‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 621 sur 889 · Jeanbon à Dalbarade, 14 ventôse (BB: 61, fol · texte numérisé non relu

Jeanbon à Dalbarade, 14 ventôse (BB: 61, fol

7. Voy. ch. xx, lettre de Villaret.à Jeanbon, citée dans Levot, p. 261. Cette intimité a donné naissance à la tradition recueillie par Du Chatellier (Brest et le Finis-

De même, en dépit des soucis et des responsabilités, malgré la fièvre révolutionnaire qui les possède, les chefs du parti montagnard à Brest se détendent par instants et s’adoucissent dans la vie de famille. Jeanbon a auprès de lui son neveu Belluc, âgé de onze ans, qu’il a fait venir de Montauban et embarqué comme mousse sur /a Montagne, il lui a donné comme mère adoptive une sœur de Sané que l'enfant appelle sa tante, tous entourent l'enfant de leur sollicitude chaque fois qu’il descend à terre, et quand il lui vient « une lettre de son papa Belu et de sa maman Saint-André », la tante en fait lecture à diner et le bon Sané s’attendrit ‘. Jeanbon laisse le tribunal révolutionnaire frapper impitoyablement, mais quand il apprend que les enfants du juge de paix prévaricateur Heriez, qu'il a lui-même fait emprisonner, sont réduits à la misère par l’incarcération de leur père, il prend aussitôt soin d’eux ?. Dans son for intérieur, le Représentant estime que la Terreur va trop loin : à Alquier, son collègue de passage à Brest, il communique ses inquiétudes «sur le caractère de quelques-uns des membres du gouvernement » et « l’effroi » que lui inspirent leurs mesures *., Mais il n’est le maître ni du Comité de Salut public, ni de lui-même, il est entraîné par les circonstances, il y a des coupables à punir, des conspirateurs à découvrir; sinon l’œuvre de réorganisation de la marine échouera, sinon la République ne sera pas viclorieuse de son dernier ennemi et l'ère de bonheur promise à l'humanité sera différée.

Au reste, quels que soient les abus et les excès qu’a permis cette concentration du pouvoir entre les mains de Jeanbon et de son entourage, elle était absolument nécessaire et a rendu de grands services : les administrations locales étaient encore trop indépendantes du pouvoir central en dépit du décret du 14 frimaire, ou bien, malgré des épurations successives elles étaient malveillantes, négligentes tout au moins. Pour comprendre lutilité d’un gouverne- :

tère sous la Terreur, p. 75), suivant laquelle tout l'entourage du Représentant, et Jeanbon lui-même, auraient participé aux débauches de Ragmey.et des actrices de Brest. Nous n'en avons aucune preuve, Levot n’en dit rien, et nous reviendrons sur cette question des relations de Jeanbon avec les femmes de théâtre, à propos de son séjour à Toulon (voy. ch. xx1).

1. Sur cet enfant qui accompagnera Jeanbon dans ses pérégrinations à Alger, Smyrne, Kerasonde et à Mayence, voy. la suite. Sur son séjour à Brest, voy. 5° Reg. du club Montauban où il annonce le 2? germinal son départ pour Brest, la Réponse à la dénonciation des citoyens de la commune de Brest, lettres de Sané à Jeanbon, de Brest, 3 frimaire an III, et de Verteuil au même, 2 brumaire an III (Arch. commun. Toulon, série D).

8. 1:r floréal, Reg. IL d’arrêtés des Représentants du peuple.

3. Réponse à la dénonciation des citoyens de lu commune de Brest; Alquier est à Brest le 14 ventôse (Dxvi n° 4), chargé par décret du 27 brumaire de l’organisation des troupes à cheval dans l’armée des côtes de Brest (Procès-verbal, t. XX V, pp. 274-277). Alquier né à Talmont en 1752, avocat du roi au présidia! de la Rochelle, député d’Aunis aux Etats généraux, président du tribunal criminel de Seine-et-Oise en 1791, député de ce département à la Convention, membre des Anciens, ministre plénipotentiaire à Munich, receveur général de Seine-et-Oise, ambassadeur sous l'Empire, banni en 1816, rappelé en 1818, mort à Paris en 1826 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. I, p, 61).

ment despotique à ce moment, pour démêler dans quel esprit de patriotisme éclairé, de tendresse profonde pour la démocratie, Jeanbon a usé de la toute puissance, il ne suffit point de montrer une flolte énorme reconstiluée en quelque mois, un personnel maritime considérable, ardent et pourtant soumis, il faut, pénétrant dans le détail de l'administration du Représentant, citer quelques-uns des nombreux arrêtés qu'il a pris sur tous les sujets.

