Pp. 46-48, article Suint-André, d’ailleurs très inexact
nal de Jeanbon où le Représentant déclare s'être trouvé sur la galerie de /a Montagne, et Rouvier admet que Jeanbon quitta le pont et le commandant en chef pour descendre dans les batteries.
A ces accusations, on pourrait répondre qu’il eût fallu à Villaret et Jeanbon bien du cynisme pour essayer d’en imposer à la France entière sur des fails dont tout le personnel de /a Montagne aurait été témoin, on pourrait alléguer que ce trait de lâcheté est bien invraisemblable de la part de l’homme dont les chapitres précédents ont prouvé, dont les pages suivantes démontreront mieux encore la prodigieuse énergie, de la part de l’homme qui mourra victime du devoir à Mayence en bravant le typhus et qui a écrit à son collègue Prieur, le 14 prairial, la belle lettre toute enfiévrée encore de l’ardeur de la bataille que nous avons citée plus haut. Mais ce ne seraient pas là des arguments décisifs. Nous ne retiehdrons même pas le témoignage de Prieur qui, le 23 prairial, à la rentrée de l’escadre, après s'être rendu à bord de la Montagne écrivit au Comité de Salut public : «Notre collègue en a été quitte pour une contusion qu’un éclat de bois lui a faite à la main, il était sur la galerie lors de la première bordée de l'amiral anglais, c’est un miracle qu’il n’ait pas été criblé ‘; » Prieur n’avait pas assisté à la bataille, et sa crédulité, son imagination enthousiaste, sa sympathie pour Jeanbon ne permettent pas de se fier à lui.
Mais dans quelles conditions se présentent les accusations portées contre Jeanbon? Lucadou qui, dès la rentrée de l’escadre, dénonça le Représentant à Robespierre, Gassin et Bompard qui publièrent en : l'an III des diatribes contre Jeanbon, les autres capitaines frappés par ordre du conventionnel et qui rédigèrent des mémoires apologétiques ne soufflent pas mot d’une pareille conduite. La dénonciation des citoyens de Brest, en date du 25 germinal an III, qui la mentionne pour la première fois procède par insinuation ?, et parmi les pièces justificatives qui l’accompagnent, aucune ne vise l’accusalion de lâcheté. Une seconde dénonciation des mêmes, parue un mois après, et beaucoup plus étendue, beaucoup plus précise, ne parle plus du tout de la lâcheté de Saint-André : l'argument était bon cependant pour perdre le Représentant terroriste, et à ce moment, ni le souci de la vérité, ni la modération, ni la peur ne tempéraient les attaques des thermidoriens brestois, nous en aurons la preuve: La Biographie de Londres, copiée par les ouvrages similaires qui ont élé écrits dans le même esprit, envoie Jeanbon se cacher au fond d’une frégate alors qu’il n’a pas quitté la Montagne, l'ouvrage intitulé Victoires, conquêtes, etc., a été rédigé sur le point qui nous intéresse par Bouvet de Cressé, comme le démontre une comparaison entre son texte et le livre de cet individu cité plus haut. Quant au livre même de Bouvet de Cressé, il n'a manifestement aucune valeur historique : Bouvet s y attribue les plus étonnantes prouesses
1.23 prairial, Prieur au Comité de Salut public (AF1r 294). 2. V. le texte de la dénonciation ci-dessus, page 846, note 1.
