‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 689 sur 889 · AFrr · texte numérisé non relu

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7. Fol, 24 verso. Reg. du tribunal, Ile Rec. d’arrêtés des Représentants du peuple,

JEANBON RENTRE À PARIS 889

à Dubois-Crancé, son ami, de passage à Brest, Jeanbon communique son «effroi » des mesures qu ‘adoptent quelques-uns des membres du gouvernement !.

Mais Saint-André m'était plus le maître de celte colonie révolutionnaire qu’il avait fondée. Les fêtes en l'honneur du retour du convoi ne donnaient pas le change sur l'issue de la bataille navale. Il y avait bien eu d’abord une période d’allégresse et d'enthousiasme indescriptible après la rentrée de l’escadre et l’arrivée de Van Stabel : les patriotes se disputaient l'honneur de porter les blessés aux hôpitaux, les femmes jetaient des fleurs, des feuilles de chêne et de laurier à pleines mains sur le passage des brancards, les blessés ranimés par les acclamations se redressaient pour chanter la Carmagnole avec les spectateurs, et cette scène se renouvela durant plusieurs jours : « C’est une entrée triomphale qui transporte et enflamme toutes les âmes, écrivait Lecomte à Groussac, tous les visages sont mouillés de larmes ? ». Puis la vue d’une flotte très avariée et amoindrie de sept bâtiments troubla les esprits, on se prit à penser aux nombreux morts, à la quantité des marins capturés avec les sept vaisseaux et emmenés dans les cantonnements anglais par les vainqueurs; les officiers mécontents, ceux qui étaient inculpés, accusèrent le Représentant et Villaret d’avoir abandonné de propos délibéré les navires démâtés, beaucoup parmi les équipages et officiers ne pouvant s’ex-

‘pliquer cet abandon en exprimèrent leur indignation, les blessés sur leur lit d’hôpilal la criaient dans leur délire *. Plus les cœurs s'étaient enivrés d'espérance lors de la sortie, plus l’élan patriotique avait été puissant, et plus la déception fut amère au retour. La vue des denrées du convoi débordant des magasins sur les quais à perte de vue fut d’un effet minime en comparaison des pertes subies.

D'ailleurs, ces matelots, soldals et officiers très jeunes et sans endurance, avaient emporté à la mer le germe des maladies épidé-

et Justice, humanité. Le citoyen Girard fils, homme de loi, auæ amis de la justice et de l'humanité (Bibliothèque du Port, Brest). Girard est un de ceux qui sont exclus pour tiédeur et il le rappelle dans cette brochure en Pan IT.

1. Réponse à la dénonciation des citoyens de la convmune de Brest, la phrase est relative à Dubhois-Crancé et Alquier, nous l’avons déjà citée à propos dAlquier (Voy. p. 774}. Dubois-Crancé se trouvant à Rennes avait été invité le 22 germinal par Jeanbon « à venir faire un tour dans ce pays, c’est le moment favorable et je te verrai arriver avèc le plus grand plaisir » (IVe Reg. de correspondance, Brest). Il est à Brest le 23 prairial et s'occupe de l’embrigadement des troupes.

2. Lecomte à Groussac, 25 prairial déjà cité. Jeanbon a réquisitionné pour les blessés des lits chez les citoyens (AFn 102) et la literie qui se trouve chez les personnes en état d’arrestation (ibid.). Les membres de la Commission administrative du Finistère ont offert de recevoir des blessés dans leur famille (ibid.). Il a fallu loger 1,200 blessés ou malades sous des tentes (Cambry, Voyage dans le Finistère, t. II, p.127). Sur l’enthousiasme qui suit la rentrée voy. dans Levot, Stances sur la vicloire remportee sur l’escadre, à chanter sur l'air des Marseillais et adressées le 30 prairial à Prieur : le refrain donne une idée de l’œuvre :

« Jeanbon sort, les Anglais sont battus, « Tout le convoi mouille, et des mers les tyrans ne sont plus » (Levot, p 258).