Jeanbon écrit à l’agent maritime de Cherbourg : « C'est à moi, citoyen agent, et non à toi à juger les besoins généraux de la marine de la République, et à connaître quand et jusqu’à quel point tel port doit se dégarnir pour en approvisionner un autre »; aux administrateurs du district de Port-Brieuc : « il est étonnant que lorsque la loi parle vous veniez interrompre le Représentant du peuple ». A ceux du département des Côtes du Nord il observe qu’ils « courent après la valeur des mots pour éluder l'exécution des lois ». Les travaux de viabililé qu’il a commandés à son passage à Pentorson n’ont. pas été entrepris : « Je vous requiers de me dire en réponse que vous les avez exécutés », écrit-il au district d'Avranches. L'agent national du district de Lesneven a levé un homme marié comme ouvrier pour le port de Brest, contrairement à la loi; le Représentant renvoie cet homme dans ses foyers aux frais de l’agent ‘. A Brest, le directeur des postes a gardé deux mois des lettres adressées à deux commissaires aux subsistances, en dépit de leurs réclamations : « Ta conduite est celle d’un homme indigne d'occuper la place que tu as, lui dit Saint-André, et je t’assure que si ces ciloyens avaient pu me fournir la copie de l’ordre qu’ils t’avaient donné pour le renvoi de leurs lettres, j'aurais usé de l’autorité qui m'est confiée pour sévir contre toi, ?» Le commandant de la place de la Flèche a molesté un agent chargé de l'exploitation des bois pour la marine, Jeanbon écrit aux administrateurs du district d'Angers : « Comment se fait-il que vous, chargés de surveiller les autorités subalternes, vous n’avez pas arrêté des abus si criants » ? et il les menace « des mesures les plus promptes et les plus sévères ». Le Comité de surveillance de Mamers tient en arrestation un ingénieur en mission pour la marine : « aussitôt la présente reçue, vous le mettrez en liberté et vous m’enverrez la dénonciation faite contre lui avec les preuves à l'appui, afin que s’il se trouve coupable je le livre à la justice » ordonne Saint-André. « Il est heureux, citoyens, écrit-il aux administrateurs du district de Pontivy, que vous vous soyez enfin déterminés à remplir vos devoirs. J'espère qu’à l'avenir je ne serai pas dans la nécessité de vous rappeler votre responsabilité.» Ala municipalité d’Aurai : « je dois regarder votre démarche comme une résistance à mon arrêté et à la loi, Je vous déclare, en conséquence, que si les deux citoyens dont il est question ne partent

1. Reg. III et IV de correspondance des Représentants du peuple. Reg. II d’arrêtés

des Représentants du peuple.

2, Res. IV de correspondance, Arch. commun. Brest.

pas de suite pour Brest, je serai obligé de faire examiner votre conduite par le tribunal révolutionnaire »; et à un agent : « j'ai reçu ta lettre, je n’en persiste pas moins à exiger la stricte exécution de mes arrêtés, tes raisons me prouvent bien clairement qw’il n’est pas de ton intérêt de t'y conformer, mais pour moi l'intérêt public est tout et l'intérêt particulier rien lorsqu'il contrarie le premier. » A l'administration du district de Bayeux qui s'empare du charbon des mines d'Isigny : « n'oubliez pas que la loi applique la peine de dix ans de fers à ceux qui mettent des entraves aux opérations marilimes ». La municipalité de Morlaix reçoit la lettre suivante : « Chaque fois que j'expédie des courriers ils éprouvent des retards ou un mauvais service à Morlaix. Vous préviendrez le maître de poste que si cela arrive encore une fois il sera mis en état d’arrestation !. » À un agent qui l’importune, Jeanbon fait cette réponse : « Ta confiance en t’adressant à moi aurait de quoi me flatter si elle n’avait pas l’inconvénient de me détourner de mes travaux pour te donner des expli-. calions qu'avec un peu d'attention et de soin tu aurais trouvées dans la loi. » Au capitaine de vaisseau Cornic, fils de l’amiral, cette simple lettre : « Je suis infiniment étonné et scandalisé de n’appreudre que par des rapports particuliers que la corvette l’Inconnue à jeté son gréement à la mer. Le compte qui m’en a été rendu devait m'être transmis sur-le-champ. Il est bien extraordinaire qu’un chef de division s’en soit dispensé. » Citons encore cette note : «les commandants de convois qui en arrivant ne feront pas leur rapport seront mis en arrestation ». Et celles-ci, au sous-fermier des messageries à Caen : & Il est heureux que tu te sois enfin déterminé à envoyer au citoyen Hascouet le paquet qu’il réclamait en vain dépuis un an; j'espère que tu n’obligeras pas une seconde fois un citoyen, et surtout un homme aussi précieux à la République qu'un matelot, à avoir recours aux autorités supérieures pour te contraindre à remplir les devoirs de ta place »; à l'agent national du district de Quimperlé : « J'ai lieu d’être étonné d'apprendre que tu as donné au citoyen Brillère, capitaine des douanes à Pont-Aven, la commission de payeur des gardes-côtes et celle de commissaire de la réquisition des grains payé à 10 ou 12 livres; cette conduite est on ne peut plus répréhensible. » Combien d’autres obstacles, combien d’entraves que seules les missives brèves, impératives, menaçantes de Saint-André ont réussi à supprimer ! Mais Lorient surtout a obligé le Représentant à déployer toute son énergie, même après le séjour qu’il y avait fait, même après les mesures qu’il avait prises pour y dompter la démagogie. En vertu de l’arrêté du Comité de Salut publie du 18 germinal, rédigé, on s’en souvient, à l’instigation de Jeanbon, le conseil général de la commune de Lorient doit se séparer de ceux de ses membres qui appartien-

1. Arch. commun. Brest. Autre du 6, à la maîtresse de la poste aux chevaux de Guingamp : « J'entends de tous côtés des plaintes sur l’inexactitude du service des postes et sur l’insolence des postillons. Je t'invite à les faire cesser pour ce qui te concerne si tu n’aimes mieux t'exposer à des corrections » (ibid.). Autres dans AEFrn 296:

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