‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 590 sur 889 · Procés-verbal, t. XXXIIE, pp · texte numérisé non relu

Procés-verbal, t. XXXIIE, pp

de puissance. Le Comité de Salut public s’en repose sur ton patriotisme et tes lumières !. » Jeanbon répond, le 28, à la lettre du 21 : «un courrier du Comité, mon cher Barère, nous apporte la défense de sortir au moment où nous élions bien éloignés d’y songer; le temps est constamment mauvais ». Dans l’état des choses, il demande que le Comité de Salut public renvoie à Brest, «et cela sans perdre une minute », les huit vaisseaux qui sont maintenant à Cancale, ils reviendront à Cancale quand le Comité de Salut publie le voudra, maisils n’y sont pas en sûreté. « La flotte anglaise peut les y attaquer et les forcer à se brûler ou à s’échouer ; et ce ne serait pour elle que l'affaire d’un coup de main, auquel la flotte de Brest, trop éloignée ou retenue par les vents contraires, ne pourrait pas s'opposer ; telle est à cet égard ma conviction que, si je n’avais pas cru qu'une pareille mesure excédât la borne de mes pouvoirs, je lui aurais donné l’ordre

de rentrer; mais je m'adresse à vous et j’engage le ministre de la marine à vous dire à cet égard ce que ses connaissances nautiques le mettent à même de vous dire pour l'intérêt du public ?. » Le Comité de Salut public ne répond pas, ou repousse l'avis, nous verrons pourquoi bientôt.

Jeanbon continue fièvreusement les préparatifs. Mais l'épidémie qui avait désolé l’armée navale en septembre 1793 reparaît parmi des équipages ramassés à la hâte et soumis sans préparation ni entraînement à un labeur acharné. Jeanbon procède à de nouvelles mutations dans les états-majors *. Pour que l’escadre sorte guidée par les couleurs nationales, il fait arborer le 2? germinal au grand mât de /a Montagne, le pavillon tricolore dont l'adoption était fixée au 1 prairial. Il règle le service de quart à bord des vaisseaux *. T1 écrit le 1 germinal (21 mars) à Villaret, la lettre suivante qu’il rend publique : «Le moment approche, citoyen général, où le peuple

1. La lettre commence ainsi : « Le ministre de la marine vient de nous communiquer ta lettre du 21 de ce mois, qui nous annonce trois prises, et cette bonne nouvelle est le fruit des arrêtés du Comité qui ont établi des croisières. » Puis, vient le premier passage que nous citons : « I est un objet très urgent », etc. Après ces mots : « tu n'as que dix jours », le Comité ajoute quelques lignes sur des questions à l’une desquelles nous avons déjà fait allusion, l'attitude du Comité de Surveillance de Lorient à l’égard du capitaine Lévêque : « Quant au biscuit dont tu nous parles, le Comité a pris un arrêté qui charge la commission des subsistances de faire fabriquer 100,000 quintaux de biscuit. Cet objet va être rempli sans délai, et nous ne manquerons pas dé demander compte à la commission de l'exécution de notre arrêté.

« Tu as bien fait d'écrire au Comité de Surveillance de Lorient sur l’usurpation de pouvoirs qu'il s'était permis de faire. C’est ainsi que faisaient les autorités de Toulon : elles se détachaient du centre du gouvernement national. » Vient alors notre seconde citation : « Continue toujours », ete, Signé : B. Barère, Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Carnot (collection Maurice Loir). :

2. AFur 244, Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XII, p. 46. Cf. Villaret à Dalljärade, 8 pluiôse : « Je ne cesse de demander le rappel de nos frégates de la Manthe pour lesquelles je crains toujours, malgré les succès qu’elles viennent d’avoir » (BB# 47, fol. 164).

3. BB 37, fol. 286 ; Jeanbon à Dalbarade, 6 germinal (BB 61, fol. 74); Reg, IL d'arrêtés des Représentants du peuple.

4. BB 51, fol. 97, Reg. 1I d’arrêtés des Représentants du peuple.

français, remettant entre tes mains ses destinées navales, va poursuivre et vaincre ses ennemis sur les mers. La confiance dont la nation honore ses marins exige de leur part le développement de tous les talents, de tous les genres de courage. Or, sans la discipline il n’est point de vrai courage. Il faut que chacun, pénétré de la sainteté de ses devoirs, respecte dans le chef que la loi lui a donné cette volonté générale dont il est l'agent et le ministre. Tous les mouvements doivent être uniformes, simultanés, exécutés avec autant de précision que de célérité............ La Représentation. nationale, présente partout, le sera à la mer au milieu de la flotte. Là, impassible comme la loi, sévère comme la justice, indulgente pour le faible mais inexorable contre le présomptueux, elle distribuera les actes de l’autorité qui lui est confiée... Mais, citoyen général, à mesure que les rapports se multiplient, il faut que la langue nautique se prête à les exprimer tous. Quand un vaisseau a mal manœuvré, qu’il a désobéi aux signaux, qu’il n’a pas gardé son rang dans la ligne ou qu’il a faiblement combattu l’ennemi, le général lui exprime son mécontentement. Le Représentant du peuple doit faire davantage, il doit destituer sur-le-champ celui dont la faute viendrait d’une impéritie profonde, ou d’une malveillance caractérisée, car la République ne veut compter au nombre de ses officiers que ceux qui unissent la bonne volonté au talent. » Il faut donc augmenter la nomenclature des signaux de l’armée pour que, dans le temps même de l'action, les destitutions et les remplacements puissent être prononcés. « Le Représentant du peuple attend dans le sentiment de la plus douce confiance que les signaux qu’il demande ne seront jamais faits. Mais le législateur chargé des intérêts d’une grande nation prévoit la faute et détermine la peine, afin d’être dispensé de la prononcer. C’est dans le calme du mouillage, c’est avant l'ouverture de la campagne, que chacun doit se pénétrer de cette grande vérité, que la patrie observe tous ses enfants, disposée à leur donner à tous ce qu’ils auront mérité. Je te prie donc de vouloir bien t’occuper du travail que je te demande, afin qu’il soit prêt avant que les ordres du gouvernement sur la destination de l’armée navale te soient adressés. ! » Jeanbon ordonne enfin d’approvisionner sous six jours l’escadre de trois mois de vivres car, l’équinoxe passé, écrit-il à Dalbarade le 6 germinal, il peut être utile à la République que la sortie dure plusieurs décades ?. De nouvelles inquiétudes l’assiègent à cette heure : Dubois-Crancé, qui procède à Rennes à l’embrigadement des troupes de première réquisition, lui signale parmi ces contingents des intrigues contre-révolutionnaires qui se rattachent à d’autres dans la garnison de Brest *.

Mais l'expédition est une fois de plus ajournée. Le 1* germinal

1. BB: 61, fol. 38 et Recueil des arrétés pris par le républicain Jeunpos :

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