‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 673 sur 889 · PART DU HASARD DANS LE SALUT DU CONVOI · texte numérisé non relu

PART DU HASARD DANS LE SALUT DU CONVOI

Était-ce l’absolue vérité ? Évidemment, puisque le convoi arrivait à bon port, les manœuvres de Villaret et Jeanbon apparaissaient comme couronnées de succès. Cependant, résumons les péripéties de la croisière. Villaret a bien fait d'entraîner la flotte anglaise dans l’ouest le 11 el le 12 prairial; mais il n’est pas certain qu'après la bataille du 13, Howe n’aurait pas pu prolonger son séjour à la mer. A la suite de cette bataille, l'amiral anglais est effectivement retourné en Angleterre, il a disparu du théâtre des opérations. Mais il restait la division Montagu qui suflisait à mettre le convoi en péril : la diversion tentée contre elle par Thévenard avait échoué, une première sortie de Doré. ne réussit pas à l’éloigner, une seconde fut empêchée par les vents contraires, et c’est une chance que Villaret ait trouvé, en revenant à Brest, Montagu sur son passage. Même après cette rencontre, rien n’empêchait Montagu, qui s'était dérobé, de se reporter sur la route du convoi tandis que Villaret rentrait à Bertheaume. Se heurtant à Villaret après avoir rencontré Doré, Montagu a eu peur d’être cerné par eux et s’est esquivé. Pourtant la coïncidence était purement fortuite, et, si le contre-amiral anglais l'avait jugée telle il serait revenu aux abords de Brest du 22 au 25 prairial, pendant que Doré était cloué au rivage par les vents contraires, pendant que Villaret mouil-, lait à Berthaume et réparait ses avaries à la hâte, et il aurait pu enlever le convoi à la vue de nos côtes. Certes, Villaret et Jeanbon à la mer, Prieur, le commandant des armes et Doré à Brest, et de Paris le Comité de Salut public et Dalbarade ont fait pour le mieux, mais sans le concours d’un hasard favorable ils auraient complètement échoué.

En définitive, victorieux dans l’action du 13 prairial, les Anglais n'avaient pas réussi à intercepter le convoi, but essentiel de leur sortie. Se plaçant à ce point de vue, le capitaine de frégate Degouy constate que l'avantage stratégique nous restait !. De partet d'autre de la Manche on triompha bruyamment : le gouvernement britannique ne voulut voir que le fait d'armes de sa flotte et les trophées qu’elle ramenait à la remorque, le gouvernement français insista sur le salut du convoi. A vrai dire, chacun des belligérants remportait un demi-succès : pour l'Angleterre il importait peut-être davantage de consacrer sa supériorité sur les mers, et pour le Comité de Salut public à cette heure de prévenir la révolution de la faim. Rappelons aussi que pour le Comité de Salut public, la campagne de prairial an II ne rentrait pas dansles plans d'opérations offensives dont il attendait la conquête des mers, ce n’était qu’un accident fortuit, et cette défaite pouvait se réparer. Cependant, pour l'opinion publi-

1. Degouy, La stratégie navale. Revue des Deux-Mondes, juillet-août 1889, déjà cité, p. 789.

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que, pour la foule des citoyens ignorants des desseins du Comité et = de l'importance exacte des fails, il n'était pas indifférent que les Nes premiers sacrifices consentis par la nation pour sa marine eussent 2bouti à un combal malheureux et à la perte de sept vaisseaux. |

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