, une

1. Arch. commun., série AA., carton 5 et Recueil faclice pour servir à l’hist. des premières années de la Révolution à Montauban, Arch. commun.

2. Voy. sur lui, Léonce de Lavergne, Les assemblées provinciales sous Louis XVI, pp. 66-99. Louis-Marie de Nicolaï, né à Montpellier en 1729, d’une vieille famille du Vivarais, évêque de Cahors en 1776, mourut pendant la session à Cahors en 1791 (Diction. des parlement.).

3. De La Valette Parizot, né à Montpezat en 1725, ancien officier, chevalier de Saint- Louis, mourut en 1790, à Paris (Dictionn. des parlement.).

4, Léonce de Lavergne, ibid. — Armand-Louis de Gontaut Biron, duc de Lauzun et duc de Biron, prit part à la guerre d'Amérique en 1780, colonel en 1789, rallié à la gauche dans la Constituante, maréchal de camp en 1792 (Diclionn. des parlement.). Nous le retrouverons.

5. Poncet-Delpech J.-B., né le 25 janvier 1734 à Montauban, avocat et consul, président du tribunal du district en 1791, élu aux Cinq Cents par la minorité des électeurs du Lot du 20 au 23 vendémiaire an IV, ne siégea pas, la majorité ayant élu un aristocrate, professeur de législation à l’école centrale du Lot, refuse une place de juge le 12 brumaire an V, élu le 24 germinal an V aux Cinq Cents, voit les élections annulées, le 18 fructidor lui rend son siège, nommé le 5 prairial an VIIT président du tribunal civil de Montauban, rallié aux Bourbons, puis aux Cents Jours, mis à la retraite le 2 janvier 1817, mort le 11 mars (Dictionn. des parlement., complété par la notice de M. Ed. Forestié et le Registre mss. de Poncet qu’il nous à communiqué).

6. Voy. à la première réunion générale des députés des trois ordres du Quercy pour l'élection aux États, le 16 mars, le discours du président, marquis d’Adhémar de Lostanges (Combarieu, p. 41).

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