LA SORTIE DE L'ESCADRE EST PRÉMATURÉE
vel appel aux officiers subalternes pour former les états-majors des vaisseaux nouvellement placés dans la ligne. Jeanbon laisse à terre par son arrêté du 18 floréal relatif à l’affaire de Quiberon non seulement des matelots mais des officiers. D’autres officiers n’auront pas rejoint l’escadre en temps utile : c’est ainsi qu'au moment de la sortie de Villaret arrivera à Brest, trop tard pour s’embarquer, le contre-amiral Vence, qui vient de se distinguer dans la Méditerranée et dont le concours eût été bien utile ‘. L’instruction, nous l'avons déjà dit, fait complètement défaut chez beaucoup d'officiers. Kerguelen, ramené à Brest pour figurer dans le procès de l'insurrection de Quiberon et conseilleur infatigable, Kerguelen écrit à Jeanbon de « donner en rade, par le moyen des chaloupes qui représenteraient des vaisseaux, des leçons de tactique, pour: bien apprendre avant la - sortie de l’armée au moins à serrer la ligne, à ne point se laisser couper, à gagner le vent ou à le conserver ? ». Ce moyen employé plus tard ne réussira guère, la manœuvre de petites embarcations ne pouvait former des officiers dont la vue se troublait sur les « grandes machines flottantes » qu'élaient des vaisseaux de ligne. Il semble que les écoles de tactique et d’évolutions en rade de Brest précédemment établies aient été suspendues, peut-être à cause des armements qui ont requis tout le monde; en tout cas la « tactique à distribuer aux officiers », remise à l'imprimerie du vaisseau /a Montagne, sera encore sous presse au 22 floréal ‘. Les croisières d’évolutions demandées instamment par Jeanbon et Villaret n’ont pas eu lieu : sauf la division de Nielly partie en germinal, tous les vaisseaux sont demeurés consignés en rade. Cette stagnation a de plus empêché l’épuration rationnelle des états-majors, cette épuration qui se faisait peu à peu dans l’armée de terre, à mesure que les combats permettaient de distinguer le mérite de l'incapacité parmi lesofficiers récemment promus.
De nouvelles méprises commises par les capitaines des bâtiments légers viennent prouver que, même chez ces officiers qui vont en croisière, l'instruction est encore médiocre. En floréal par exemple, les frégates 7 Andromaque et la Tartu du port de Rochefort ont pris la fuite devant les frégates la Surveillante et la Dryade du port de Brest ÿ. Le combat de l’île de Batz a été en quelque sorte la répétition de la tragédie qui va se jouer à la bataille du 13 prairial : les commandants de la Pomone et de /a Babet, Pevrieu et Belhomme se sont admirablement défendus, de même leurs équipages, au cri de Vive la République et au chant de la Marseillaise, le capitaine Des- - garceaux, commandant la division, s’est fait tuer. Mais le même Desgarceaux avait fort gauchement manœuvré pour disputer l’avan-
1. Maurice Loir, Jean-Gaspard Vence, corsaire et amiral, 1747-1808, déjà cité,