et y entasse les pires inexactitudes, nous y renvoyons le lecteur qui sera pleinement édifié. Une accusation de 1824 est d’ailleurs sujelte à caution, outre qu’elle est bien tardive elle apparaît à l’époque où déshonorer les hommes de la Révolution était œuvre pie. Le témoignage de Brenton, ennemi sans générosité, historien plein d’animosité contre ia France, serait déjà suspect par lui-même. Le propos qu’il prête à Villaret est invraisemblable : on comprendrait, comme le dit Jal, que l'amiral, de suite après la bataille du 13 prairial, tint à ménager le Représentant, mais, en l'an III, lorsque la réaction thermidorienne est devenue menaçante, Villaret n'avait plus de raisons pour conserver cette attitude, au contraire l’amitié de Jeanbon était pour lui compromettante, et si vraiment il avait considéré le Représentant comme un lâche, il aurait eu toute liberté de le crier partout et d’en tirer argument pour répudier une solidarité dangereuse, il n’en a rien fait, et il aurait attendu jusqu’en 1809, époque où Jeanbon était redevenu un personnage puissant, un des hauts fonctionnaires de lEmpire, pour le déshonorer! et auprès de qui, auprès d’un adversaire, d’un ennemi juré de la France et de cet Empire que Villaret servait comme vice-amiral! L’assertion est tellement inadmissible que Taine, peu suspect de tendresse pour les hommes de la Terreur, que M. Chevalier, peu enclin à l’indulgence pour Jeanbon, l'ont considérée comme négligeable et n’en parlent point. Enfin, il y a un témoignage décisif et qu’on ne peut contester : le secrétaire de la majorité sur la Montagne se trouvait dans la galerie au moment où, dans le silence, Howe coupait la ligne et rasait /a Montagne, ce secrétaire entendit « un oflicier à côté duquel étaient le Représentant du peuple, l’intendant de l’armée et son secrétaire, ordonner au porte-voix au capitaine du Jacobin de laisser arriver ! », immédiatement après, suivant ce même témoin, eut lieu la première bordée de l’amiral anglais, elle emporta les jambes de Basire, l’oflicier qui criait l’ordre à Gassin, elle blessa mortellement l’intendant de l’armée à côté de Jeanbon.
La lâcheté du délégué du Comité public à la bataille du 13 prairial n’est donc qu’une légende, mais l’apparition de cette légende s'explique fort bien. Les marins et officiers, déjà très étonnés de la répugnance de Villaret à engager une bataille, furent stupéfaits quand le Représentant et l'amiral abandonnèrent nos vaisseaux démâtés et firent retraite sur Brest. Tous rentrèrent au port indignés de ce qu’ils considéraient comme une honteuse défaillance ?. Puis, ceux
1. BB# 38, fol. 251. Cf. le texte de Jeanbon, dans son Journal, à propos de l'ordre crié à Gassin : « J’allai moi-même sur la galerie pour le lui transmettre, et ce fut en le lui donnant que le citoyen Basire fut atteint d’un boulet. » Les deux versions sont identiques.
2. « Un officier, alors novice sur la Montagne, nous a rapporté que la connaissance. de l’ordre de la retraite poussa l’indignation si loin, qu’un matelot dirigea son arme vers Jeanbon au moment où il passait près de lui » (Du Chatellier, Révolution en Bretagne, t. IV, p. 166). Voy. ch. xix, la colère des blessés, de retour à Brest, contre Jeanhon.
que le Représentant du peuple accusa de défection dans la bataille durent y répondre par des insinuations malveillantes et de même genre répandues sur son compte dans le public, et on lui reprocha, comme à l'amiral, de n'avoir pas recommencé le combat pour reprendre les vaisseaux désemparés. Survint la réaction thermidorienne. Elle épargna Villaret, qui peu à peu lui donnait des gages sans renier cependant le Représentant, son protecteur de naguère. Mais elle attaqua violemment Saint-André. Elle le rendit responsable, nous le verrons, de tous les mécomptes éprouvés par la marine du gouvernement terroriste, elle ameuta contre lui toutes les rancunes de l'esprit de corps et pas mal de haïines individuelles : or, le fait qui avait le plus frappé les esprils dans l'affaire du 13 prairial, c'était l'abandon des vaisseaux démâtés, on l’imputa exclusivement à Jeanbon, de là à l’accusation de lâcheté il n’y avait qu’un pas, il fut bien vite franchi sans qu’on Ôsat toutefois rien préciser ni affirmer, a Biographie de Londres reprit le propos, la Restauration lui fit bon accueil, et trente ans après le combat, un personnage désireux de montrer son dévouement à la royauté précisa la légende. A lire les racontars absurdes dont l’académicien Dupaty, matelot à Brest en l'an Il, a encombré les histoires de la marine de la Révolution, à lire ceux dont le prince de Joinville a recueilli l'écho, on comprend combien la tradition déforme les faits, et l’on ne s'étonne plus que Jeanbon dont la présence sur la galerie de {a Montagne, lors de la bordée de l’amiral anglais, est avérée, dont nul ne s’avisa de contester catégoriquement la bravoure durant les années qui suivirent, on comprend que Jeanbon ait pu être représenté sous la Restauration comme un misérable lâche. L’assertion a trouvé peu de créance de nos jours, mais il était bon d’en démontrer définitivement l’inanité. Maintenant que l’on a vu les différentes versions des événements et les diverses appréciations formulées à leur sujet, quelles sont les causes de la défaite du 13 prairial?
