‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 583 sur 889 · D‘ 9, fol. 163 verso. Arch. commun. ent · texte numérisé non relu

D‘ 9, fol. 163 verso. Arch. commun. ent

ACTIVITÉ DANS LES TRAVAUX pas

répandus à bord, les mesures concertées pour assurer aux capteurs tout le bénéfice de leurs prises, doivent agir sur les chefs comme sur les subordonnés. Le Représentant donne aussi des secours aux ofliciers malades ou vieillis !, il prodigue les encouragements à ceux qui montrent quelque velléité de bien faire et écrit au commandant d'armes Henry, à Lorient : « Marche avec un nouveau courage dans la ligne des devoirs de ta place, et compte sur la plus douce de toutes les récompenses, le plaisir d'avoir fait le bien de ton pays et le regard de bonté de la patrie satisfaite ?. »

Les efforts de Saint-André, malgré les obstacles et les défaillances que nous venons de signaler, n'ont pas été vains. Toute cette populalion des ouvriers et des marins s’est remise à la lâche avec une ardeur nouvelle Durant ce mois de ventôse, les travaux sont poussés avec une activité inouïe. Sous la surveillance de Verteuil qui parcourt sans cesse les chantiers et les ateliers, de Tempié qui fait « les quatre coups pour seconder les vues du cher Saint-André », sous la direction de Sané, aidé du commandant d'armes Dall Kéréon et du capitaine de vaisseau Le Huby chef des mouvements du port, lout un monde d'employés et d'ouvriers s’agite « d’un coup de canon à l’autre * ».

Pourtant les bras manquent. Sané, le 6 ventôse, réclame quatorze cents charpentiers, des tonneliers. Jeanbon presse le Comité de Salut public de requérir des tonneliers dans tous les pays de vignobles, dans tous les districts, et de les lui envoyer : « quand nous les aurons, reposez-vous sur nous du soin de les rendre utiles ; mais cette mesure doit être prise avec la rapidité de l'éclair. » Lui-même lève des travailleurs de ces deux catégories dans les quinze départements côtiers du Pas-de-Calais à la Loire-Inférieure, et tous ceux qui se présentent volontairement sont acceptés *. Jeanbon, comme autrefois Colbert, réclame des forcats : qu’on lui adresse les condamnés aux fers qui se trouvent dans les maisons d'arrêt des divers tribunaux criminels, qu’on devance l’époque de la formation de la chaîne ! Le Représentant emploie encore des corvées de marins, de soldats, il réclame au Comité une augmentation de la garnison autant pour accélérer les travaux que pour la sûreté du port : « il

faut beaucoup de bras pour faire beaucoup d'ouvrage 5 », écrit-il. El

1. Il° Reg. d’arrêtés des Représentants du peuple; BB 51, fol. 459.

2. 29 germinal, IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple. Arch. commun. Henry est le successeur à Lorient de Cœuret-Secqville destitué.

3. BB 51, fol. 97, 457, 459. Sané, principal chef des bureaux civils jusqu’au 11 germinal, reste ingénieur-constructeur en chef, mais est remplacé du 13 germinal au 17 prairial par Esmein avec le titre d'agent maritime comme chef d’administration, conformément à la loi du 14 pluviôse sur l'administration de la marine (BB3 51, fol. 347). On tirait un coup de canon pour annoncer le commencement et la fin de la journée dans l'arsenal.

4. BB3 31, fol. 32, Jeanbon à Barère, 7 ventôse, arrêté du 7 ventôse (AF11 296).

5. Jeanbon au Comité de Salut public, 14 ventôse (AF11 298, Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. XI, p. 540). AFn 269. Cf. l'arrêté du Conseil exécutif du 27 ventôse pour Toulon (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XIT, p. 20).

après les hommes il emploie les femmes, elles sont requises pour les équipements militaires et de la marine, pour la confection des uniformes, pour la voilerie, quinze à vingt des ouvrières de Saint-Malo les plus expertes dans ce dernier travail sont mandées à Brest pour diriger les ateliers. Les enfants sont employés à l'atelier des étoupes :.

Les matériaux nécessaires manquent aussi. L'administration du port les réquisitionne après estimation dans les boutiques des commerçauts brestois, elle les prend dans les cargaisons des bâliments capturés, les fait venir d’autres ports par convois le long des côtes, ou prescrit à la municipalité et au district de les requérir dans les campagnes ?. Rien ne lui échappe, car elle a besoin de tout. Jeanbon

ramasse le vieux fer, les vieux canons sur les places et dans les carre-

fours des villes, ils serviront à lester les vaisseaux. Il fait aussi recenser partout le chanvre. Le Comité de Salut public réquisitionne pour la marine toutes les cordes des cloches, et Jeanbon tousles cor-

dages provenant des prises *. Il faut faire flèche de tout bois dans la pénurie extrême où l’on se trouve : Jeanbon propose, les cuirs fai-

sant défaut, de remplacer les chaussures par des sandales en fil de caret et toile à voile semblables aux espadrilles des montagnards des Pyrénées, et « instruit qu’il se perd dans les chantiers du port une infinité de matériaux en clous de cuivre et de fer, en gueuses, chevilles, boulets et en vieux cordages », il ordonne de les faire ramasser soigneusement par « une escouade de jeunes citoyens qui n'aient pas encore l’âge d’être émployés à l'atelier des étoupes ». Le Représentant poursuit l'exploitation des mines du Finistère, met la main, nous l’avons dit, sur celles de Carhaïix, fait acheter du cuivre en Suisse par le Comité de Salut public .

Le Représentant suffit à tout et les ordres de construction, de radoub, d'armement se suivent chaque jour. En une seule marée, sept vaisseaux entrent dans les bassins ou en sortent, on visite la cale des

1. BB 51, fol. 384. Un décret du 21 ventôse a organisé la Commission des travaux publics pour diriger tous les travaux publics «tant civils que militaires ou maritimes », sauf la construction des vaisseaux laissée au ministre de la marine (Procésverbal, t. XX XIII, p. 208).

2. BB? 61, fol. 63, 74; AF11 102, AA 51, Arch. Nat.; Marine, BB? 51, fol. 457. Un arrêté du Comité de Salut public du 19 ventôse défend d’affrêter tout bâtiment de cabotage sans une autorisation de l’agent maritime portant que ce bâtiment n’est

pas nécessaire au transport de chargements pour le compte de la République (AF.

295, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XI, p. 605).

3. AF1r 296, 295, Aulard, t. XII, p. 142; 19 germinal Ile Reg. d’arrêtés des Représentants du peuple.

4. Dxvi n° 1. Songer qu'avant le 3 floréal il manquait 60 longues vues aux ofiiciers de l’escadre, à cette date on en expédie de Paris 33 (BB? 17, fol. 232). Voy. Aulard, t. XII, p. 367, l'arrêté du Comité de Salut public du 14-germinal, mettant à l’essai des chaussures comme celles qu’indiquait Jeanbon.

5. AFn 102, mission donnée à Vatrin et Rochon pour rechercher les mines; AF1n 298, mise en régie le 16 ventôse des mines de Carhaix, arrêté du Comité de Salut publie du 14 ventôse (AFir 75, Aulard, t. XI, p. 553). Jeanbon, le 23 ventôse, conseille au Comité de Salut public de faire fabriquer de la corne à lanterne, on la tirait auparavant de l'Angleterre, une fabrique est établie à Paris et fonctionne de 1794 à l’an VII (Rapport de Guichard aux Cinq-Cents, 22 frimaire an VII, ADvu 37, Arch. nat.).

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