‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 68 sur 889 · Le Livre rouge neuf · texte numérisé non relu

Le Livre rouge neuf

GUERRE DE RELIGION DANS LE Mibt 69

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Le soir même du 10 mai el les jours suivants, tandis que, d'après les traditions locales, certains protestants se barricadaient chez eux et s’armaient, décidés à vendre chèrement leur vie, il se produisit un véritable exode de la masse des réformés ‘; des membres du Consistoire, Fonfrède Robert, durent s'enfuir ?. Quant à Jeanbon Saint- André, il semble qu’il ait été menacé tout particulièrement ?, soit à cause de sa correspondance avec Saint-Étienne, soit parce que sa maison était toute voisine de la scène du massacre ‘, ou peut-être était-il un des chefs du parti protestant et révolutionnaire, quoique rien ne nous révèle son action du 1°" février au 10 mai à. Toujours est-il qu’il s’éloigna précipitamment, sans ressources ‘ ;

nous ne savons ce qu'il devint et ses fidèles ne le surent pas davantage ‘, jusqu’à la fin de juin où nous le retrouverons à Toulouse.

Les réformés étaient bien avisés de s'enfuir, le conflit du 10 mai n'avait pas calmé la populace, et l’'émigration des industriels généralisant le chômage menaçait de prolonger ses souffrances À ; aussi les dragons prisonniers restèrent incarcérés, el la tête de Saint-

: 1. L’émigration, d’après les chiffres les plus élevés, aurait été de plus de 4,000 personnes (rapport Vieillard, p. 46). Le club de Montauban écrira le 12 octobre 1790, à Poncet-Delpech, à propos du départ du régiment de Touraine, successeur de Languedoc et favorable aux patriotes, que « ce déplacement opérerait nécessairement l’'émigration de plus de 1,000 chefs de maison ».

2. Brouillon de lettre du Consistoire à Jeanbon, à Bordeaux, 26 septembre 1790. Arch. du Consistoire.

3. Lettre de Jeanbon à son collègue à la Convention, Porcher (Moniteur, t. XXII, p.691). Dénonciation par le Comité révolutionnaire de Montauban contre Cieurac, du 15 ventôse an Il (L108 Arch. Tarn-et-Garonne). Enfin, tandis que Fonfrède reprendra le culte à Montauban le 12 septembre, Jeanbon restera encore éloigné, et le 26, le Consistoire lui écrira qu’il espère le revoir « dès que les circonstances favorables pourront le permettre » (Arch. du Consistoire).

4. Il habite rue de la ci-devant Trésorerie, près l'Hôtel de Ville (catalogue des membres de la Société des Amis de la Constitution, Arch. commun.) Au 14 mai 1792, il habitera rue Cour-de-Toulouse, n° 42 (d’après M. Em. Forestié), et de nouveau rue de la Trésorerie en 1795 (recensement de l’an IV, Arch. commun).

5. Le 3 mai, il bénit un mariage, puis sa signature disparaît du registre des mariages et baptêmes jusqu’au 17 décembre (Arch. de l’État civil à la mairie).

6. « Forcé de fuir ...… réduit, par la précipitation même de ma fuite au plus affreux dénuement (Jeanbon, au Consistoire de Montauban, de Bordeaux, 7 octobre 1790). Le plus curieux, c’est que Mallet du Pan écrira de lui, le 8 mars 1794 : « auteur du massacre des catholiques dans Montauban, en 1790 » (Mémoires et Gorrespondance, édit. Sayous. Paris, 1851, 2 vol. in-8, t. Il, p. 45).

7. Brouillon de résolution du Consistoire, 14 mai 1790 ; brouillon de lettre du Consistoire à Jeanbor, à Bordeaux, 26 septembre (Arch. du Consistoire).