Il en est d'ordre général, indépendamment des erreurs de clique plus ou moins prouvées. Le Comité de Salut public à commis la faute d’enchaîner le commandement de l’armée navale par des insiructions élroites et impérieuses, il a été trop fidèle dans la circonstance aux traditions de cette monarchie absolue qui de Versailles prétendit si souvent diriger les opéralions militaires ou maritimes. Il a aussi conservé le système de défensive trop pratiqué dans la guerre d’Amérique, el par un excès de prudence, pour éviter qu'une action témérairement engagée n’affaiblit nos forces navales, il les a contraintes à une défensive qui a abouti à un échec !. Villaret et Jeanbon, de
1. Répétons que pour garder victorieusement la défensive en face d’ennemis bons manœuvriers, aguerris, et de sang froid comme les Anglais, il aurait fallu des équipages et officiers expérimentés, calmes, et non des hommes très jeunes au feu. C’est bien ce qu’avaient compris pour les armées les généraux nouveaux venus et. Carnot. Voy. Influence de la puissance maritime sur l’histoire, par le capitaine américain Mahan (analysé dans La Revue maritime et coloniale, juillet 1894) sur la tactique traditionnelle des Français, la défensive, et sur ses résultats dans la guerre de 1778;
leur côté, sont coupables d’avoir suivi ces instructions du Comité absolument à la lettre, ils se sont bornés au rôle d'agents dociles et passifs d’une consigne qui était très inopportune. Les capitaines ont leur part de responsabilité : deux seulement, La Villegris de /’Achille, Renaudin du Vengeur ont eu l’idée de quitter la place qui leur élait assignée dans la ligne pour empêcher celle-ci d’être coupée. Certains se sont bien défendus, mais beaucoup, soit inintellisence, soit lâcheté, se sont dérobés, et les capitaines des bâtiments légers n’ont pas fait mieux. En somme, dans cette journée du 13 prairial, sur vingt-six capitaines commandant des vaisseaux, onze seulement se sont honorablement comportés: L'Héritier, Le Ray, Douville, Larreguy, Blavet, Basire, La Villegris, Etienne, Renaudin, Desmartis, Gantheaume et Courand; Bertrand Keranguen de /’Æole s’est bien montré, mais a été tué de bonne heure et mal remplacé, Dordelin n’avait pas la liberté de ses mouvements. Restent treize capitaines incapables, soit la moitié!. La présence dans l’état major de la flotte d’un si grand nombre de médiocrités a été attribuée à Jeanbon. En réalité, sur les treize capitaines répréhensibles neuf ont été nommés ou maintenus par lui ?, sur les onze qui ont vaillamment combattu six sont de son choix ?. Si l’on ajoute que c’est lui qui a nommé Dordelin et L'Hamel qui se comportèrent si vaillamment le 10, on voit que le reproche est très exagéré. Au reste, nous l'avons précédemment établi, les promotions du Représentant n'étaient que provisoires, il aurait voulu éprouver ses capitaines et faire parmi eux la même sélection raisonnée que des combats incessants permettaient de pratiquer dans l’armée de terre, ce sont les circonstances et la stagnation de la flotte en rade de Brest qui l'en ont empêché. On a dit aussi que l'insuffisance des capitaines tient à leurs origines, s'explique par ce fait qu’ils ont été pris dans la marine marchande et parmi les souslieutenants trop rapidement avancés en grade. La critique n’est
Jurien de la Gravière (op. cit., t. 1) dit aussi : « trop de fois nos escadres sont sorties de nos ports avec une mission spéciale à remplir et la pensée d'éviter l'ennemi. C'était ainsi que nos vaisseaux se présentaieut au combat, ils le subissaient au lieu de l'imposer », et il qualifie la guerre faite par Villaret et Martin de « guerre embarrassée et timide ». M. de Kerallain, à propos du livre de Laughton sur Nelson (Revue historique, t. LXIV, p. 173), dit très justement : « La Révolution qui n’avait pas rompu nécessairement avec les traditions de l’ancienne marine en chassant les aristocrates officiers, laissa subsister l’habitude française d'éviter le combat au lieu de le chercher, sous prétexte de remplir av ant tout une mission donnée de convoi ou de ravitaillement ». Cf. Commander Robinson, The british fleet, Londres, 1896, in-8, déjà cité, pp. 43-47.