3. B. Bernard, Les colons à Brest, France maritime, t. II, p. 396,

miques dont l’escadre était déjà menacée en germinal, et qui ravageaient la division Nielly et la division Doré; l’exaltation patriotique, la haine furieuse de l'Anglais les avaient surexcités pendant quelques semaines, un succès les aurait soutenus, la défaite leur enleva toute force de résistance, et l’énergie faisant place à la prostration, tous furent une proie facile pour la contagion. L’épidémie reprit donc subitement avec une violence extrême, et dans les premiers jours de messidor les hôpitaux se remplirent, Jeanbon et Villaret virent fondre les états-majors et équipages ‘. La population elle-même, docile au joug du Représentant du peuple tant qu’elle avait espéré par lui, ne le supporta plus dès lors qu'impatiemment, les habilants d’origine brestoise restés secrètement fédéralistes s’agitèrent. Si Jeanbon avait eu pour lui les terroristes il eut facilement pu réagir contre ces dispositions malveillantes, mais précisément Lucadou, Philippe Barère et autres clubistes menaient contre lui le chœur des clameurs, le Comité de surveillance faisait campagne avec eux, ils étaient soutenus, semble-t-il, par Guermeur que le Représentant avait envoyé à Carhaix ?. La commune de Lorient, de son côlé, continuait à marquer à Jeanbon son hostilité *. Saint-André voulut-il devancer à Paris ses dénonciateurs, ou simplement faire au Comité de Salut public et à la Convention son rapport sur la croisière? Peut-être soupconnait-il simplement l'existence de la cabale montée contre lui sans en convaître les détails, peut-être ne se dessina-t-elle nettement que lorsqu’il se fut éloigné. Toujours est-il qu’il partit pour Paris le 5 ou le 6 messidor (23 ou 24 juin 1794). Il allait bientôt s’apercevoir que, suivant le mot de Richelieu, « qui quitte la partie la perd ».

Il laissait la Bretagne absolument épuisée du grand effort qu’il avait exigé d'elle. Un an plus tard, on résumera comme suit l’état du pays : il n’y a plus de bois : Brest, Lorient, les salpétreries l'ont consommé en entier; plus d'industries autres que celles nécessaires à la marine; plus d'armes : toutes ont été ramassées par mesure de précaution et pour servir à la défense nalionale, en sorte que les cultivateurs ne peuvent protéger leurs troupeaux contre les loups et leurs terres contre les sangliers ; plus de jeunes gens dans les campagnes : tous ont été requis pour la flotte ou l’armée; les autres

1. BB 51, fol. 187, 195 ; l'épidémie est en partie causée par la malpropreté des entreponts qui subsiste malgré lés ordres de Jeanbon (BB3 13, fol. 294).

2. BB? 59, fol. 148, arrêté du Comité de Salut public du 17 messidor que nous verrons plus loin. Le 5, Jeanbon et Prieur envoient Guermeur à Carhaix pour étudier les querelles qui divisent cette commune (AF1 58) et il y reste huit jours. C’est sans doute avant cette date que Guermeur intrigue contre Jeanbon (larrêté du Comité de Salut public relatif à ses menées étant du 17, quatre jours après son retour à Brest). Peut-être Jeanbon l’a-t-il envoyé à Carhaix pour s'en débarrasser.

3. Le club de Lorient écrit le 18 prairial à Jullien pour justifier sa conduite (D# 9 fol. 157 recto. Arch. commun. Lorient). Le 5 messidor, Jeanbon tance à nouveau le Comité de Surveillance de Lorient (AF117 125). Le 4, le club envoie une adresse de félicitations à l’escadre sur les combats de prairial, pas un mot de Jeanbon dans cette adresse (Reg. de correspondance du club D# 10. Arch. commun. Lorient). Noter que le décret du 22 prairial choisit un juge et deux jurés pour le tribunal révolutionnaire de Paris parmi les Jacobins de Lorient (Campardon, t. I, pp. 343, 336).

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