‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 594 sur 889 · CROISIÈRES DE BATIMENTS LÉGERS · texte numérisé non relu

CROISIÈRES DE BATIMENTS LÉGERS

sitée par le prochain retour du convoi d'Amérique. Van Stabel est arrivé sans encombre. dans la baie de Chesapeak le 24 pluviôse ‘. L'envoi d’une division à sa rencontre dans les parages des Açores a été sans doute contremandé, car on n’en trouve pas trace ?, cette disposition d’ailleurs n'avait plus de raison d’être, le convoi étant resté tout entier aux États-Unis au lieu de faire voile pour la France en deux portions. Mais il reste nécessaire de dépécher Nielly au devant de l'énorme flotte marchande que va ramener Van Stabel. Le départ de Nielly est différé tant que l'expédition de Jersey réclame la concentration de toute la flotte dans Brest ; dès que cette entreprise est ajournée, Nielly reçoit l’ordre de faire voile. Il doit appareiller le 8 germinal. Nous verrons les vents retarder trop longtemps sa sortie.

Mais, seuls, des bâtiments légers ont été envoyés au large, puisque toute l’escadre de Brest est restée groupée à Brest en vue de l’expédition de Jersey. Ce n'est pas une des conséquences les moins fâcheuses de cette conception stratégique. Seul, l'état-major des frégates, corvettes et avisos a pu acquérir de l’expérience et être mis à l'épreuve. Encore ces officiers demeurent-ils bien novices. La Carmagnole, que commande un bon officier, Gohet Duchesne, s’échoue à la pointe de Querqueville, sur la côte française, ce qui, remarque-t-on, w’arrive jamais aux Anglais; la faute en est au pilote et aux deux lieutenants *. Deux avisos rencontrés successivement par la croisière du golfe de Gascogne ne parviennent pas à se faire reconnaitre d’elle malgré leurs signaux, ils la prennent à leur tour pour ennemie, el, afin de s’alléger dans leur fuite, ils jettent à la mer l’un ses canons etses ancres, l’autre une cargaison de biscuit qu’il portait à cette même croisière *. Qu'on juge de ce que doit être linexpérience des officiers des vaisseaux de ligne. Ils n’ont pu, depuis septembre 1793, étudier les formations tactiques et les évolulions d’escadre, le Comité de Salut public ayant maintenu la flotte en rade tout l’hiver, et ils viennent de perdre encore pour leur instruction technique tout ce mois de ventôse pendant lequel ils ont attendu un appareillage qui n’a pas eu lieu. Seule, la première croisière de Van Stabel, bien courte d’ailleurs, a pu donner quelque expérience aux officiers de la division très restreinte qu’il avait emmenée. La responsabilité de cette stagnation si préjudiciable de nos forces navales n’incombe point du tout à Jeanbon et Villarel, ils ont assez réclamé au Comité la formation de croisières de vaisseaux.

1 BB# 44, fol. 42.

2. De plus, l’Atalante, qui devait aller avertir Van Stabel de l'envoi de cette division, ne partira que beaucoup plus tard et pour lui annoncer la sortie à sa rencontre de la seule division Nielly. On ne peut voir dans la croisière Thévenard aux Açores, si inexplicable pour nous, la division à expédier aux Açores pour y renforcer Van Stabel, car Thévenard n’a que des bâtiments légers et non les cinq vaisseaux dont le Comité de Salut public avait arrêté de composer cette division.

3. Le naufrage a lieu le 20 ventôse, voy. AFu1 110 et BB? 13, fol. 35. Aulard, Actes du Gomité de Sulut public, t. XI, pp. 90, 333, 607, 628.

4, BB19, fol. 126.

Toute la bonne volonté du Représentant el du contre-amiral ne suflit pas à rendre manœuvriers experts des officiers qui ne vont pas en manœuvres.

C'est sans doute le 8 germinal (28 mars), que Jeanbon reçul l'arrêté du Comité de Salut public du 1°’ germinal avec l'exposé des raisons pour lesquelles l'expédition de Jerséy était contremandée, car il

.partit le jour même pour une tournée à Lorient et Nantes t. Nous n'avons pas la lettre du ministre qui l’informait de la décision prise, et qui, semble-t-il, lui conseillait la visite qu’il alla faire dans les ports voisins ?. Mais nous savons combien de molifs attiraient Sainl- André à Lorient, et lui-même, on se le rappelle, regrettail naguère de n’avoir pas le loisir de s’y rendre.

Jeanbon, accompagné de Verteuil qui lui sert de secrétaire, arrive le 9 germinal à Lorient sans crier gare *, et l’on peut croire que son apparition inopinée ne dut pas réjouir les démagogues de l'endroit. Précisément, la veille, la Société populaire avait écrit à Jullien, son apôtre de naguère resté son avocat : « Si les intérêts de la patrie ne te tenaient pas éloigné de nous, avec quel plaisir nous combattrions ensemble sur la même brèche les calomniateurs de patriotes qui insultent à notre républicanisme.....Tu es à même d'établir une opinion sur la commune de Lorient, manifeste-la de manière à ne laisser aucun doute sur l'esprit public d'ici et sur les principes des intrigants qui entourent le Comité de Salut public #. »

À la vue de Saint-André les clubistes dissimulent. Jeanbon se rend

1. « Copie des arrêtés pris par le Représentant du peuple Jeanbon Saint-André dans sa tournée maritime » dans le Reg. IT d’arrêtés des Représentants du peuple. Arch. commun. Brest. Dans les rapports de l’espion du gouvernement anglais, on lit que Jeanbon a écrit de Brest le 27 mars au Comité de Salut public pour conseiller la descente à Jersey et a demandé le titre de « Représentant du peuple français en Angleterre, revêtu extraordinairement de tous les pouvoirs du Comité de Salut public », le Comité lui a répondu le 31 mars, en lui envoyant ce titre et l’ordre exprès si la descente avait lieu « de ne point prendre possession du pays », mais « de se contenter de détruire et incendier un ou plusieurs points » et « de se rapprocher aussitôt des côtes de France ». Nous n’avons pas trouvé de lettre de Jeanbon du 27 mars (7 germinal), et à la date du 31 mars (11 germinal), tout est déjà décommandé par le Comité de Salut public. L’espion a sans doute confondu la soi-disant lettre du 31 mars avec la lettre du Comité de Salut public à Billaud et Ruamps pour leur commander de ne faire aucun établissement à l’ile de Wight (The Manuscripts of J.-B. Fortescue, t. 11, p. 556).

A Labrouche et Duras au ministre, Brest, 8 germinal : Jeanbon « ira jusqu’à Nantes où sa présence est bien nécessaire d'après la lettre du ministre du 2 » (BB 61, fol. 80).

3. Reg. de la municipalité, D 1, fol. 180 recto. Arch. commun. Lorient. Lorient a alors un peu plus de 20,000 âmes (20,656 au 18 septembre 1793. Ibid., fol. 94 recto).

4. Reg. de correspondance du club, D# 10, fol. 150 verso. Arch. commun, Lorient,

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