1. Alary de La Convention, Morel du Téméraire, Tardy du Gasparin, Langlois du Tourville, Gassin du Jacobin, Lucadou du Patriote, Le Francq de ?’Entreprenant, Tiphaigne du Neptune, Dumoutier du Trajan, Longer du Républicain, Huguet du Scipion, Berrade du Pelletier, Benoist lieutenant remplaçant Bertrand Keranguen tué sur l’Eole.
2. Maintenus lors de l'épuration de l’escadre Morard de Galles : Alary, Tardy: Morel, Langlois, Lucadou, le Francq, Tiphaigne, Longer, Huguet.
5: L’ Héritier, Le Ray, Basire, La Villecris, Larreguy, Keranguen. Ajoutons que, en outre, dans ces deux catégories figurent des officiers dont nous ne savons à qui attribuer la nomination.
vraie que pour les marins du commerce promus lieutenants ou capitaines immédiatement en entrant dans la marine de guerre. Ce sont ceux-là, sauf Desmartis, Larreguy et Le Ray qui ont fait preuve d’une infériorité manifeste !, Quant aux anciens sous-lieutenants,
la plupart ont tenu tête brillamment aux capitaines de Howe ?.
Ajoutons, pour être justes, que les deux ‘officiers qui avaient fait partie du grand corps, Dordelin, L'Héritier, se sont particulièrement bien montrés, et pour nous résumer nous constaterons que dans la marine, comme dans les armées de terre de la Révolution, les ofliciers véritablement improvisés ont trompé toutes les espérances, que les anciens officiers de la marine royale restés au service ont justifié l'avancement précipité dont ils avaient été favorisés.
Les officiers subalternes, la plupart anciens officiers mariniers ou venus du commerce, les officiers mariniers même c’est-à-dire les sous-ofliciers, se montrèrent très médiocres, les matelots furent gauches et novices *. Les canonniers surtout firent preuve de maladresse : Villaret, M. Chevalier relèvent que l’artillerie fut mal servie, comme tous les soldats trop jeunes au service les artilleurs manquêrent de sang froid, ils multiplièrent les bordées avant que l'ennemi fût à bonne portée ou ne prirent pas le temps de viser juste; pas un vaisseau anglais ne fut coulé, pas un ne fut démâté de bonne heure; au contraire, le Vengeur reçut de telles volées qu'il finit par s’engloulir, et les vaisseaux qu'amarinèrent les Anglais avaient été abimés de telle facon que l’amirauté anglaise ne trouva qu’à très bas prix acquéreul: pour ces carcasses ruinées “.
Les uns et les autres montrèrent une vaillance prodigieuse. Outre les traits d'héroïsme déjà cités, Jeanbon en énumérera d’autres vraiment superbes, le 11 messidor aux Jacobins 5, et le 16, à la Conven-
1, Tardy, Morel, Langlois, Dumoutier, Lucadou, Huguet, Berrade, soit 7 sur 10. Nous mettons à part Etienne peut-être ex-oflicier du commerce, peut-être ex-souslieutenant, et qui s’est bien montré.
2. Van Dongen, Keranguen, Blavet, Basire, La Villegris, Renaudin. En regard, il faut mettre la mauvaise conduite de Le Francq, Tiphaigne, Longer.
