e Reg. de la municipalité fol. 178, 25 fructidor an Il
et mariniers du Tarn étaient requis pour transporter à l’armée des Pyrénées Orientales les grains, les denrées et le matériel de tout genre, que les rouliers avec leurs attelages étaient affectés aux charrois militaires, qu’enfin des tonneliers de Montauban avaient été envoyés à Brest sur réquisition ‘. Montauban était devenue une gigantesque manufacture de l'Etat, approvisionnée de matières premières par le gouvernement, ayant le gouvernement pour client. Le salaire, lemploi du temps étaient réglés, comme la ration de pain à laquelle chacun avait droil chez le boulanger et l'heure à laquelle il devait se présenter pour la préndre. La « barloque », la grosse horloge de la ville, réglait cette vie uniforme. Aussi l’activité de l’industrie montalbanaise était prodigieuse : du 28 nivôse an II au 15 frimaire an IN (17 janvier 1794-5 décembre 1795), il fut fabriqué 6,557 pièces de cadis, dans l’espace d’une année 8,000 cuirs ; et cependant quantité d'ouvriers étaient partis à l’armée ou pour servir dans la marine, les autres étaient souvent détournés de l'atelier par le service de la garde nationale ou les récoltes à ramasser, plusieurs patrons avaient disparu, d’autres manquaient de capitaux ?.
Cette situation avait, comme à Brest. une situation analogue, affermi dans Montauban le gouvernement montagnard. Le peuple des ouvriers avait le salaire et le travail assurés, le pain l'était moins, mais la pénurie à ce point de vue était la même pour tous, et les Représentants qui passaient à Montauban, Baudot notamment, répétaient aux ouvriers dans la Société populaire qu’ils étaient les égaux de leurs patrons, qu'ils devaient profiter autant qu'eux des
“bénéfices, que les riches et les accapareurs étaient des criminels *.
Les ouvriers remplissaient la Société populaire, plusieurs d’entre eux figuraient au Comité de Surveillance et parmi les autorités, ils s’enorgueillissaient de contribuer par leur travail à la défense nationale et d’être les soutiens de la République. Les patrons étaient certes beaucoup moins heureux, mais, s'ils étaient attachés par la loi à leurs manufactures et très surveillés, ils avaient la compensation de commandes et de bénéfices assurés *#.
1. Reg. de la municipalité, fol. 169; É. Forestié, Éphémérides montalbanuises ; récit
. manuscrit dans la collection Em. Forestié.
2. 2° Reg. de correspondance de la municipalité, 15 frimaire an III; 1er Registre, 22 ventôse an II. Les fabriques de drap occupent 5,500 ouvriers (ibid.).
3. Discours de Baudot : « Il est temps enfin que le pauvre devienne riche et le riche devienne pauvre. Les ateliers ne sont-ils pas montés? Les matières premières ne sont-elles pas dans les magasins? Chassez ces riches, emparez-vous de tout, et s'ils veulent enfin se rendre utiles à la patrie, accordez-leur une place pour travailler à vos ordres » (adresse du club de Montauban à la Convention, 24 prairial an Il dans le Recueil factice pour l’histoire de la Révolution à Montauban, Arch. commun.). La municipalité réactionnaire de l’an IV écrira le 23 vendémiaire : beaucoup d’ouvriers ont été pervertis « par les démagogues furieux, par les orateurs des clubs qui leur ont laissé entrevoir l'égalité des fortunes » (AFu 72). L'adresse du club du 24 prairial an LIT dira que les négociants ont « été rendus odieux ».
4. Les vieilles maisons de commerce, les fabricants et négociants suspects ou réduits à abandonner leur travail comme contre-révolutionnaires jalousent ceux qui se sont ralliés à la Révolution et en profitent. Jeanbon et Gautier persécutaient « les
Le gouvernement du parti montagnard dans Montauban est marqué par les mêmes incidents que dans la plupart des villes : mesures très énergiques et très bien conçues des autorités pour remédier à la disette et faire régner l’ordre, culte officiel de la Raison auquel succède celui de l’Être Suprême, persécution des prêtres assermentés jusqu’à leur abdication, fêtes patriotiques destinées à compléter l’enseignement et les rites de la religion civique que les décrets de la
Convention ont établie. Et ces fêtes consistent, comme partout, en
cortèges et cérémonies allégoriques au cours desquelles les principaux clubistes prononcent des discours : telles sont l'inauguration solennelle des bustes de Brutus, Marat et Lepelletier, en l'honneur desquels parle Poncet-Delpech l’ancien Constituant, l’apothéose au Temple de la Raison des Montalbanais morts aux frontières où officie le même Poncet-Delpech, la fête de l'Être Suprême où le trop fécond poète de la Société populaire, Pastoret, déclame une ode de sa composition sur l'existence de Dieu ‘.
