‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 578 sur 889 · NÉCESSITÉ D'UN ORGANE DE RÉPRESSION · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ D'UN ORGANE DE RÉPRESSION

commission, excite le zèle des Comités de Surveillance et Sociétés populaires qui doivent pesér sur les municipalités ‘. Mais ce sont là des instruments dangereux, et le Représentant, en remettant en liberté trente-cinq citoyens et une citoyenne des environs de Brest, ie 29 germinal (18 avril), sera obligé de reconnaître que leur arreslation « paraît être plulôt l'ouvrage de l'ignorance et des passions particulières ou d’une. précipitation maientendue des commissaires qui l’ont ordonnée, que l'expression d’un véritable patriotisme » ?. I lui faut aussi tancer un clubiste, qui, de sa propre autorité, s’est nommé directeur de la maison d'arrêt de Carhaix; dans la même ville, un autre, Blanchard, déjà cité, commet des détournements. Hervé Jezequel, avec la complicité de la municipalité de sa commune, Ploumoguer, se décore de l’écharpe municipale, répand la terreur autour de lui, tyrannise, incarcère, lève des contributions $; ce sont là des cultivateurs, mais qui ne sont venus à la Révolution que pour assouvir leurs appétits el leurs vengeances. Jeanbon ayant mis en liberté un citoyen de Morlaix, s’attire des observations du Comité de Surveillance de cette ville, et il est obligé de répondre : « Vous m'invitez, au nom du salut public, à me défier des intrigants qui chercheraient à égarer mon cœur, je reçois toujours avec plaisir les avis des bons patriotes, mais vous me croirez lorsque je vous dirai que je hais, autant que vous, le modérantisme, son langage doucereux et ses projets liberticides; je vous invite, à mon tour, à satisfaire promptement à la justice nationale en lui fournissant les moyens de punir les traîtres et de rendre les innocents à la liberté. » D’autres Comités ouvrent les lettres adressées à Saint-André +. Et que de méfaits analogues, d’actes de résistance on relève dans la correspondance du Représentant! A Brest même, dès que Saint-André sera retenu au loin par un voyage, le Comité de Surveillance abusera

1. Levot, p. 226, 227; AF1r 294, 102, 296, 298; W 543, Arch. nat., Jeanbon à Donzé Verteuil, 19 ventôse, sur deux fournisseurs infidèles (Reg. IV de correspondance des Représentants, Arch. commun.). Une loi du 6 ventôse a complété celle du maximum (Procès-verbal, t. XX XII, p. 206). Le 21 pluviôse et le 13 ventôse, le Comité de Salut public a chargé la commission des subsistances et approvisionnements de l’alimentation des ports et flottes (Aulard, Ackes du Comité de Salut public, t. XI, p. 4 et 507 ; AFu 75). Le 23 ventôse, le Comité de Salut public ordonne à cette commission de faire fabriquer et expédier à Brest 100,0® quintaux de biscuit (AFn 295, Aulard, t. XI, p. 669).

2. Reg. II d’arrêtés des Représentants, 29 germinal (Arch. commun. Brest). Voy. aux Arch. commun. de vertes réponses qu’il adresse aux auteurs de dénonciations sans fondement, et d’autres élargissements.

3. Voy. AFu 102,et L'®%, fol. 53 verso, Arch, Finistère, et Arch. commun. Brest, lettre de Jeanhon, du 29 germinal, sur l’affaire de Carhaix. Se reporter pour Blanchard au ch. x1u, p. 487 et v. dans Du Châtellier, Prisons et détenus de l’an LI de la République dans les départements placés sur la rive droite de lu Loire (Comptes rendus de l'Académie des sciences morules 1865, t. 1V, p. 365), les exactions du comité révolutionnaire du district de Carhaix à l’égard des détenus. Sur Hervé Jezequel, W. 542, Arch: nat.

4. Cette réponse du 7 germinal (1V° Reg. de correspondance des Représentants), s’applique à un arrêté de Jeanbon du même jour élargissant un individu de Morlaix (AF1 102). Voy. aussi Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest.

de ses pouvoirs : voyant arriver l'ingénieur Forfait mandé par le Représentant, il lui interdira l’accès des chantiers ‘!:

A Lorient, « le système de dénigrement et d'envie est général, et tel qu'il y faudrait des autorités constituées formées de patriotes étrangers à Lorient. » Le Comité de Surveillance frappe et ordonne à sa fantaisie, et comme à Paris « les patriotes de Lorient sont desservis », le club décide de prendre des mesures calculées d’après ce principe « que, pour agir avec efficacité, il faut le faire en secret » *. On voit que les plaintes formulées par Jeanbon, le 12 pluviôse, à lâ tribune de la Convention, sont toujours de circonstance. Jeanbon écrit de Brest à Dalbarade, le 6 germinal: « Si je m’en rapporte à tout ce qu'on me dit de Lorient, ilest temps que le Comité de Salut public prenne en considération l'état de cette ville. Je n’ai pas pu voir les choses par moi-même parce que les travaux de ce port ne m'ont pas permis un moment d'absence », mais il serait bon qu’on « examinât avec attention les arrestations prononcées par le Comité de Lorient, ou bien je ferai remettre, si le Comité l’approuve, tous les papiers au tribunal révolutionnaire à Brest pour être examinés par lui »; il faudrait même, ajoute Saint-André, que partout où il existe des tribunaux révolutionnaires on les chargeât de ce soin : « dans le nombre des détenus peuvent se trouver des conspirateurs qu'il faut punir, des gens suspects qu’ii faut retenir, et des opprimés qu’il faut protéger ; tout cela est confondu pêle-mêle, etle plus grand désordre règne dans les opérations des Comités de Surveillance *. »

On voit qu’un organe de répression n’élait pas chose inutile, el l’on comprend mieux, après cet exposé, que Jeanbon se soit appuyé sur le tribunal révolutionnaire de Brest, une fois le principe de ce tribunal imposé par lé Comité. Effectivement, avant même l'installation du tribunal, le Représentant ordonne d'y traduire des fournisseurs infidèles, des agents et administrateurs qui ont abusé de leur pouvoir ou résisté à ses arrêtés, des volontaires accusés de propos inciviques, des paysans de première réquisilion révoltés “ ; d'autre part, il se servira du parquet du tribunal pour reviser les arrestations opérées par ses commissaires et par les Comités de Surveillance: Si le tribunal n’eût fait porter ses investigations et jugements que sur de pareils faits, son fonctionnement ne prêterait point à la critique.

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