3. Villaret à Dalbarade, 1* messidor. Voy. BB# 50, fol. 149, rapport du capitaine de la corvette l’Epervier envoyée par Villaret au devant de Van Stabel : 31 malades à bord, pas un homme au courant dela manœuvre, 3 mousses comme gabiers, des novices bretons et ne comprenant pas les ordres du capitaine, lui-même et ses “ofliciers font oflice de matelots.
4. Villaret à Dalbarade, 1° messidor. Voy. aussi BB? 51, fol. 248, prix des carcasses vendues en Angleterre. Le 10 prairial, la frégate Le Castor est prise par une frégate anglaise sans qu’en deux heures de combat ses canonniers fassent éprouver à l’ennemi aucun dommage (BB# 48, fol. 141). Villaret attribue la supériorité des Anglais à leur habitude de tirer à démâter et d'employer les boulets ramés et la mitraille (à Dalbarade, 1 messidor). Mais avant la Révolution ils avaient déjà un tir supérieur CAE Loir, La marine royale en 1789, p. 190).
5. Voy. AFn 295, dossier formé par Villaret d’après les témoignages des capitaines à Hé il a demandé le 8 prairial de lui transmettre tous les traits d’héroïsme à leur connaissance. Voy. Jeanbon aux Jacobins Moniteur, t. XXI, p. 108, le même le 21
messidor, Aulard, Jacobins, t. VI, p. 209 sur le Vengeur, et à la Convention, Mo-
niteur, t. XXI, p. 117; BB# 38, fol. 77, lettre d'un timonier de l’Entreprenant : « Nous nous battions à portée de pistolet, à chaque volée que nous tirions sur l’en-
tion. Le mépris pour les satellites d’un tyran, la volonté de vaincre l'ennemi héréditaire et l'adversaire le plus acharné de la Révolution, toutes les passions entretenues par l’apostolat de Saint-André avaient exalté les âmes et donnèrent à la lutte un caractère d’acharnement inouï. Mais l'enthousiasme ne sufit pas, el, d'autre part, il faut dire qu'au 13 prairial, comme dans la nuit du 9 au 10 à bord du Révolutonnatre, il y eut des indisciplinés et des lâches à tous les degrés de Ja hiérarchie. Dans les armées, les volontaires de 1793 après un premier élan criaient sauve qui peut; à bord de la flotte de Villaret, sur certains vaisseaux, les mêmes hommes qui avaient énergiquement combattu, passant de l’exaltation à la panique, abaissèrent le pavillon sans en avoir reçu l’ordre !.
Enfin le matériel même était défectueux, plusieurs navires avaient des avaries dans leur mâture avant la bataille. Il n’y avait point assez de frégates et de corvettes. Toutes ces constatalions se ramênent à cette autre déjà faite, que c'était là une flotte improvisée.
Toutefois, il est juste de dire que la flotte anglaise ne se montra pas beaucoup supérieure dans l’action, quoiqu’elle se présentât au combat dans des conditions toutes autres. Nous avons noté l’opinion d’après laquelle ses capitaines commirent des fautes le 13 prairial comme le 10. Après la bataille elle ne s’empara pas des vaisseaux démâtés, elle attendit que Villaret les lui abandonnât, et ces trophées lui avaient coûté tant de peine, elle avait été si affaiblie que renonçant- à tenir la mer plus longtemps, elle rentra péniblement en Angleterre. Ce n’est point là le résultat que le gouvernement brilannique était en droit d'attendre des vaisseaux, des amiraux, des : officiers, des équipages qu’il opposait à des navires construits ou réparés à la hâte, à d'anciens lieutenants et sous-lieutenants de vaisseau, à des élats-majors recrutés dans le commerce ou parmi les officiers mariniers, à des matelots et canonniers récemment racolés sur les côtes ou pris dans l’armée de terre.
En définitive, la bataille du 13 prairial était un défaite, mais elle était encourageante pour la France. Elle démontrait qu'avec de nouveaux efforts, après de nouvelles campagnes où se formeraient équipages et officiers, la Révolution arriverait à posséder une marine digne de ses armées et à conquérir l'empire des mers comme celui du continent.
