‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 582 sur 889 · Brest, 26 germinal (Arch. commun. Brest · texte numérisé non relu

Brest, 26 germinal (Arch. commun. Brest

3. AFu 102, AFn 296; le 4 floréal, le Comité de Salut public, étant donné le remplacement par des commissions, du conseil exécutif à qui était attribué le jugement des prises, charge des rapports sur les prises le commissaire (ex-ministre) de la marine AF11 295).

4. Voy. Procès-verbal, t. XXXI, pp. 287, 419, t. XXXIII, p. 273, t. XXXV, p. 57, BB* 36, fol. 242.

Sur les ouvriers même propagande. Le paresseux, déclare Jeanbon, est traître à la patrie, chaque instant qu’il lui soustrait est un vol public, car les circonstances actuelles exigent un redoublement d'activité pour mettre les forces navales de la République en état d’obtenir une victoire éclatante qui assure à jamais le triomphe de la Liberté : « L'ardeur qui a fait se précipiler vers nos frontières de nombreux bataillons doit se développer avec.la même énergie quand il s'agit de préparer les moyens de précipiter dans les flots les esclaves de Georges. La voix de la patrie est toute puissante sur les cœurs des Français libres, et il suffit de leur parler en son nom pour en obtenir tous les genres de travaux et de sacrifices qu’exige l’intérêt public ‘. » Ayant précédemment amélioré la condition matérielle des ouvriers classés, Jeanbon se préoccupe maintenant des ouvriers non classés qu'il a fait réquisitionner pour accroître les effectifs des chantiers : ordre de ne prendre pour cette réquisition que des hommes non mariés ou sans enfants, défense de les classer sans leur

consentement formel. Le Représentant engage le ministre à secourir -

les familles des ouvriers comme celles des marins : « Ils servent aussi utilement la patrie et courent aussi des dangers en exerçant leurs professions. Mais il faudrait y mettre une condition qui est également juste et profitable à la République, c’est que ces sortes d'ouvriers soient tenus à rester assidûment à leurs travaux ?. »

La sollicitude du Représentant ne se restreint pas aux ouvriers de la marine. Un des motifs qui le déterminent à mettre en régie l’exploitation des mines de Carbraix, c'est que la compagnie qui les exploitait en vertu d’un privilège de l’ancien régime cherchait « à plumer la poule aux dépens des ouvriers », que ceux-ci « malheureux et maliraités, mouraient de faim », et qu’ils étaient « inhumainement abandonnés à la misère aussitôt qu'épuisées par le travail leurs forces physiques ne leur permettaient plus d'alimenter l’avarice et la cupidité ». Et Jeanbon écrit au Comité de Salut public qu’il travaille à améliorer leur sort, «je ferai-en sorte qu’ils aient au moins du pain ». Il voudrait même que la nation prit à son compte cette exploitation. Une pensée analogue lui fait prescrire « de donner de l’extension aux travaux de la voilerie, de manière qu’il soit possible d'occuper un grand nombre de femmes, et que, par ce moyen, cette classe

reçoive de plus grands soulagements * ». Aussi nous verrons avec:

quelle fièvre les ouvriers de Brest poussent les travaux durant cette période.

1. D#9, fol. 168 verso, Arch. commun. Lorient; préambule d’un arrêté de réquisition d'ouvriers du ? ventôse (AF1r 102).

2. Arrêté du 7? ventôse (AF11 102). Jeanbon au ministre, 27 germinal (Arch. commun. Brest). Le 17 prairial, le Comité de Marine proposera une loi dans ce sens ; mais la Convention l’ajournera (Procès-verbal, t. XXXIX, p. 56).

3. AF11 298 sur les mines de Carhaix. Jeanbon au Comité de Salut public, 17 ventôse (ibid., Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 587). Aux mines de plomb argentifère de Poullaouen, Laignelot a accordé le pain à bas prix, et les mines sont mises en régie (AF1II 273, Reg. I d'arrêtés des Représentants, Brest). Sur les femmes à employer, arrêté du 12 ventôse (Reg. Il d’arrêtés des Représentants),

& * ALES 00e 1 LT

Avec les officiers de marine Jeanbon éprouve des mécomptes.