8. Dans la lettre du club du 12 octobre 1790, sur les conséquences qu'aurait le départ du régiment de Touraine, on lit que les 1,000 chefs de maison qui émigreraient, « font vivre par leur industrie, au moins 6,000 ouvriers qui se trouveraient, par là, réduits à la plus affreuse misère ». Voy. aussi P. « extrait d’une lettre authentique sur l'affaire de Montauban » (Journat de Bordeaux du 9 juin 1790).

André et de plusieurs de ses coreligionnaires fut mise à prix. Une proclamation pacifique lancée le 11 mai par la municipalité effarée n’eut aucun succès. D’ailleurs, parmi les chefs de la contrerévolution à Montauban, certains voulaient garder le peuple en armes et le tenir en haleine : il suffit de lire l'exposé très franc de l’un d’eux. : M. d’Elbreil, pour comprendre que Montauban fut destiné, dans l'esprit des royalistes les plus exaltés, à provoquer et diriger une insurrection catholique et monarchiste !; appuyés sur la foule et le régiment de Languedoc, les réactionnaires sollicitèrent le.commandant militaire de Haute-Guyenne, M. d'Esparbès ?, de se mettre à leur tête. L'occasion de déchaîner la guerre civile s’offrait à eux : les protestants fugitifs avaient écrit aux Bordelais avec lesquels ils étaient en relations d’affaires, en communion d'idées, et dont la garde nationale avait un pacte fédératif avec celle de Montauban; Jeanbon, notamment, s’était adressé à son ami Pierre Sers, alors très influent à Bordeaux *, et un détachement de quinze cents hommes de la garde nationale bordelaise avait été envoyé à Moissac, avec ordre de s’y arrêter et attendre les ordres de l’Assemblée nationale. La municipalité de Montauban, tout en assurant l’Assemblée nationale de son innocence et le camp de Moissac de son intention de libérer les prisonniers, sollicita des renforts des villes voisines, se prépara au combat; la populace, furieuse de l'intervention d’une cité étrangère, s’unit plus étroitement à ses magistrats “ et s’opposa à . l'élargissemeut des captifs. Mais, M. d’'Esparbès tout en se prétant

à la défense contre les Bordelais , refusa de se faire le chef d’un

1. D’Elbreil, à propos dé la station -des Bordelais à Moissac, dit : « Nous né songions qu'à nous défendre d’une attaque injuste et illégale, mais, délivrés de l’unique objet de nos préoccupations par la retraite de l'ennemi, nos esprits s’exaltèrent, et nous nous crûmes appelés à donner l'impulsion à un mouvement qui pouvait avoir des résultats favorables à la monarchie. Il fallait, selon nous, que le général commandant pour le Roi dans la ville et la province, M. le comte d’Esparbès, profitât des bonnes dispositions du peuple et des troupes placées sous ses ordres, et qu’il se mit à la tête du mouvement ...….. De nombreux volontaires se seraient présentés pour auxiliaires, et le régiment de Languedoc, qui était en garnison à Montauban, où il fraternisait tous les jours avec les habitants dont il partageait les opinions, eut été fier de former le noyau d’une armée libératrice » (op. cit., p. 32).

2, D’Esparbés, comte de Lussan (J.-J. Pierre), seigneur de la Mothe Bardegères, né le 1° décembre 1720, à Montauban, lieutenant en second au régiment de la marine en 1738, était lieutenant général depuis 1780 et commandant en Haute-Guyenne depuis 1788 ; commandant dans la 20° division militaire (1er avril 1791), commandeur de l’ordre de Saint-Louis, gouverneur général de Saint-Domingue (6 juin 1792), et grand’ croix de l’ordre de Saint-Louis, rentré en. France le 5 décembre, mis en accusation par décret du 4 février 1793, acquitté le 30 avril par le tribunal révolutionnaire, retiré à la Mothe-Bardegères, y mourut le 12 mars 1810 (Arch. de la Guerre).

3. Lettre de Jeanbon à Porcher, déjà citée. Mémoire adressé le 20 brumaire an III, en faveur de P. Sers à Jeanbon, par le citoyen Guérin de Bordeaux (Arch. commun., Toulon, série D).

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