‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 622 sur 889 · JEANBON ET LA DÉMAGOGIE DE LORIENT · texte numérisé non relu

JEANBON ET LA DÉMAGOGIE DE LORIENT

nent à la marine. Le conseil envoie alors l’agent national Parmentier à Vannes où se trouve Prieur de la Marne pour solliciter son intervention. Jeanbon écrit au conseil : « Que ce soit sur ma demande ou sur la demande d’un autre, ou, comme il était plus convenable de le supposer, par la force des principes, qu’ait été rendu l'arrêté . du Comité de Salut public du 18 germinal, il doit être exécuté ponctuellement. Vous auriez dû le sentir et vous dispenser d'envoyer vers mon collègue Prieur pour lui faire une demande qu’il ne pouvait pas accueillir ‘. » Mais Prieur vient à Lorient organiser la muni- cipalilé au gré des meneurs du club. Cette démarche lui vaut l’admonestation suivante de Jeanbon : « Je recois ta lettre de Lorient, je la lis, je la relis, et j'ai peine à croire qu’elle soit de toi. Est-ce Prieur qui, sachant que Lorient est une partie essentielle de ma mission, se hâte à mon insu, furtivement, sur le message d’un agent national de vingt ans, d'organiser cetie municipalité et de mépriser assez son collègue pour ne l’en prévenir que quand l'opération est consommée? Est-ce Prieur qui dit que l'arrêté du Comité de Salut public à désorganisé la municipalité et le Comité de Surveillance en rendant hommage aux principes, en voulant que chacun fût à son poste, que chacun en remplit les devoirs et que les travaux de la marine, bien véritablement désorganisés par ce Comité, reprissent leur cours et acquissent cette activité que commandent les circonstances ? » Puis il signale dans ce Comité, parmi les individus que l'arrêté du

Comité de Salut public écarte : « un lieutenant de vaisseau qui, quand le canon tire pour le départ, ne sent pas son cœur palpiter, n’éprouve pas pour premier besoin celui de marcher à l'ennemi, el se condamne à la nullité, heureux d’avoir un prétexte de dire qu’il sert son pays en combattant les ennemis du dedans. Là est un Antoine, ivrogne crapuleux, qui ne présente au public que le scandale de ses mœurs... Si c’est là ce qu'un Représentant du peuple appelle désorganiser, j'avoue que je n’y connais plus rien, et que c’est bien en vain que le Comité de Salut public et la Convention nationale mettent la morale et la vertu à l’ordre du jour. Lorient est tranquille, me dis-tu, je le suis moi-même, et le tribunal révolutionnaire, nanti de tout ce qui intéresse cette ville, fera raison à la patrie des conspirateurs à « bonnets rouges ? ».

. Jeanbon ordonne ensuite la destitution et l’incarcération de l'agent national Parmentier, puis il expose l'affaire à Billaud-Varenne pour que celui-ci la mette sous les veux du Comité : « C’est ainsi, lui déclare-t-il en conclusion, que depuis longtemps trois ou quatre mauvaises têtes sans moralité résistent aux arrêtés du Comité de Salut

. 1er floréal AF1 294. Déjà Jeanbon avait dû user de rigueur au début de germinal a obliger un clubiste de Lorient, Genay, employé dans l'administration de la marine, à venir en fonctions à Brest; Prieur, à la demande du club de Lorient, le maintenait dans cette ville (D# 9, registre du club, D31, reg. de la municipalité. Arch. commun. Lorient, IVe reg. de correspondance des Hepresentans du péuple, 2 germinal, Brest).

8. 8 floréal, AFn 294; D3 1, fol: 191 verso, 192 recto. Arch. commun, Lorient,

‘public et vous fatiguent de leur désobéissance qu’ils appellent patriotique !. » Le club de Lorient envoie une députation à Brest auprès de Saint-André, et cetie commission rencontre sur son chemin Prieur qui accourait lui-même très inquiet pour s'expliquer avec son collègue. Jeanbon, ne voulant pas pousser les choses à l’extrême, accueille bien Prieur qui reçoit d’ailleurs une semonce du Comité de Salut public, et il consent à relâcher Parmentier, mais à la condition que cet individu passera au district d'Hennebond et que la municipalité de Lorient sera bel et bien renouvelée conformément à l'arrêté du 18 germinal ?. Il est néanmoins obligé, avant de sortir avec la flotte, de casser de nouvelles. décisions arbitraires de la municipalité de Lorient, de relaxer des individus qu’elle a fait emprisonner, non sans s’indigner « que des autorités constituées poussent l’ignorance ou la malveillance à ce point * ». Nul doute qu’il frapperait plus rigoureusement les démagogues lorientais s’il ne craighait de décapiter le parti montagnard dans cette ville et de faire de la sorte le jeu de la contre-révolution.

Et le même homme, ce Représentant si autoritaire et de ton si cassant, estime ceux qui lui tiennent tête quand ils ont raison *. Il écrit aussi au chef d'administration de l’hôpital de Pontanezen, à propos d’un marin anglais prisonnier : «Il paraît constant qu’en combattant la nation française il a été dans tous les temps un ennemi loyal, et qu’il n’a jamais abusé de la victoire envers les prisonniers français. Des républicains ne doivent pas étre moins généreux que les sujets d’un roi... J'apprends encore qu’il est malade. Je te recommande en conséquence d’avoir pour sa situation toutes les attentions et tous les égards 5. » A un ingénieur qu’il vient de nommer à Lorient, il dit: « J'attends de ton patriotisme et de ton activité que tu justifieras cette nomination en employant l’un et l’autre pour le service de la République. » À des administrateurs il déclare qu’ils « ne doivent être guidés que par l’amour du bien public, par ce plaisir si doux que trouvent les vrais républicains dans l’accomplissement de leur devoir ». L'agent national du district de Rostrenen lui ayant expédié du matériel pour la marine : « C’est toujours

1. Destitution de Parmentier, 9 floréal (D 6, fol. 19 recto, 3e Reg. du conseil général de la commune, Arch. commun. Lorient), Jeanbon à Billaud, 9 floréal, AF1r 294.

2. D# 9, fol. 180 verso, 183 verso, 186; D3 1, fol. 196 recto, 197 recto; D#6, fol. 24, Arch. commun. Lorient; IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple, lettre de Prieur, 19 prairial au Comité de Surveillance de Lorient, arch. commun. Brest ; Prieur au Comité de Salut public, 24 floréal, AF1r 177.

3. AFn 102; 20 floréal, lettres de Jeanbon à une victime des autorités de Lorient et à la municipalité (arch. commun. Brest).

4, Nous avons vu son attitude à l'égard de Bermond accusé par Donzé-Verteuil; àun officier d'artillerie qui lui résiste, il dit : « Citoyen Devaulx, tu feras si bien qu'on te coupera la tête. — Fais-la donc couper et n’en parlons plus », répond Devaulx, Jeanbon ne dit plus mot (Levot, p. 205, note).

5. 19 germinai, IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple. Voy. un arrêté très modéré sur des excès commis par des prisonniers anglais évadés BB: 38, fol. 552. Et c’est le même homme qui a dit à la Convention qu'avec les Anglais il fallait s’interdire toute pitié,

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