‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 579 sur 889 · Du Chatellier, Révolution en Bretagne, t. II, p · texte numérisé non relu

Du Chatellier, Révolution en Bretagne, t. II, p

2. Mémoire anonyme au Comité de Salut publie (BB? 43, fol. 142). Reg. du club de Lorient (D* 9, fol. 156 verso. Arch. commun).

3. BB? 61, fol. 74, en marge approbation du ministre, sans doute sur ordre du Comité de Salut public.

4 W. 543, Arch. nat., Reg. IV de correspondance des Représentants ; fol. 27 verso, Reg. du tribunal révolutionnaire (Arch. Finistère). Cf. Tréhouart et A. Faure au Comité de Salut public, de Brest, 3 vendémiaire an LI : « Nous pensons que, dans un port comme Brest, où sont rassemblés des ouvriers de toutes les parties de la République et toutes les forces navales de l'Océan, il est très intéressant qu'un pouvoir répressif assure la tranquillité publique et fasse trembler les aristocrates, les contre-révolutionnaires et tous les malveillants, et nous croyons d'une grande utilité, qu'un tribunal révolutionnaire soit organisé le plut tôt possible » (AF 269).

LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAÏRE 723

Installé le 17 ventôse (7 mars) dans la chapelle du séminaire, le.

tribunal révolutionnaire de Brest reconstitué entre de suite en exercice !. - Il n’est pas la seule cour de justice qui opère dans le ressort confié à Saint-André : le tribunal criminel du Finistère, celui du Morbihan, celui des Côtes du Nord continuent à fonctionner ? ; mais le tribunal de Brest, de par l'arrêté qui l’établit, connaît de tous les délits susceptibles d’être jugés révolutionnairement. Nous n’avons pas, nous l'avons déjà indiqué, toutes les pièces qui le concernent, les thermidoriens ont prétendu que ses membres après thermidor en avaient fait disparaître la majeure partie pour ne pas être compromis ; le registre même de ses jugements est très incomplet, bien qu'il ne paraisse pas, comme on l’a dit, refait après coup #. Quoi qu’il en soit, le 19 ventôse, Grandjean a ordonné à l’agent national du district de transporter la guillotine de la place de la Liberté sur celle du Château, d'en mettre en état le tranchant, de fabriquer pour recevoir les corps des suppliciés un panier « tel qu’il puisse en contenir au moins trois ou quatre, » et de faire construire pour mener les condamnés à l’échafaud une charrette « capable de contenir huit personnes assises “ ». Plus lard, une seconde guillotine fut établie à côté de la première.

Le 22 ventôse, le tribunal débute par la condamnation à mort d'Hervé Broustail, administrateur du district de Morlaix, accusé de correspondance avec les émigrés jusqu’en octobre 1793, et l’exécution a lieu le lendemain. Le 23, même sentence contre un prêtre réfractaire, l'individu qui le recelait sera déporté. Le 24, un volontaire qui a chanté au cabaret « Servir son roi, servir sa dame c’est la devise d’un bon Français », un camarade qui l'a engagé à contiuuer malgré les protestations des assistants sont acquittés. Le 26, est jugée une affaire analogue à celle de }’ America en nivôse et qui reçoit la même solulion : un quartier-maître de l’Impélueux, convaincu de rébellion, propos séditieux et manifestations royalistes, est condamné à mort, le jugement est exécuté sur un ponton en rade,

1. AFn 298, Jeanbon l’annonce au Comité de Salut public le jour même (AF11 298, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 587). L'arrêté du Comité de Salut public du 4 ventôse chargeait Jeanbon de l'installer « dans toutes les formes qui établissent ce tribunal à l’instar de celui créé à Paris par la loi du 10 mars 1793 ».

2. Ils montrent d’ailleurs une indulgence qui explique peut-être en partie qu’on ait recouru à un tribunal révolutionnaire (voy. Procès-verbal de la Convention, t. XXX VII, p. 142,t. XXX VIIT, p. 87).

3. Sur la disparition de ses papiers, voy. Les crimes de l’ex-tribunal revolutionnaire de Brest (p. 47, 66 note), et Du Chatellier, Brest et le Finistère sous la Terreur, p. 210. Sur son Registre qui aurait été refait, v. Levot, p. 274 note et 377. Levot dit à Pappui : « L’uniformité de l'écriture annonçant une transcription continue et non par intervalles semble confirmer cette assertion » (p. 274 note). Or le Registre est incomplet (en 45 feuillets il va du 23 ventôse au 24 thermidor, et les trois premiers feuillets manquent), il est mal folioté, mal relié, mais l'écriture varie fréquemment contrairement à l'affirmation de Levot, et à la vue il ne présente pas du tout l’aspect d’un Registre refait (Arch. Finistère).

. 4. Levot, p. 270.

