APPAREILLAGE DE LA FLOTTE
ne pouvoir aller lui-même «voir danser la Carmagnole aux Carthaginois ‘ », monte avec le commandant des armes à bord de a Montagne pour accompagner son collègue et Villaret jusqu’au fort Mingan. À six heures /a Montagne file ses amarres, « l’appareillage a été bien exécuté, sans confusion, avec un ordre parfait », la Mon-
“tagne surtout « a appareillé comme si c’eut été une corvette SN
C’est au milieu d’un émoi inexprimable, parmi les cris mille fois répétés de : « Vive la Montagne, vive la République, Ça Ira », que se
fait le départ. Tout Brest est accouru : ouvriers, employés, soldats;
-cun peuple i immense » bordant le rivage acclame l’armée navale, lui crie ses vœux et l'espoir qu’il fonde sur elle #. Cette flotte que la démocrätie brestoise voit s’'ébranler vers l'inconnu, elle l’a faite, elle
l'a matériellement reconstituée en sept mois d’un prodigieux labeur, elle a soufflé à ses équipages et états-majors sa passion patriotique et révolutionnaire ; cette flotte, c’est son offrande à la patrie, sa contribution à la défense nationale. L'imposant spectacle de l’appareillage remplit cette foule de joie et d’orgueil. Les matelots et officiers
sont à l’unisson, Jeanbon et les révolutionnaires de Brest leur ont
prêché la haine de Pitt et de Georges et l'horreur des insulaires britanniques, ils leur ont répété qu'eux seuls pouvaient abattre | l'ennemi le plus perfide et le plus acharné de la République, que des marins de la Méditerranée avaient livré Toulon à l’Angleterre, que d’autres sur l'Océan au moment de combattre s'étaient mutinés, puis
étaient rentrés honteusement dans Brest, et qu'aucun succès n’avait encore fait oublier de tels affronts. L'heure est enfin venue de venger
la République, la patrie et la marine, « d'apprendre aux Anglais que les Républicains savent vaincre sur mer comme sur terre “ ». Tous à bord de l’escadre sont « électrisés », el probablement jamais armée navale n’est sortie pour la bataille plus ardente et plus fière. Tout paraît la favoriser : «Il fait le plus beau temps du monde, un vent du Nord-Est qu’ils ont saisi dès son premier soufïle °. » Prieur de la Marne rentré dans Brest après avoir serré Saint-André dans ses bras, écrit au Comité de Salut public : « notre escadre est
des Représentants du peuple). Sur l’appareïllage, le commandant d'armes à Dalbarade (BB? 51, fol. 143); Prieur au Comité de Salut public, 27 floréal (AFn 294), cité par Savary qui ajoute par erreur à sa lettre un fragment de celle de Jeanbon' au Comité de Salut publie du 27 (Savary, t. IIL, p. 530). Prieur fut remplacé à Nantes par BÔ qui en reçut l'ordre dans le Tarn le 5 prairial et y arriva le 16 prairial (Compte rendu des dépenses de Bô, Le39, n°145, Bibl. nat.).