ARRIVÉE DU CONVOI DE VAN STABEL A BREST
commune de Brest, il affirme que le convoi apparut le lendemain du relour de la flotte « avant le jour », c’est-à-dire le 24 prairial au matin ‘, Troude confirme cette date, Gassin el Bompard, Guérin et M. Chevalier donnent la date du ?5, et il est juste de dire que Villaret, Prieur et Jeanbon ont annoncé celte nouvelle au Comité de Salut-public et à Dalbarade seulement le 25 (13 juin) ?.
Ii s’agit de préciser les faits. Le convoi n’a pas mouillé à Bertheaume le 24, comme le dit Jeanbon, mais il a été signalé le 24. Le comman- dant des armes écrit ce jour à Dalbarade : « La tour de Crozon nous a signalé ce malin des vaisseaux de guerre français avec un convoi, ce pourrait être le convoi de l'Amérique septentrionale * »; or il n’est point arrivé du 23 au 25, que nous sachions, d’autre convoi que celui de Van Stabel. Signalé le 24, le convoi franchissait le raz de Sein et entrait à Bertheaume le 25 au matin. Jeanbon peut dire que le convoi est arrivé le 24 avant le jour; Villaret, Prieur et lui ont attendu pour communiquer à Paris cet heureux événement que le convoi fût sur le point d'entrer au port, c'est-à-dire le 25 prairial. Au reste, il importe peu qu’un ou deux jours se soient passés entre le retour de la flotte et la venue du convoi. Le reproche qui fut fait à Jeanbon d’avoir maintenu deux jours la flotte immobile à Bertheaume et sans instructions, et d’avoir laissé de la sorte le convoi exposé aux croisières anglaises du large, ce reproche est sans valeur puisque, comme nous l’avons démontré, Jeanbon et Villaret avaient besoin de deux jours pour. réparer la flotte et voulaient repartir de suite après. Le convoi est survenu dans l'intervalle. Gassin et M. Chevalier assurent que Montagu, pendant ces deux jours, croisait aux abords de Brest : nous avons prouvé que le 24 il rentrait à Plymouth.
La joie des Représentants du Peuple fut profonde. L'événement justifiait les précédents calculs de Jeanbon et Villaret : ils avaient, le 11 et le 12 prairial, entraîné l’amiral Howe vers le nord-ouest, loin du champ de bataille du 10, et Van Stabel le 11 ou le 13 était passé sur ce champ de bataille ; ils avaient, le 13 prairial, accepté un nouvel
1. Accusé par la Dénonciation des citoyens de la commune de Brest d’avoir été triompher le 23 à Brest, à un moment où le « précieux convoi attendu d'Amérique pouvait devenir la proie de l’ennemi victorieux », Jeanbon riposte : « Le précieux convoi d'Amérique mouilla le lendemain avant le jour, au grand déplaisir peut-être de bien des gens » (Réponse à la dénonciation), c’est donc dans la nuit du 23 au 24, à moins qu'il faille entendre : dans la nuit du lendemain du 83, avant le jour suivant, c’est-à-dire avant le 25. -
2. Jeanbon au Comité de Salut public, 25 prairial (AF11 294), Prieur aux Représentants du peuple à Bordeaux, 25 prairial (IVe Reg. de correspondance des Représentants du peuple), Jeanbon à sa femme, 25 prairial (collection Em. Forestié, Montauban).