FAT et affiché sur tous les bâtiments de l’escadre. Le 29, un individu accusé d’avoir dissimulé des biens d’émigré est acquitté. Un prêtre insermenté est envoyé à l’échafaud, le 4 germinal, sur simple constatation de son identité, son frère accusé de l'avoir recelé est retenu jusqu’à plus ample informé, deux prélendus complices du recel sont acquittés. Le 6 germinal, deux cultivateurs inculpés de propos inciviques et du recel d'armes mises en réquisition sont frappés de déportation, et un émigré pris sur un bâtiment neutre par la frégate l’Insurgente est expédié à la guillotine sur simple constatation de son identité. Le 8, le tribunal condamne à mort une femme du peuple accusée d’avoir effectué des voyages à l'étranger pour nouer des relations avec les émigrés. Le 11, même sentence contre Anne Pichot, dite Kerdisien, qui a conservé, dit l'arrêt, des écrits et chansons contre-révolutionnaires tendant à détruire l’autorité légitime de la Convention nationale. « Les écussons, armoiries et papiers contre-révolulionnaires trouvés en sa possession le 5 pluviôse seront lacérés et brûlés par l’exécuteur des jugements criminels au pied de l’échafaud t. »

Le tribunal suspend alors ses séances pour une quinzaine de jours. Il a, du 22 ventôse au 11 germinal (12 mars-31 mars), prononcé sept condamnations à mort sur lesquelles deux, celles relatives à des insermentés, étaient ordonnées par la loi sans recours possible, une autre, celle du quartier-maître de l’Impétueux, était absolument juste, et trois plus ou moins motivées. La dernière et deux des condamnations à la déportation étaient absolument iniques.

Jeanbon est directement responsable d’une de ces sentences, celle qui frappe l’émigré pris par l’ZInsurgente, et qui peut-être n’était pas un émigré, il a écrit au Comité de Salut public en annonçant la rentrée de la frégate : « J'ai envoyé cette partie de la cargaison au tribunal révolutionnaire à qui elle àppartient de droit ?. » De plus, nous l'avons dit, Jeanbon traduit devant le tribunal un certain nombre d'individus. Il facilite à Donzé-Verteuil l’instruction du procès des administrateurs fédéralistes du Finistère, fait ramener ces prévenus le 5 ventôse de Rennes à Landerneau et Brest; il ne les empêche pas, comme on le lui reprochera plus tard, de faire imprimer et publier leur défense, mais il reçoit durement, d’après une tradition accueillie par Levot, l'enfant d’un des inculpés qui venait lui demander l’autorisation de voir son père, et quand on s'adresse à lui pour intercéder en faveur d’un quelconque des prévenus, il renvoie à son secrétaire, Duras, qui renvoie à Donzé-Verteuil $. Par contre, sur

1. Reg. du tribunal, W 542. Arch. Nat., Levot, p. 271 ssq. Du Chatellier (Brest et le Finistère sous la Terreur, pp. 138-140) s’indigne de la condamnation du quartier-maître de l’Impétueux.

2. Lettre du 2 germinal (AFu 172, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 113). Cet individu déclarait rentrer en France pour se faire rayer de la liste des émigrés (Levot, p. 280).

3. Le Guillon Penanros, pp. 390-391. Accusé par la Dénonciation des citoyens de la commune de Brest d'avoir voulu empêcher les administrateurs de faire imprimer

avis du parquet du tribunal, il met le ? germinal deux prévenus en liberté; il demande aussi au Comité de Salut publie, nous l'avons vu, que ce parquet soit chargé de reviser les arrestations arbitrairement décidées par les Comités de Surveillance !. Il a, en somme, pleine confiance dans le tribunal, il approuve tous ses actes quels qu'ils soient.

Malgré ce redoutable auxiliaire, la tâche pour le Représentant reste immense, et au bout d’un mois il en est accablé : « J’insiste, écrit-il le 6 germinal à Dalbarade, pour que le Comité me décharge de la partie administrative du Morbihan et des Côtes-du-Nord, ma tête et mon temps ne peuvent pas suflire à tant de détails; la marine est déjà bien assez pour que je ne désire pas augmentation d'autorité, mais seulement une commission que je puisse remplir ?. » Le Comité de Salut public restera sourd à cet appel.

Sur les matelots, Jeanbon exerce le même apostolat que sur la démocratie brestoise. Il les appelle ses frères, il les déclare précieux à la République *, il va les voir à bord et causer avec eux. Ce n’est pas qu'il oublie le moins du monde le code pénal qu’il a édicté, et ses terribles sanctions contre l’indiscipline : la condamnation du quartier-maître de l’Impétueux, son exécution à la vue de toute l’escadre est pour les mauvaises têtes un nouvel avertissement, et on l’a si bien compris que, durant tout le séjour du Représentant à Brest, il n’y a plus eu lieu de sévir. Mais Jeanbon écrit au capitaine de vaisseau Thévenard que, dans le commandement les chefs ne doivent mettre « ni dureté, ni injustice, encore moins se servir d’épithètes dont tout bon citoyen doit se sentir blessé “ ». Une loi du 5 ventôse (23 février) a répété les injonctions précédentes relatives à l’envoi direct du bulletin de la Convention aux élats-majors et aux équipages. Jeanbon, de son côté, presse les marins de s’instruire, surveille et dirige les écoles établies à bord des vaisseaux; la vue d’un mousse qui à appris en trois mois le premier volume de la géométrie de Bezout le ravit, et il se félicite de cette « ambition républi-

leur défense, Jeanbon se justifie pleinement dans sa Réponse à la dénonciation. De fait, le 18 et Je 28 ventôse ils ont fait imprimer leur défense (18 pp. in-4, 54 pp. in-8, Bibliothèque du Port, Brest). Mais Jeanbon appelle à Brest Guermeur pour renseigner Donzé-Verteuil sur eux (26 ventôse, Reg. IV, de correspondance des Représentants). Voy. encore ADxvin® n° 39. Arch. Nat. Levot, p. 310 note.

1. AFn 102. Le 8 ventôse a été votée la loi chargeant le Comité de Sûreté générale de reviser les arrestations opérées, à charge pour les prévenus de rendre compte de leur conduite sr le 17 mai 1789 (Procès-verbal, t. XX XII, p. 292).

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