‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 628 sur 889 · BB* 20, fol · texte numérisé non relu

BB* 20, fol

2: Mémoire anonyme remis à Marec le 29 pluviôse an III toileion Maurice Loir). 4. AF11 296, Jeanbon à Cornic (BB? 61, fol. 44).

5AFII 294.

tage du vent aux Anglais, nos canonniers ont tiré fort mal tandis. que tous les coups des Anglais portaient, et la division française, d’ailleurs inférieure aux Anglais, a vu ses forces se réduire encore par l’abstention de la frégate la Résolue, qui s'est bornée d’abord à suivre ? Engageante dans tous ses mouvements, puis a pris honteusemen! la fuite‘. Beaucoup de courage et d’inexpérience chez la plupart, manque d'initiative et même lâcheté chez quelques-uns, voilà ce qu’a démontré cette première rencontre.

Enfin, sur l’escadre de Brest, les marins rassemblés récemment, les soldats réquisitionnés, les officiers naguère réunis sous le commandement de capitaines fraîchement promus, manquent évidemment de cohésion. Ni marins, ni officiers n’ont eu le temps de se connäiître, de s’apprécier, de s'adapter pour ainsi dire les uns aux autres; et la confiance réciproque, l’unité de sentiment et de volonté nécessaire à l’unité d'action ne sont point encore suffisamment établies.

En somme la guerre d’escadre était encore bien risquée. Nous avons vu d’ailleurs que le Comité de Salut public n’en voulait point jusqu’à présent, qu’il songeait plulôt à un coup de maïn sur Jersey ou l'Angleterre, cette dernière opération étant du reste aussi téméraire. Le mieux eût été d'attendre, avant de rien tenter, que notre flotte fût grossie de nouvelles unités de combats et fût pourvue d’équipages - suffisants et suffisamment instruits, d’états-majors bons manœuvriers.

Mais les événements ne le permettaient pas. Il fallait à tout prix assurer l’entrée dans nos ports du convoi de Van Stabel. On n’était ‘pas près d’avoir dans les greniers la moisson de 1794, et le pays était menacé d’une disette que seule l’habileté de Robert Lindet avait retardée jusqu'alors. Cette disette ne devait pas seulement compromettre le ravitaillement de nos armées, elle allait exaspérer les souffrances de cette classe populaire qui était le seul appui du gouvernement montagnard, qui s'était jusqu’à présent laissé discipliner par le Comité de Salut public, qui l'avait aidé à combattre tous les ennemis de la Révolution au dehors et à l’intérieur, qui avait accepté tous les sacrifices nécessaires au triomphe de la République, mais que finalement le besoin pouvait égarer, que la famine pouvait jeter aux pires violences ?. Le Comité le comprenait bien puisqu'il avait longtemps à l'avance négocié d'énormes achats de grains en Amérique. Encore fallait-il que ces grains fussent ramenés en toute sûreté!

Jeanbon lui aussi comprenait la gravité de la situation : de Montauban même, lui arrivaient les appels et les cris de détresse de ses partisans, si pénétrés de ses idées, si dévoués à sa cause et à la République. Son beau-frère, Belluc-Jeanbon, envoyé à Paris dans les pre-

1. BB3 36, fol. 112-120; Guerre, armée des côtes de Brest. Guérin, pp. 399-400.

2. « Si le convoi de subsistances que l’on attend d'Amérique venait à être intercepté par lord Howe, cela occasionnerait une grande commotion. L’approvisionnement de Paris en serait compromis » (Memorial de Gouverneur Morris l'ambassadeur des Etats-Unis en France), traduction Augustin Grandais, 1842, 2 vol. in-8°. Paris, t. II, p. 420).

Page 1