3. BB3 51, fol. 178. Van Stabel était parti le 22 germinal (11 avril), après beaucoup de retards causés par la nécessité de rassembler le convoi, et ilavait marché très lentement, ralenti par quantité de bâtiments marchands mauvais voiliers. Il arrivait avec 130 navires de commerce dont 116 du convoi (d’après la lettre de Jeanbon à sa femme, 25 prairial), le tout escorté par les vaisseaux Tigre et Jean Bart, les frégates S'émillante, Embuscade, Charente et Astrée. Van Stabel écrit à Dalbarade, le 25 prairial, qu’il ramène 127;voiles, y compris les prises faites en cours de route, qu’il évalue à trois millions (BB# 44, fol. 59).
engagement avec l'ennemi dans l'intention de le mettre hors d'état de tenir plus longtemps la mer, et l'amiral anglais avait dû effectivement, à la suite de la bataille du 13, renoncer à guetter le convoi,et
rentrer dans ses ports. Ils s’attribuèrent tout le mérite de l’arrivée de
la flotte nourricière, ils déclarèrent que leur croisière l'avait sauvée. Dès lors, les pertes éprouvées au 13 prairial n’avaient plus d’importance. Si cette bataille était une défaite la campagne avait réussi, la
campagne constituait un grand succès. Jeanbon écrivit au Comité de:
Salut public le 25 : « Nous avons rempli notre objet, citoyens collèques, la suite de notre combat a été le salut du convoi, et c’est en eniraînant les ennemis à l’ouest que nous avons débarrassé le point sur
lequel il devait passer ‘ », et il pria le Comité de transmettre à sa
femme la lettre suivante, également du 25 prairial, que la Société populaire de Montauban fit aussitôt imprimer et afficher : « ce jour, ma chère amie, est pour moi un jour de joie, et je me hâte de te la faire partager : nous nous sommes battus pour sauver le convoi chargé de subsistances pour la République et nous l'avons sauvé. Il a passé à vingt-cinq lieues de nous, le jour même où nous nous battions, et c’est la précaution que nous avons eue d'attirer l'ennemi loin de la route qu’il devait suivre qui lui.a permis de la parcourir en sûreté. Ainsi notre combat est une victoire, et la plus belle que nous puissions remporter, puisqu'elle assure la subsistance du Peuple ?. » Les premiers mots de cette lettre, la dernière phrase indiquent bien que
c’est de l’heureuse arrivée du convoi que Jeanbon s’autorise pour .
affirmer qu’il à réussi dans sa croisière et qu'en définitive il est vainqueur. Prieur, de son côté, lança de tous côtés des messages hyperboliques de la bonne nouvelle *, et le citoyen Lecomte, chargé naguère des achats de blé en Amérique et revenu à Brest, écrivit à son ami Groussac, maire de Toulouse, une lettre où s’esquisse déjà la légende de la croisière et qui atteste la surexcitation des esprits ‘. A l’en croire, Jeanbon et Villaret avaient tout prévu, tout combiné, et c'était à leurs infaillibles manœuvres qu'était due l'entrée dans la rade de Brest des 116 navires, des 120,000 barils de farine ÿ, grâce auxquels la famine était évitée à la France.
1. Jeanbon au Comité de Salut public, déjà cité, 25 prairial.
2. « Les sans-culottes composant la Société populaire de la commune de Montauban s’empressent de faire connaître à leurs concitoyens les bonnes nouvelles qu’ils ont reçues par le courrier de ce jour. » Suit, intercalée entre des détails fantaisistes sur la bataille, la lettre de Jeanbon à sa femme. « Imprimé par délibération du 5 messidor à Montauban chez Baillio, HORS de la République » (2 p., in-4, collection Em. Forestié).
3. Aux nat du Peuple à Bordeaux, 25 prairial, à Bourhotte à Nantes, (Ve Reg. de correspondance des Représentants du Peuple).
4. Lettre du 25 prairial imprimée le 6 messidor par arrêté du département de la Haute-Garonne (collection Em. Forestié). Lecomte prétend qu’il était à bord de l’escadre le 30 floréal, ce qui est faux puisque le 29 il est arrivé à Brest, et il raconte le 13 prairial avec une hâblerie et un enthousiasme patriotique inouïs.
5. Chiffres donnés par Lecomte, qui ajoute que chaque baril est de 200 livres, et que 100 livres de cette farine valent 125 à 130 livres du plus pur froment.
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