La bataille du 13 prairial n’avait rien terminé. Le 14, Jeanbon,
nemi les cris de Vive la République à bord de nos vaisseaux faisaient retentir les airs, nous avons fait danser la Carmagnole à l’Anglais d'une fière. force. » Voy.
encore Procès-verbal, t. XLV, p. 46. HER es 1. À bord de l’Achille et du Juste ; à bord du Scipion mutinerle. Renaudin, l’héroïque commandant du Vengeur, aurait dû quitter son vaisseau le dernier.
862 LA CROISIÈRE DE PRAIRIAL AN Il
après examen de la situation, avait admis que l'amiral Howe n'était plus à craindre pour le convoi, obligé qu'il était probablement de regagner l'Angleterre. Mais des forces anglaises restaient en croisière sur Ouessant. Le Représentant expédia la frégate la Précreuse au rendez-vous marqué à Van Stabel pour le renseigner sur ce qui s'était passé. Rejoint le 15 par le brick.Za Mouche qui était parti de la Chesapeak quarante-huit jours auparavant, il apprit de la sorte que le convoi ne pouvait être loin, d'autant plus que cet aviso avait croisé quinze jours à la hauteur des Açores !, il prit encore la précaution d'envoyer la Mouche avec la frégate la Galathée au lieu de rendezvous. Quant à la croisière anglaise d'Ouessant, Jeanbon ne savait pas qu’elle appartint à la division Montagu qu’il croyait réunie à Howe le 12 prairial. Pour l’écarter, il écrivit à Prieur de faire sortir l’escadre du capitaine Doré si elle était enfin arrivée à Brest, cette escadre en même temps protégerait la rentrée de Villaret. Puis, la: flotte française traînant à la remorque cinq de $es vaisseaux démätés se dirigea péniblement sur Brest, tandis que l’amiral et le Représentant cherchaient à se rendre compte de leurs pertes et de celles de l'ennemi, et commencaient leur enquêle auprès des capitaines ?.
Doré avait quitté Cancale le 13 prairial, laissant 1,300 hommes de ses équipages aux hôpitaux *. Thévenard l’avait accompagné jusqu'à l'île de Batz avec sa division légère, pour opérer dans les forces anglaises d’Ouessant la diversion prescrite par le Comité de Salut public, et pour l’éclairer au large, les six vaisseaux de Doré ne possédant aucune frégate. Doré arriva à Brest le 15 au soir, il n’amenait que cinq vaisseaux utilisables, le Nestor ayant touché en route sur un écueil. Conformément à la lettre de Jeanbon du 29 floréal, Prieur garda Doré à Bertheaume jusqu’à nouvel ordre avec le Caton et Le Majestueux *. #*, Ni Doré ni Thévenard n'avaient rencontré Montagu, puisque celui- ci, nous l'avons tb était rentré à Plymouth le 11 prairial.
Mais l’amirauté anglaise prescrivit à Montagu de reprendre immédiatement la mer. Il repartit le 14 prairial ÿ, chassa le jour même sur Ouessant des frégates que Prieur avait fait sortir ‘. Le 17, s’approchant de Brest il constata que ni le convoi ni Villaret n’y étaient
1. Ceci peut s'expliquer par l'arrêté du Comité de Salut public pris le 19 pluviôse, non exécuté, mais sans doute communiqué à Van Stabel.
2. Jeanbon note à ce moment dans son Journal que nos signaux étaient connus de l'ennemi, car à peine en était-il fait un que l’ennemi faisait la manœuvre opposée. Le Bastard le réfute, et montre que c’est en voyant nos mouvements s'effectuer péniblement que l'ennemi les devinait et exécutait avec célérité les mouvements contraires.
3. BB? 13, fol. 178, BB3 50, fol. 43, BB* 36, fol. 15, AFrr 172. Le Carpentier, le 19 prairial, écrit au Comité de Salut public qu'étant donné le départ de la division de Cancale, il va revenir à la Convention.
4. BB# 36, fol. 14-15 ; BB# 36, fol. 245, Arch. nat. AF1r 297. Prieur de la Marne au Comité de Salut public, Brest 15 prairial, AF1r 294. BB# 36, fol. 245.