BB# 44, fol
2. Voy. sur la composition de cette escadre, Troude, Guérin, p. 412, note 1. 3. Troude (observations mss.) représente ainsi la manœuvre de Villaret :
armée anglaise
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taille des Saintes s'était fait prendre sur son vaisseau-amiral Za Ville de Paris !. Au reste, tous les témoignages s'accordent à dire que l'amiral français se dérobait à un engagement, il ne faisait en cela que se conformer aux ordres du Comité de Salut public, d'autant plus qu'il était dans les parages assignés comme lieu de rendez-vous à Van Stabel.
- Les Anglais s’en aperçurent, et Howe qui cherchait Villaret depuis sept jours, résolut de ne pas le laisser échapper. Villaret fit des virements de marche successifs et sur lesquels les versions diffèrent, soit pour garder le vent, soit parce que sa ligne était mal formée et qu'il voulait la déployer davantage; Howe exécuta immédiatement les mêmes mouvements et continua ainsi à courir sur une ligne parallèle à celle de Villaret, à quelque distance en arrière de ce dernier. A 1 heure 55, l'Anglais forca de voiles. Les deux flottes voguaient maintenant vers le sud-est. Mais, soit que Villaret eût prescrit des évolutions trop compliquées ou que ses capitaines manœuvrassent gauchement, soit que le vent qui fraîchissait et la mer très grosse eussent géné ses mouvements, il n’arrivait pas à former suffisamment sa ligne, sa marche se ralentissait, la distance diminuait entre l'ennemi et lui. é
C’est alors que le vaisseau à trois-ponts le Révolutionnaire, capitaine Van Dongen, se trouva à la queue de la ligne française. D’après le rapport de Jeanbon du 16 messidor, ce bâtiment avait diminué de voiles malgré les signaux du commandant en chef; d’après ses oficiers, Van Dongen n'avait fait qu’obéir à un ordre de Villaret lui prescrivant de tenir ce poste. L'amiral anglais forma une division de quelques navires fins voiliers, qui parvinrent à rejoindre l’arrièregarde française; à 5 heures 1/2, ils furent assez près pour la harceler, et un engagement commença entre quatre de ces vaisseaux et le Révolutionnaire (voy. le plan ci-contre, page 812). Un combat dans de pareilles conditions, dit Le Bastard, « ne tarde jamais à devenir inégal, parce que d’un côté on a à essuyer le feu de tous les vaisseaux frais à mesure qu'ils arrivent pour prendre part à l’action, et que de l’autre, perdant continuellement des manœuvres, des vergues et des mâts, on est de plus en plus retardé dans sa marche et on est immanquablement coupé ou séparé du reste de son armée ». C’est ce qui eut lieu pour le Révolutionnaire malgré la magnifique résistance de Van Dongen. Le bruit de la canonnade arrivait certainement à Villaret. II ne semble pas y avoir attaché d'importance. Jeanbon dit que quelques-uns des vaisseaux ennemis « se trouvaient assez près de notre arrière-garde, il était déjà nuit, nous vimes échanger quelques coups de canon de part et d'autre ». Les officiers du Révolutionnaire lui feront observer dans la suite qu’à la fin de mai la nuit n'arrive pas
1. Sur la résolution de Jeanhon de passer sur La Gentille, voy. BB 37, fol. 312. Sur les précédents, voy. Moniteur, t. XXIV, p. 633, Jurien de la Gravière, Guerres maritimes sous la République et l'Empire, t. 1, p. 48; Maurice Loir, La marine royale en 1789, p. 266.
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avant huit heures, que l'obscurité ne lui cachait donc pas la siluation périlleuse du dernier vaisseau de la ligne. Quoi qu’il en soit, à 7 heures 1/2 Villaret fit signal de forcer de voiles, s’évertuant ainsi à esquiver les atteintes de Howe. Mais à 7 heures 45, le Révolutionnaire, très avarié dans son gréement par le feu de l'ennemi, perdit son poste, deux trois-ponts se joignirent à ses adversaires, à 8 heures une partie de la mâture vint à bas; entouré de dix ou douze bâti-
ments ennemis, Van Dongen demanda par signaux lumineux des
secours à l’amiral, les fanaux furent brisés sur la dunette entre les mains des timoniers. Van Dongen ful tué à 9 heures 30, le premier lieutenant était déjà blessé, le second tué, 160 hommes hors de combat. Le troisième lieutenant, Renaudeau, prit le commandement, mais la résistance faiblit, dans l'équipage on cria à la trahison! Vers 10 ou 11 heures, Renaudeau ordonna d'amener le pavillon, et malgré les protestations indignées des autres officiers il le fit abaisser. Quelques-uns seulement des navires anglais virent que le Révolutionnaire se rendait !, et, Howe rappelant sur ces entrefaites son avant-garde, le Révolutionnarre se trouva soudain délivré. Peu après, une frégate anglaise passa près de lui et lui signifia d’éteindre ses feux en appuyant d’un coup de canon, elle fut obéie instantanément, mais elle disparut et le Révolutionnaire se vit de nouveau seul.
Villaret semble être resté dans l'ignorance de sa détresse ; à minuit, selon un témoin, averti par la frégate la Seine que le Révolutionnaire était mal en point, il aurait simplement ordonné à l'avant-garde de forcer de voiles ?. D’après Jeanbon, la frégate le Brutus reçut à la nuit l’ordre de se porter à l’arrière-garde, de s’informer si les vaisseaux qui sy trouvaient avaient souffert de la canonnade, de venir en rendre compte, et « cette frégate ne rapporta rien au général et ne s’approcha de lui que le lendemain » ; pourtant, attachée à l’arrière-garde elle était la plus voisine du troispont attaqué, et son journal de bord atteste *, sans d’ailleurs mentionner l’ordre de Villaret, qu’elle connut la situation du Révolutionnaire. La flotte française continua sa course au sud-est, toujours rangée en ligne de bataille, et diminuée d'un vaisseau. L'armée navale d'Angleterre perdit également un vaisseau, l’Audacieux, qui, très maltraité par le PURE regaona ses ports à grand peine.
Suivons le Révolutionnaire. Too de la flotte française, perdu dans l’obscurité, privé de son capitaine et de ses principaux ofliciers, l’anarchie régna à son bord. Les hommes grossiers et violents qui le montaient, capables d’un bel héroïsme tant qu’ils étaient tenus en haleine, redevinrent des brutes quand leur exaltation tomba et que
1. Rapport de Howe, lettre d’un officier anglais publiée dans la Correspondance politique, Londres, 17 juin 1794 (BB# 37, fol. 320), lettres de Parker, capitaine du vaisseau anglais l’Audacieux (Guerre, armée des côtes de Brest).
2. Gassin et Bompard : Précis de la conduile tenue par le contre-amiral Villaret, invoquant le témoignage de Cornic fils, lé commandant de la Seine,