À son passage à Montauban durant le mois de ventôse, le Repré-
sentant Bô a épuré les autorités et réduit le Comité de Surveillance
de trente à dix-sept membres pour assurer plus de rapidité à ses délibérations ?. Mais il a maintenu en fonctions les principaux partisans de Jeanbon : le maire Périès-Labarthe, les juges de paix Gautier, Derey, Malfre, le district et son tribunal dont Poncet-Delpech demeure président ; parmi les officiers municipaux figure Bosquet l'aîné, l'ami de Jeanbon, parmi les notables Claude Lanié, allié à sa famille, et son beau-frère Belluc Jeanbon. Bô a remanié la liste des détenus dans un évident esprit de clémence, il a fait sortir de prison et mis en surveillance chez eux un certain nombre de suspects, il en a élargi d’autres, notamment Fonlanel cadet, Frezières et Pecourt anciens municipaux; à Cahors, il a rendu la liberté à la plupart des membres de l’administration départementale fédéraliste du Lot incarcérés par Taillefer ou Paganel; il a tiré des cachots pour les laisser simplement en surveillance chez eux, Combes-Dounous l’ancien président, Sartre
négociants anciens, solides et probes, tandis qu’ils encourageaient ceux qui avec zéro et des brigandages entassaient des millions » dira un thermidorien (dénonciation de Selves, floréal an III. Recueil factice pour l’histoire de la Révolution à Montauban). « Plusieurs gens de bien ont abandonné le commerce, tombé depuis dans les mains des agioteurs qui ont voulu proportionner leurs bénéfices aux désagréments et aux dangers de leur profession » (adresse du club du 24 prairial an IP).
1. Registre de Poncet-Delpech, pp. 549, 550, 551 (collection Em. Forestié). Recueil factice pour l’histoire de la Révolution à Montauban (Archives communales).
2. Livre Jaune, p. 321; Bô envoyé le 5 pluviôse dans le Cantal et le Lot pour y établir le gouvernement révolutionnaire (Aulard, Acées du Comité de Salut public, t. X, p. 422). BÔ né à Mur de Barrez (Aveyron) en 1743, médecin, député de l'Aveyron à la Législative et à la Convention, chef du bureau des émigrés au ministère de la police sous le Directoire, reprit l’exercice de la médecine à Fontainebleau du 18 brumaire au 15 mai 1814, date de sa mort. (Aulard, ibidem, t. IV, p. 382), Voy. 2e Registre de correspondance du club ou Registre B à la date du 5 germinal et Procès-verbal de la Convention, t. XXXIV, p. 392, t. XXXV, p. 77 les adhésions des Montalbanais à la chute des hébertistes; bid., p. 165, on voit que les biens d'émigrés se vendent avec succès à Montauban.
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lex-procureur général syndic de cette administration ‘, Sartre du reste, pour obtenir davantage, affiche dans un mémoire du 3 prairial les opinions d’un fervent montagnard. Bô n’a donc point été d’un terrorisme farouche, malgré sa pression sur les prêtres assermentés pour leur extorquer l’abdication du sacerdoce ?, malgré quelques arrêtés absurdes tels que l’ordre de démolir tous les clochers, les clochers étant pour le Représentant des signes de superstition *. Le
tribunal criminel du département a condamné à mort le 11 germinal trois individus, mais ils avaient essayé le 4 germinal d’assassiner BÔ
lui-même *.
Sans doute, à Montauban, il y a une foule de gens incarcérés dans les prisons, les montagnards s’acharnent contre les auteurs du 10 mai, le Comité de Surveillance envoie le 15 ventôse au Comité de Salut public et au tribunal révolutionnaire, à propos de Cieurac, un réquisitoire exaspéré. Bien plus, tous ceux des complices de Cieurac laissés jusqu'alors en détention chez eux sont mis à cette époque en prison, quelques-uns même en cellule, sauf l'avocat Mialaret chargé d'enfants et l’ex-procureur Vignals presque aveugle, et quand le 6 germinal on apprend que Cieurac a été condamné à mort le 26 ventôse, le Comité de Surveillance demande au Comité de. Salut public s’il ne doit pas dénoncer à Fouquier-Tinville les collègues de « ce cannibale Ÿ ». Enfin, dans la démocratie protestante qui forme le noyau du parti révolutionnaire à Montauban subsiste le souvenir des perséculions passées : le 10 floréal, sur la proposition de France, lieutenant de la gendarmerie, le club décide de poursuivre la réhabilitation du pasteur Rochette et des deux frères Grenier, la restitution de leurs biens et des secours à leur famille ‘; lorsque le 4 messidor l’ex-curé de Caussade qui a, l’on s’en souvient, célébré une messe pour l’âme de Louis XVI, est condamné à mort à Paris avec quinze personnes qui avaient assisté à cette cérémonie, on
1. Livre Jaune, pp. 321, 323, 324; 1er Reg. de correspondance de la municipalité, 22 ventôse ; Lxxvi Arch.Tarn-et-Garonne : Ménroire contenant l'exposition de la conduite qu’a tenue Marc-Antoine Sartre aîné, cultivateur, habitant de Montauban, depuis le commencement de la Révolution jusqu'à ce jour, 83 prairial an II, p. 11, 40p. in-8, collection Em. Forestié, déjà cité.
2. Aulard, Actes du Convité de Sulut public, t. XI. p, 622, 2° Reg. de correspondance du club de Montauban, 22 ventôse, 5° Reg. du club, 18 ventôse; Lxx fol. 82- 86, Arch. Tarn-et-Garonne, Lxvi fol. 93 ibid. Abdiquent : Labrousse curé, et Grimal, vicaire de Saint-Jacques, Lugan curé de Saint-Orens, Saint-Sardos vicaire de Sapiac, Calmel curé de Bressols. Le 18 floréal, le club de Moissac décide que les statues des saints seront envoyées à l'atelier du salpêtre (fol. 16 recto. 2° Reg. du club. Arch. commun. Moissac). :