SA TOURNÉE A LORIENT ET NANTES
à la Société populaire, y est reçu par des applaudissements et le président lui adresse une allocution flatteuse qui se termine ainsi : « Continue à bien mériter de tes concitoyens. — Lorient, célèbre par son patriotisme, continuera aussi à bien mériter de la patrie, répond le conventionnel. Ciloyens, vous avez dans vos mains le moyen de faire baisser le pavillon de l’imbécile Georges ; placé par la nature pour rendre de grands services à la patrie dans les armées navales, que Lorient coopère de tout son pouvoir au bonheur du peuple par l'affermissement de la liberté, que les travaux prennent une nouvelle vigueur... vous serez dignes de vos voisins, des ‘habitants du port de Brest. » Puis, il exalte le civisme des matelots qui s’instruisent. « L'instruction, dit-il, nous tiendra debout et nous dégagera de ces préjugés absurdes qui nous tenaient à genoux, position des esclaves; n’ayons donc que l'amour de la liberté, de religion adressée qu’à elle et d’idole qu’elle. Et vous, dit-il en s'adressant aux femmes, sexe aimable, bien fait pour être aimé quand vous réunissez à vos charmes naturels la force de la raison, réunissez toutes les vertus comme vous avez tous les agréments, ressemblez à la mère des Gracques qui s’enorgueillissait d’avoir formé trois martyrs morts pour la liberté de leur pays, c’est vous qu’il faut mettre à la hauteur des circonstances et dégager de toutes les minuties de la galanterie, vous méritiez aussi d’être libres et vous le deviendrez quand les vertus vous accompagneront..….. qué chacune de vos habitations soit un temple à la liberté dont le culte soit la pratique de la vertu. » Il attaque ensuite le clergé: « Défaisons-nous des écarts qui nous faisaient croire qu’un autre valait mieux que nous... Non, citoyens, il n’en est pas de ces prétendus instituteurs de conscience qui valent nos instituteurs publics ‘. » Le Représentant essaie donc de se concilier les révolutionnaires de Lorient en leur préchant les doctrines de la Montagne, et néanmoins il semble que, même dans cetie séance, une poignée de forcenés se montre rebelle à son ascendant et d’attitude peu soumise ?. Jeanbon met en liberté plusieurs ciloyens incarcérés, envoie une corvette du port en croisière sur les côtes d’Espagne, inspecte le port, les chantiers, part le 11 pour la Roche-Sauveur, et le 12 (1er avril) il est à Nantes *.
A Nantes, Jeanbon presse les armements, ramasse de l’artillerie pour Brest, démonte de son commandement le capitaine d'un station- ‘paire qui n’a pas les titres suffisants pour occuperce poste.lls’y entrelient avec Garrau d’un plan d'attaque de Saint-Sébastien sur la côte d'Espagne, plan pour lequel il offre des frégates. L'objet principal de
1. Reg. du club, D‘ 9, fol. 168 verso-170, la transcription des paroles du Représentant y est très confuse, très mal faite. ;
2. Jeanbon à Prieur de la Marne, 8 floréal, AF1r 294. Il s'agit Surtout d'un certain ‘Antoine, syndic des classes, membre du Comité révolutionnaire. Voy. plus loin, même chapitre, une allusion de Jeanbon à cet individu. Il sera destitué le 29 pluviôse an IFi (AF1r 139).
3. AFu 102, Reg 11 d’arrêtés des Représentants du peuple. D? 1, fol. 181 recto, Lorient, BB5 51, fol. 461 Marine.
sa visite parait avoir élé les forges d’Indret, elles étaient maintenant sous la surveillance du lieutenant de vaisseau Le Roux, qui avait notablement amélioré les procédés de fabrication. Jeanbon envoie cet officier presser l'exploitation de la mine de charbon d'Isigny qu’il décide d’affecter à l'alimentation des forges 1.
Le 17 germinal (6 avril), le Représentant est de retour à Lorient. Il y accorde des secours à des familles de marins faits prisonniers par les Anglais, à des veuves d'officiers « morts en combattant les ennemis de la République ». I1 promet une augmentation de paie aux ouvriers les plus actifs « jusqu’à ce que les trois vaisseaux qui sont actuellement sur les chantiers soient achevés ». Il procède aussi à de nouveaux élargissements de prisonniers ?, et le 19 (8 avril), il est rentré à Brest. |
Jeanbon écrit le lendemain au ministre: « La nécessité de retourner promptement à Brest ne m’a pas permis de demeurer à Lorient autant de temps que je l'aurais désiré et qu’il eût peut-être été nécessaire. Le vice essentiel dans ce port est dans la mauvaise composition du Comité de Surveillance. Il est en grande partie formé des maîtres et contremaîtres du port qui abandonnent les travaux pour assister aux séances et ne veulent d'officiers et d’administrateurs que ceux qui leur plaisent... Je crois une pareille composition contraire en tous points aux principes, et l'expérience en a fait connaître les conséquences au Comité de Salut public * ». Il voudrait un arrété du Comité de Salut public pour y remédier, mais c'est déjà fait : après avoir, le 6 germinal, brisé un Comité des Marins établi à Dun-
kerque, le Comité a décidé le 18 que tout citoyen employé dans
l'administration, les travaux ou toute autre partie de la marine ne pourrait remplir d’autres fonctions publiques. Jeanbon, de plus, le 23 germinal (12 avril), ordonne au Comité de Surveillance de Lorient de soumettre à l’accusateur public du tribunal révolutionnaire de Brest les motifs d’arrestation concernant tous les détenus de Lorient*, il avait, on s’en souvient, proposé naguère cette mesure au Comité de Salut public.
Durant son absence de Brest, Duras et Labrouche, de concert avec Bouchet et Tempié pour les travaux, ont exercé l'intérim sans incident. Cependant l’activité s’est ralentie dès le départ du Représentant, et Sané, tombé malade, n’a pu réagir : «Il y a une bande d’insouciants, de sous-chefs et autres qui ne valent pas la gale »,
1. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XII, pp. 413, 417. Reg. II d’arrêtés des Représentants du peuple. Sur Le Roux, autre arrêté des Représentants à Brest du 5 vendémiaire an [F1 constatant ses services (Arch. commun. Brest). L’espion du gouvernement anglais raconte que dans la nuit du 22 au 23 avril (3-4 floréal), le Comité de Salut public reçut deux lettres de Jeanbon écrites de Nantes et apportant des nouvelles terrifiantes de la Vendée (The ranuscripts of J.-B. Fortescue, t. I, p. 562); or, Jeanbon n’est plus à Nantes le 6 avril (17 germinal).
2. AF1r 296, 125, Reg. II d’arrètés des Représentants du peuple.