Levot, p
nous avons entrevu en nivôse, que Jeanbon vient de ramener de
Paris, et qu’il nomme inspecteur général du port et des hôpitaux !. D’après le rapport thermidorien déjà cité à propos de son frère, c’est aussi un ex-jésuite, Donzé-Verteuil l’a fait venir de la province et l'a lancé dans le mouvement révolutionnaire; vicaire épiscopal à Versailles, il a protesté contre le mariage des prêtres, et, pour éviter d’être inquiété à la suite de celte manifestation, il s’est fait agréer par le ministre Desforgues comme agent secret des affaires étrangères. Saint-André, on s’en souvient, l’a connu au cours d’une mission qu’il remplissait en cette qualité à Saint-Malo, il l’a appelé à Brest quand lui-même est revenu de Cherbourg, puis l’a emmené à Paris. « Verteuil, qui prétendait que nul ne s'entend comme lui en matière de politique et d'administration, disait cependant qu’il ne serait jamais qu'une foutue bête tant qu’il n'aurait pas habité un port de mer. M. l'abbé trouvait qu'il ne manquait à ses connaissances qu’une teinture de la partie maritime. » On voit, par ces paroles du rapport signalé plus haut, ce que pensaient les thermidoriens d’Armand Verteuil. Par contre les révolutionnaires forcenés le traiteront de Tartufe ?. En réalité, ses rapports à Desforgues au mois de frimaire, rapports remarquables de lucidité, de bon sens et de modération,
écrits d’ailleurs correctement et avec une pointe d’esprit, sufliraient
à prouver que ce n’est pas un homme ordinaire. D’autres documents le montrent passionnément attaché à Jeanbon, pénétré d’un ardent dévouement à la République et à la patrie, d’une profonde tendresse pour la classe populaire, et tout à fait désintéressé #. Son tort, celui de tous ses contemporains du reste, c’est de n’avoir point la vertu discrète el simple, de poser au héros de Plutarque. Maltraité par les thermidoriens, il écrira à Saint-André : « J'ai plus d’ennui que de crainte, car j'ai fait du bien, quelque chose que m'arrive je n'aurai pas été inulile à ma patrie », ou encore : « Quoique persécuté pour moi, je ne puis renoncer à faire des heureux, du moins à le tenter *. » Il fait aussi étalage de son crédit auprès du Représentant
1. Jeanbon lui a vraiment donné cette place quoiqu'il s’en soit défendu plus tard ; voy. Quelques observations sur la réponse de Jeanbon à la dénonciation de la commune de Brest (Arch. nat., Dur 349), arrêté de Jeanbon du 15 floréal où il donne ce titre à Verteuil (II° Reg. d’arrêtés des Représentants), et lettre d’Armand Verteuil à Jeanbon, à Toulon, 29 vendémiaire an III, où il se qualifie d’ « inspecteur du port et des hôpitaux » (Arch. commun. Toulon, série D). « Verteuil était chargé par moi de visiter les chantiers et ateliers pour s'assurer de l’activité des travaux et de l'exécution de mes arrêtés et m’en rendre compte. Je l’ai pareillement chargé de visiter les hôpitaux et de veiller à ce que les malades fussent bien traités » (Reponse de Jeanbon à la dénonciation des ciloyens de la comnvune de Brest). D'après le mémoire anonyme remis au Comité de Salut public (collect. Maurice Loir), à Paris, en pluviôse, « il concerte avec son frère les moyens de faire passer celui-ci à Brest ». Nous l'appellerons «Verteuil », et l’accusateur publie « Donzé-Verteuil », comme les contemporains.
2. Bonnet à Fouquier Tinville, 14 floréal. Voy. aussi ch. xx1, une lettre de Palis à Jeanbon.
3. Lettres à Jeanbon, à Toulon, 29 vendémiaire, 2 et 17 brumaire an II (Arch. commun., Toulon, série D):
4, Lettre à Jeanbon, 17 brumaire an HI,
ANS vol ÉR S PeR
ainsi que de sa parenté avec l’accusateur public : il déclare au chirurgien en chef du grand hôpital de Recouvrance que le tribunal révolutionnaire attend les membres du personnel hospitalier « qui, par leur cruel égoïsme, se rendraient coupables des souffrances et de la mort des défenseurs de la patrie », et il réclame les noms de ceux qui « montreront, par leur conduite, un cœur et des entrailles patriotiques », «afin que je profite de toute l'autorité de ma place et de toute l’amitié que Jeanbon a pour moi pour que je leur procure l'attention et les faveurs de la palrie » !. Par ses qualités et ses défauts il se rapproche de Jeanbon, tous deux ont les mêmes opinions sur les hommes de la Révolution, on comprend qu’une véritable amitié les ait unis et que Verteuil soit devenu, en quelque sorte, l’homme de confiance de Saint-André.
