SON RAPPORT À LA CONVENTION SUR LA CROISIÈRE
paysans, requis avec leurs chevaux pour des travaux de tout genre
et pour les charrois, négligent les soins à donner à la terre.
La population dans les petites villes est tellement sauvage et misérable que toute personne qui passe en voiture est prise pour un Représentant du peuple !. Il est vrai qu'au mois de messidor an II, l’état des choses était moins lamentable, l’année de misère que fut l'an IIT a dû singulièrement augmenter le mal. Il faut observer aussi que lorsque Jeanbon quitta Brest, il n'avait plus de gros sacrifices à demander aux départements bretons puisqu'il avait déjà porté la marine de l’Atlantique-.à des effectifs considérables, et que les constructions qui devaient la renforcer de nouvelles unilés de combat étaient loutes engagées. Mais il est certain que dans la situation où se trouvait cette région il fallait que le gouvernement demeurât prodigieusement énergique et fort pour réussir à obtenir de ses habitants le supplément de ressources nécessaire à la restauralion définitive de notre marine de l'Océan.
Saint-André était à Paris le 11 messidor (29 juin). Il parut à cette date aux Jacobins, reçut l’accolade du président, Louis du Bas-Rhin, et, accueilli par des applaudissements, il fit le récit de la campagne navale en insistant sur cette idée qu'elle avait eu pour but de sauver le convoi et en montrant que ce but était parfaitement atteint. A la vérité, dans la chaleur du discours probablement, il s’écarta beaucoup, pour l’exposé des dernières péripéties de la croisière, de la teneur de son Journal : après la bataille navale, il avait, dit-il, mené la flotte au devant de la division anglaise d'Ouessant, et, après avoir poursuivi celte division « à la distance convenable », il avait levé la
chasse « pour aller au-devant du convoi et le conduire au port ». Il
concluait : «avant de partir de Brest, j'y ai laissé une flotte formidable... Les travaux s’y continuent avec la plus grande activité. Les ouvriers travaillent comme les soldats se battent. Je ne doute pas que nous ne soyons vainqueurs sur mer comme sur terre, et la République affranchira cet élément de la tyrannie anglaise ?. »
Le 14 messidor (2 juillet), il était à la Convention. Il y occupa le
fauteuil pendant une absence du président Elie Lacoste, et le jour
même reprit sa part des travaux du Comité *.
1. Cambry, Voyage dans le Finistère, t. 1 passim, Du Chatellier, Brest et le T'inistère sous la Terreur, pp. 90-91.