‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 650 sur 889 · SES DÉBUTS · texte numérisé non relu

SES DÉBUTS

les capitaines n'avaient pas assez d'attention de serrer la ligne ; et les officiers de quart, ou peu instruits, ou négligents, ou timides se tenaient à des distances beaucoup trop considérables. Les signaux de serrer la ligne et de forcer de voiles étaient souvent répétés et l’on ne se corrigeait pas... J'ai remarqué que les capitaines de vaisseaux qui avaient précédemment commandé des frégates étaient ceux qui manuœuvraient le mieux et avec le plus de hardiesse, et cette expérience m'a confirmé dans l’idée que j'avais déjà que le gouvernement devrait faire du commandement d’une frégate l’échelon nécessaire eb indispensable pour arriver au commandement d’un vaisseau. » On s’est étonné que Jeanbon fit ces constatations et en dégageât de tels enseignements à une heure si tardive ‘, mais il ne pouvait en être autrement puisque les vaisseaux et le personnel de l’armée navale, malgré le désir du Représentant, n'étaient pas sortis et n’avaient pas été mis à l’épreuve depuis septembre 1793. Jeanbon nota aussi que le capitaine Lucadou manœuvrait au plus mal, et en réponse à des flatteries de cet officier il lui adressa, au porte-voix, de sévères critiques *? : sans doute le nombre des malades augmentait à bord du Patriote, mais ses demandes réitérées de secours, sa séparalion d'avec Nielly, les parages où l’armée l'avait trouvé, donnèrent à Jeanbon l’idée que Lucadou « désirait obtenir ce qu’il n'avait pas osé demander, la permission de retourner à Brest », etil lui fit intimer l’ordre de garder son poste. Enfin, les avaries se multipliaient à bord des vaisseaux, la mâture des bâtiments les plus anciens fléchissait, faute de soims au temps de l’ancien régime et grâce au système de la royauté « de faire périr la marine française par l’incurie » pensait Jeanbon, en réalité parce que bien des réparations avaient été faites trop à la hâte ÿ,

Cette faiblesse du gréement, les fautes répétées des officiers dans la manœuvre trahissaient l’imperfection fatale d’une organisation hâtive et devaient inspirer des inquiétudes pour l'issue d’une rencontre avec l'Anglais. Précisément alors, le 6 prairial, d’après les dépêches apportées de la Chesapeak à Brest par le Papillon, Dalbarade rédigeait pour le Comité de Salut public un rapport sur la situation où se lisent ces mots : l'armée de Brest est tout entière à la rencontre de Van Slabel, « elle fait route pour rallier la division de Nielly, et si cette réunion peut s’opérer les forces de la République auront une grande supériorité sur celles de nos ennemis qui

1. Chevalier, p. 131. Noter que Jeanbon avait déjà cette idée auparavant, et qu’il avait nommé de préférence au commandement des vaisseaux des officiers ayant commandé des frégates : Alary, d’Ordelin, La Villegris, L’Hamel pour ne citer que ceux qui figurent à “prairial.

8. Journal de Jeanbon, dénonciation Lucadou contre Jeanbon et Villaret (BB: 38, fol. 252-254).

3. M. Chevalier s'étonne de ce parti-pris de Jeanhbon vis-à-vis de la marine royale, cela prouve qu’il a lu peu de discours des révolutionnaires, car cette injustice s’y manifeste constamment. Sur le peu de solidité des gréements et des réparations, voy. BB# 86 fol. 24, BB* 50, fol. 69, 149; et Villaret à Dalbarade 1t' messidor (BB* 37, fol. 204):

paraissent disposées à attaquer le convoi ‘ », Avant que Nielly eût rejoint, le 9 prairial au matin (28 no les frégates de Villaret signalèrent la flotte de Howe.

I était à peu près huit heures. Les Français se trouvaient par 47° 40° de latitude et 12° 20° de longilude ouest, c’est-à-dire à l’est du parallèle sous lequel ils devaient rencontrer le convoi. Ils couraient vers le nord-est par un vent du sud-ouest formés en trois colonnes. L’ennemi apparut en vue à une lieue. Les deux escadres étaient de force égale. Villaret, depuis sa réunion avec Lucadou, avait vinglsix vaisseaux, Howe, vingt-six pareillement sans compter un navire hôpital, bien que Villarel ait cru lui voir trente vaisseaux. L'armée navale d'Angleterre était d'un type moins uniforme que la nôtre, car elle comprenait à côté des vaisseaux de 74 d'autres portant 80, 90, 94 et 98 canons ; on y comptait trois bâtiments à troisponts de 100 canons, et non quatre comme l’a dit Villaret, parmi eux le vaisseau-amiral la Queen Charlotte ?. Les Français avaient l'avantage du vent dans leurs voiles. Ils suivaient une direction perpendiculaire à celle des Anglais, et qui devait, s'ils sy tenaient, les mener droit sur ceux-ci.

Villaret signala de laisser arriver sur les Anglais et de prendre l’ordre de bataille, c’est-à-dire de former une seule ligne, la troisième escadre en tête, la première en queue, les vaisseaux à la file les uns des autres présentant tous à l'ennemi le même flanc garni d'artillerie. Mais, après avoir observé l'ennemi, il prit une route à angle droit avec la précédente et parallèle à celle que suivaient nos adversaires, avec de l’avance sur eux. Cette tactique montre que Villaret voulait éviter le combat *; une autre preuve de son intention, c’est que le Représentant et lui demeurèrent sur /a Montagne, alors qu'avant de quitter Brest ils avaient manifesté l'intention de passer, en cas de bataille, sur la corvette la Gentille, suivant une coutume adoptée en France depuis que le comte de Grasse à la ba-

Page 1