Avec ces (rois personnages, nous retrouvons auprès du Représentant Villaret Joyeuse et Sané qui doivent à Jeanbon leur situalion présente, qu’il couvre contre toute attaque des envieux, qui ont toute sa confiance dans les questions relatives à la marine ?. Audessous de cet état-major se groupent des individus déjà connus, les secrétaires Duras * et Labrouche, les clubistes que nous avons précédemment vus à l’œuvre. Quelques-uns dans le nombre ont grandi en importance : les comédiens Garnier Guérin et Rebillard, le premier devenu agent national, lès ingénieurs Vatrin et Rochon, Palis et Le Bars juges au tribunal de Laignelot et maintenus par Jeanbon, Pasquier, que le Représentant envoie siéger à côté d'eux, Colin, sous-commandant temporaire du 5° arrondissement des côtes ?, et les officiers de marine, Tempié, Bouchet, Gautier, Despujols. Philippe au contraire, devenu suspect de modérantisme, a perdu de son prestige ÿ. Tous s'appuient sur les détachements de l’armée révolutionnaire de Paris et sur le général Tribout-Libre, un grotesque, mais un homme sûr f.
1. Cité dans Quelques observations sur la réponse de Jeunbon (Dur, 349. Arch. nat.).
2. « Mes liaisons intimes, et tout le monde le sait, ont été avec le citoyen Sané, constructeur en chef, et le général commandant l’armée navale, deux hommes que j'estime et que j'aime » (Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest. Jeanbon écrit le 29 cerminal : « J’apprends, avec plus que de la surprise, que l’on veut mettre du doute dans l'arrêté du Comité de Salut public rendu en faveur du citoyen Sané..... , il doit jouir des appointements attribués à la place qu’il vient d'occuper; toute autre interprétation est maligne ou inepte » (Arch. nat., DxvI, n° 4).
3. « Ce valet plus insolent que ses maîtres, ce despote-esclave plus rogue, plus repoussant et plus malhonnête encore », diront de Duras les thermidoriens brestois (ADxvure 39. Arch. nat.).
4. Les crimes de l'ex-tribunal révolutionnaire de Brest, Paris, an II, 88 p. in-8, p- 74. :
5. Philippe aux amis de la vérité (Biblioth. du Port Brest), il s’élèvera en germinal contre les terroristes au club de Brest, et les terroristes le feront censurer par le Représentant. Sur Tempié, voy. BB# 51, fol. 455. Jeanbon à un imprimeur, Gauchlet, qu'il remplace en floréal, à eause de son inexactitude, par Audran de Rennes (Reg. II d’arrêtés des Représentants, AF11 102, Levot, p. 212, note).
6. Le service exige 600 hommes par jour, sans compter les patrouilles, écrit le 24 ventôse Tribout au ministre (Savary, t. III, p. 843-344), Jeanbon demande une
Tous ont leur rôle. Dans la ville, sur le port ou l’escadre, ils exercent comme par le passé l’apostolat révolutionnaire, ils exaltent les passions républicaines à toute heure et de toute façon, mais par= ticulièrement dans la Société populaire, et quelques-uns comme instituteurs dans Brest ou à bord des vaisseaux. Par le Comité de Surveillance, création de Laignelot que maintient et complète Saint- André !, ils ont la police générale. Au tribunal révolutionnaire, ils siègent soit comme juges, soit comme jurés, ou figurent trop souvent
parmi les témoins à charge, les délateurs ?. Ils reçoivent du Repré-
sentant des missions temporaires de toute nature *. Les détachements de l’armée révolutionnaire sont chargés de la surveillance de la ville, des perquisitions, des visites domiciliaires, etc. En outre, tous sont employés par Jeanbon suivant leurs aptitudes particulières et leurs fonctions antérieures, le chef d'administration Bellanger est placé à hôpital de Pontanezen ‘, les lieutenants de vaisseau Tempié et Bouchet sont maintenus aux mouvements du port; l'ingénieur Vatrin, esprit fécond en ressources, se trouve en floréal chargé de conduire une fonderie de caronades et l’exploitation du salpétre, d'établir une forerie pour les canons, de diriger la recherche et de surveiller l'exploitation des mines ‘; les officiers des troupes de la marine qui figurent parmi les clubistes sont délégués à l'inspection des batteries côtières f.
Beaucoup, nous l'avons dit, sont de moralité douteuse. Durant la première quinzaine de ventôse, ils se ménagent un retour en faveur auprès de Laignelot pour le cas où celui-ci reviendrait à Brest, et si, d'aventure, Jeanbon est atteint dans son prestige par un échec de la marine, ils se retourneront contre lui pour l’accabler. Mais ils se montrent ardents révolutionnaires et exercent une
augmentation de garnison au Comité de Salut public, le 14 ventôse (Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. XI, p. 540). Le 20, il charge de la police des marchés des détachements empruntés aux quatre compagnies de canonniers révolutionnaires (AF11 102).