Il fait quelques nominations nouvelles : La Villegris, Longer, Tardy sont promus de lieutenants capitaines commandant des vaisseaux. Des croisières sont confiées à Alary, Linois, Perrée ‘. Alary, Longer et Tardy tromperont les prévisions du Représentant : Linois, La Villegris, Perrée sont heureusement choisis. Jeanbon recrute dans cette armée navale de Brest, dont il commence à connaître le personnel, les états-majors de vaisseaux en construction ou en armement dans les autres ports, et généralement il procède sur la désignation de Villaret-Joyeuse ?. Le ministre, de son côté, fait de nouvelles promotions.

Mais il est difficile de recruter de facon éclairée le corps des officiers, la cause en est le contrôle qu’exercent sur les nominations, et même sur le maïntien des officiers dans le service actif, les Comités

de Surveillance qui dispensent les certificats de civisme. Jeanbon est obligé d'écrire au Comité de Lorient : « Vous avez donné au vaisseau Le Mucius un capitaine qui a eu la bonne foi de reconnaître qu’il n'était pas propre à un emploi si difficile, et vous avez désigné pour lieutenant en pied chargé d'un grand détail un homme qui avoue qu’il sait à peine écrire. Est-ce là agir patriotiquement ? Le patriotisme va devant tout, c’est une maxime incontestable, mais à la mer il doit nécessairement être accompagné d’une habileté et d’une expérience suffisante. » Ce même Comité a refusé un certificat de civisme au capilaine de vaisseau Lévêque, l’auteur de la capture de quinze bâtiments anglais lors de la première sortie de Van Stabel : Jeanbon écrit au Comité pour lui manifester son étonnement, il lui déclare regretter d’être « obligé pour me conformer à la loi de suspendre cet officier de son commandement », et il blâme sévèrement « la manière dont les places se donnent dans le port de Lorient. Le Comité de Salut public a vu avec peine que sous prétexte de patrio-

1. La Villegris nommé le 14 ventôse, Longer le 8 ventôse, Tardy le 7 germinal (Reg. II d’arrêtés). Nous les retrouverons aux combats de prairial. Des lieutenants sont pourvus du commandement de frégates : Gourrège, Moreau, Meyme, Villemandrin, ou d’une corvette, Guillemain (ibid.). Perrée avait été nommé comme lieutenant par Bréard au commandement de la frégate Proserpine le 23 brumaire ; né à Saint-Valéry-sur-Somme en 1761, mousse au commerce, capitaine du commerce en 1793, il était alors devenu enseigne; nous le retrouverons à Toulon; capitaine capturé dans la Méditerranée en 1799, tombé de nouveau le 18 juin 1800 dans une flotte anglaise il se fera tuer (Gloires maritimes). Linois (Durand de Linois), né à Brest en 1761, volontaire à quinze ans, lieutenant auxiliaire, enseigne en 1781, lieutenant de vaisseau de port en 1789, lieutenant de 2e classe sur la liste de 1791, revenait comme Alary de la station des Indes; pris dans la croisière qui lui est assignée par Jeanbon, capitaine à son retour en France, commandant Le Formiduble au combat de l’île de Groix il y perdit un œil et fut pris, participa à l'expédition d’Irlande, contre-amiral en 1800, vainqueur de Saumare# au fameux combat d’Algésiras, croisa de 1803 à-1806 à l'ile d’Aixscapturé unetroisième fois, élargi en 1814, retraité en 1816, vice-amiral honoraireten 1825, mort à Versailles en 1848 (Biographie bretonne).

