RIGUEURS DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE DE BREST
et le 10° de longitude ouest, en se reliant toujours au port de Brest !. Ce projet était bien harmonie avec les idées de Saint-André et devait faciliter l'instruction tactique des états-majors et équipages. Mais le lendemain 6 messidor, écrivant à Villaret, Dalbarade n’ordonna de croisière que pour les bâtiments légers de Brest : douze frégates, neuf corvettes, à disposer de la côte d’Espagne à celle d'Angleterre, et du cap Clar au littoral français, de façon à tout intercepter et à empêcher les navires ennemis de venir sur nos atterrages ; de plus, -les projets de croisière sur Terre-Neuve et dans les mers d’Alle< magne recevraient leur complète exécution, ainsi que celui de l'envoi du vaisseau rasé l’Experiment sur les côtes de Guinée, expédition arrêtée par le Comité de Salut public le 4 prairial. Quant à la flotte proprement dite, Dalbarade ne lui assignait aucun rôle, et il disait à Villaret : « Sois tranquille sur la sortie de l’armée, elle ne mettra en mer que pour des opérations majeures ou pour anéantir à jamais l'Anglais ?. » Il y a là un revirement que peuvent expliquer l’abandon de l'expédition de Zélande et la demande faite au même moment par le Comité de Salut public au général Moulin, commandant l'armée des côtes de Brest et de Cherbourg, de 20,000 hommes pour l'expédition de Saint-Malo * : le Comité de Salut public se décidait à exécuter incessamment la descente à Jersey ou en Angleterre. Parallèlement à ces dispositions, Jeanbon et Prieur maintenaient à Brest la Terreur, et toujours par les mêmes procédés. Pour entretenir la ferveur patriotique de la colonie révolutionnaire, ils ordonnaient le 5 messidor pour le 23 thermidor la célébration de la fête anniversaire du 10 août. Ils organisaient le 30 prairial sur la place de la Liberté des réjouissances pour fêter l’heureux retour du convoi : « La place a été illuminée et le peuple a dansé toute la nuit au son des musettes et des violons », dit une relation de la cérémonie. Tous les soirs d’ailleurs, c'était bal accompagné de chœurs patriotiques autour de la Montagne et de « l’arbre chéri » de la Liberté *. Le tribunal révolutionnaire, d'autre part, continuait son œuvre, stimulé qu’il était par l’affreuse loi du 22 prairial. Le nombre des condamnations à mort n’augmentait pas à vrai dire. Depuis la rentrée de Jeanbon, le 23 prairial, jusqu’au départ de ce Représentant, le 6 messidor, (11-24 juin), nous relevons les sentences suivantes :