‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 589 sur 889 · Lettre de Rossignol, AF1r · texte numérisé non relu

Lettre de Rossignol, AF1r

les tempêtes de l’équinoxe serait absurde, d'autant plus qu’à ce moment la faction d'Hébert, retranchée dans le club des Cordeliers, essaye de soulever le peuple de Paris contre le Comité de Salut public, et qu’elle exploiterait avec empressement un échec militaire ou maritime. D'ailleurs, Ruamps et Billaud soupçonnent Rossignol et son chef d'état-major, Hazard, d’une entente avec les hébertistes !.

Le 21 ventôse (11 mars), Billaud, rentré au Comité, rédige la décision suivante : « Le Comité de Salut public ne voulant pas compro: mettre la flotte au moment de l’équinoxe, arrête qu’elle ne sortira. pas du port de Brest avant qu’elle en ait reçu l’ordre ultérieurement, et que ce délai sera employé à faire tous les apprêts nécessaires pour combattre plus efficacement les ennemis de la République ? », et Barère écrit à Jeanbon : « Ta lettre du 15 a été l’objet de la délibération du Comité avec Billaud-Varenne qui vient d'arriver de Port-Malo. Son opinion est la même que la tienne. L’équinoxe est le motif de l’ajournement des mesures arrêtées pour l'expédition projetée. Les contre-temps que vous avez essuyés pour les préparatifs maritimes, n'auront produit d'autre effet que le retard; mais, du moins, ils auront formé une belle armée bien républicaine. Il ne faut donc pas, comme tu le penses, que l’escadre parte : nous ne devons pas exposer inutilement la marine et l’armée de la République, ni compromettre, au commencement d’une campagne, les succès que nos armes doivent obtenir...…., ainsi ajournement de la sortie de l’escadre jusqu’après l’équinoxe. En attendant, accélération dans les préparatifs et secret dans les mesures... nous ne cesserons pas un instant de nous occuper de tout ce qui peut concourir au développement de nos forces navales ÿ. »

Le 23 ventôse, le Comité de Salut public arrête que l’escadre sous les ordres du contre-amiral Villaret-Joyeuse, « au cas qu’elle ait mis

1. Arch. nat., Fe 20, voy. plus loin la lettre du Comité de Salut public, du 24 ventôse, à Ruamps. ;

2. Signé : B. Barère, Billaud-Varenne, C. A. Prieur, Collot d'Herbois (collection Maurice Loir).

3. Après les mots «que nos armées doivent obtenir », rétablir « nous nous empressons de te faire connaitre notre décision ultérieure »; après « secret dans les mesures », rétablir : « nous joignons à cette lettre l’arrêté du Comité ».

Nous avons déjà pris une partie des mesures que tu nous indiques dans ta lettre pour les sous-officiers et soldats des ci-devant régiments de la marine exercés au canonnage de mer.

Nous allons proposer à la Convention un décret pour la réquisition des ouvriers et des marins dans tous les départements.

Le ministre de la marine nous assure qu’il y a du chanvre et du lest de fer en route; la commission des subsistances fait faire du biscuit; on arme à Rochefort et nous écrivons aux Représentants du peuple pour que les vaisseaux se rendent à Brest, aussitôt qu'ils seront armés ». Après la dernière phrase que nous citons ajouter : «continue avec ton zèle ordinaire de faire faire les travaux maritimes et fais punir les ennemis de la République ». Signé : B. Barère, Billaud-Varenhe, C. A. Prieur, Collot d’Herbois (collection Maurice Loir).

à la voile, rentrera sur-le-champ à Brest ! », et, le 24 (14 mars), il écrit à Ruamps : « Nous espérons que l’ajournement mis par la nature à notre expédition ne sera pas de longue durée; en altendant, le ministre de la marine donne tous les ordres nécessaires pour accélérer et augmenter tous nos moyens. Ainsi, dans quelques jours, tu recevras la nouvelle du départ », et « l'ajournement de l'expédition maritime nous engage à faire rester parmi nous Billaud-Varenne, pendant quelques jours. Les affaires actuelles rendent sa présence nécessaire au Comité et à la Convention ?. » Le lendemain, 25 ventôse (15 mars), le Comité de Salut public annonce à la Convention l'arrestation de Ronsin, Vincent, Hébert, Momoro *.

Le 26, Barère écrit à Jeanbon : «il est un objet très urgent, c’est de faire sans délai les fourneaux à rougir les boulets à bord de tous les vaisseaux et frégates, afin de pouvoir combattre l’Anglais avec avantage. L'opération maritime de Port-Malo n’est qu’ajournée à cause de l’équinoxe et doit être reprise dans peu de jours, avec toute l'énergie dont le peuple français est capable. Tu n’as que dix à douze jours pour te préparer tout ce qui est nécessaire. Billaud- Varenne est revenu un instant à cause des événements de Paris qui demandaient le concert du plus grand nombre des membres du Comité. Il devait aussi nous parler de l'esprit de l’armée des Côtes de Brest et de Cherbourg. Cette armée est animée du plus grand zèle pour l'expédition et ne respire que la haine de l’Angleterre. Ainsi, prépare tout ce qui est nécessaire à la flotte. C’est le point dont tu dois t’occuper le plus, et tu n’as que dix jours. » Il lui dit encore : « Continue toujours de donner la plus grande activité à la marine; c’est de ce côté-là qu’il faut tourner une grande partie de la force et de l’industrie nationale. Il faut que l’Anglais ressente la main puissante de la République qu’il a voulu renverser. Tu es au centre des forces navales, tu säis ce qu’elles peuvent acquérir

1. De la main de Barère, signé : B. Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Collot d'Herbois (collect. Maurice Loir).

2. La lettre commence ainsi : « Cher collègue, Billaud-Varenne nous a fait part de toutes vos opérations ; elles sont très bonnes et très capables d'amener des succès ; si jusqu’à présent les vents nous ont contrariés, nous espérons que l’ajournement », etc. La lettre continue comme suit : « ainsi, dans quelques jours, tu recevras la nouvelle du départ.

« Ton collègue nous a communiqué tes lettres ét tes découvertes, relativement à Rossignol et à Hazard ; les événements qui viennent de se passer ici à la suite du rapport de Saint-Just sur les factions de l'étranger nous obligent à attendre quelques jours pour prendre le parti que vous présumez bien que. nous ne tarderons pas à prendre sur ce général et ce chef de l’État-Major. En attendant, tu dois les surveiller plus que jamais, tu dois recueillir de nouvelles preuves de leur coalition avec ces conspirateurs contre la liberté du peuple et la sûreté de la représentation nationale ; nous ne tarderons pas de t’écrire à ce sujet; nous nous reposons sur ton patriotisme et ton zèle constant pour la République — Salut et amitié. » Signé : Billaud-Varenne, Carnot, B. Barère, C. A. Prieur. Puis, vient en post-scriptum la phrase que nous citons en second lieu « l’ajournement de l'expédition maritime », etc. Signé : « B. B. » initiales de Barère (collect. Maurice Loir).

Page 1