2. Envoi de trois capitaines pour commander des corvettes au Havre (28 ventôse. Reg. II d’arrêtés des Réprésentants);d’un autre à Bordeaux pour une frégate (Pitôt qui a attaqué l’ile de Noirmoutiers, BB# 59, fol. 108). Le 8 ventôse, le Comité de Salut publie mettra en liberté le contre-amiral Cœuret- Secqville ex-commandant d'armes à Lorient,

tisme, la Société populaire et le Comité de Surveillance écartent des

sujets par cela seul qu’ils leur déplaisent, et forcent en quelque sorte des choix que l'intérêt public désavoue; vous auriez une bien fausse idée de vos devoirs et de l’espèce d'autorité que la loi vous a confiée si vous pensiez qu’elle vous donne le droit de faire des actes de gouvernement ou de faire servir votre pouvoir à servir des passions particulières, à favoriser la cupidité et l'ambition {. »

D'autre part, parmi les officiers en place, l'esprit de corps reparaît tant il était de tradition, la congrégation de Recouvrance dénonce la morgue et l’exclusivisme des états-majors de Brest, et à Lorient les officiers sortis des la Compagniedes Indes tendent à reconstituer une caste ?. L’obéissance semble toujours chose difficile, le capitaine d’une corvette en station au Verdon méconnaît les ordres-de rappel de Saint-André, il faut le menacer de le faire arrêter à son bord #. Jeanbon est contraint par suite de prononcer de nouvelles destitutions *, et celles-la même ne sont pas sans danger pour lui: le club de Lorient, à la nouvelle que le Représentant a frappé un de ses protégés, s’indigne et tempête; on écarte des places les vrais patriotes, dit-il, et il décide de demander des explications « à qui de droit 5 »

Jeanbon réagit contre les tendances fâcheuses qui se manifestent à nouveau dans les états-majors. Il essaye de réchauffer le civisme des officiers, nous verrons quel noble langage il leur tient au moment de sortir avec l’escadre. Les journaux et bulletins de la Convention

1. Brest, 21 ventôse, AF1r 298; lettre du même jour à Dalbarade, Jeanbon y joint conie de sa lettre au Comité de Lorient à communiquer au Comité de Salut public (BB? 61, fol. 60). Le Comité de Salut public répond le 26 ventôse à Jeanbon : « Tu as bien fait d'écrire au Comité de Surveillance de Lorient sur l’usurpation de pouvoirs qu’il s'était permis de faire. C’est ainsi que faisaient les autorités de Toulon, elles se détachaient du centre du gouvernement national » (collect. Maurice Loir). Du Châtellier se trompe donc quand il'attrihue la destitution du capitaine Lévêque au terrorisme de Jeanbon (Brest et le Finistère sous la Terreur, p. 106). Lévêque sera nommé fin messidor commandant des armes à Cherbourg (BB? 49, fol. 148).

2. Arch. commun. Brest, carton des pétitions aux Représentants du peuple an II, adresse du 9 ventôse ; mémoire anonyme au Comité de Salut publie sur Lorient (BB? 43, fol. 142). Bellanger se plaint à Verteuil « de l’esprit de corps qui règne parmi les officiers de santé de la marine » (Arch. commun. Brest).

3. Arrêté de Jeanbon du 6 germinal (Reg. IL d’arrêtés des Représentants). Voy. le Comité à Ysabeau, 15 et 30 germinal, à ce propos (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XIL, pp. 389, 688). Le ? floréal, Jeanbon se plaint au Comité de Salut public que les capitaines des frégates, surtout de celles de Rochefort, abrègent les

croisières, prolongent les relâches sous prétexte de pourvoir à leurs besoins. de façon

à vivre à terre le plus possible. Il demande qu’on leur assigne pour relâche Brest où l’« on craindra les regards du général qui n’est pas complaisant de reste pour les officiers » et ceux du Représentant (AF1r 294, Aulard, t. XIE p. 731).

4. 12 ventôse, Lirant, Gouriau, capitaines de vaisseau; 7 ventôse, Fustel, lieutenant commandant la frégate Félicité; 5 ventôse, Du Plessis, Fustel. lieutenants sur les-vaisseaux Tyrannicide et Républicain (Reg. Il d'arrêtés des Représentants); 11 ventôse, Faguet commandant un vaisseau est envoyé sur une flûte (ibid.). Du Chatellier place à ce moment et explique par ces mesures les manifestations d'hostilité vis-à-vis de Jeanbon des capitaines Gassin et Bompard, ces manifestations sont postérieures aux

combats de prairial, comme nous le verrons (Brest et le Finistère sous la Terreur, |

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