Brun, op. cit., t. Il, p
2. Brun, t. Il, p. 269, confirmé par les archives communales de Toulon. Marine, BB* 42, fol. 102 (la division Martin dans sa sortie de prairial ayant repris la frégate l'Alceste offre ses parts de prise à la République), Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XII, p. 379; v. aussi le Procès-verbal, t. XXX VI, p. 189, t. XL, p. 290, pour les localités des environs.
3. AFu 144, BB3 62, fol. 139, Henry, t.Il, p. 168. Brun, t. II, p. 262.
ployer les marins du littoral méditerranéen sur place. Les étatsmajors qui viennent des côtes de l’Océan sont d'effectifs insuffisants, et naturellement aussi peu expérimentés que ceux qui restent en service sur l’escadre de Brest. Par contre, des charpentiers, des calfats ont par l'intrigue, par la faveur, obtenu des commandements où ils se révèlent comme tout à fait incapables !. AS
Les matériaux de toute sorte font encore défaut. On ne trouve pas de locaux où les entreposer. Il a fallu remplacer par l’ancienne école des gardes-marines le magasin général qu'ont incendié les Anglais, et établir dans une église le service des vivres, dans une autre les forges. De même, on a dû transformer en ambulance la maison de l’inlendant pour dégager les cinq hôpitaux déjà existants, On réclame de nouvelles cales de construction à ajouter aux cinq qui sont en service : le Comité de Salut public, pour leur faire place, autant que pour exéculer le décret du 9 nivôse, a ordonné de jeter bas quatre pâtés de maisons attenant à l’arsenal sur le port marchand ?, et l’ingénieur Touffaire qui a des plans grandioses a proposé le 16 prairial de raser également le bureau des armements, la consigne, le grand hangar aux bois; mais seul ce dernier édifice a été abattu et la démolition des quatre” pâtés de maisons n’est pas achevée ÿ.
Le développement de la colonie révolutionnaire est entravé par blé des obstacles. C’est vraiment une cité improvisée. La foule des étrangers qu’on y à transplantés ignore tout du pays : usages, ressources et le patois même. Il a fallu cependant recruter parmi les nouveaux venus les autorilés constituées, puisque les indigènes dignes de confiance sont trop peu nombreux; aussi la commission municipale et le Comité de surveillance sont fort inexpérimentés *. L'administration de la marine est improvisée comme la colonie révolutionnaire, dans tous les services on manque d’ordre et de surveillance, chaque chef de service est abandonné à lui-même et agit au petit bonheur, il n’y a ni unité de plan ni efforts concertés, tout se fait au jour le jour . Au reste, comme aucun succès n’est encore venu donner aux esprits de légitimes espérances, le zèle et la bonne volonté ne, sont point suffisamment encouragés.
Et malgré les origines du Port la Montagne, la population et le personnel maritime n’y sont point absolument homogènes, Ils’ y trouve des royalistes, des fédéralistes, des prêtres réfractaires qui se dissi-
1. 11 y a des écoles à la Ciotat, Antibes, Heraclée (Saint-Tropez), Agde, Martigues, Narbonne, Collioure (arrêté du Comité de Salut public du 23 thermidor élevant le traitement des professeurs, AF*ir 140). Sur les charpentiers etc., promus commandants, v. la lettre de Martin du 25 pluviôse. -
2. Henry, Guide toulonnais, p. 79; Brun, t. Il, pp. 246, 262; arrêté de Jeanbon du 14 pluviôse an III sur les hôpitaux (L1##* Arch. Var). Arrêté du 1° messidor, AFIr
3. Rapport. Le Roi du 8 fructidor an III, Brun, t. IL, p. 261.
4. Jeanbon au Comité de Salut public, 12 thermidor (BB? 62, fol. 179.) S
5. Lescallier, sous-chef des bureaux civils de la marine au Comité de Salut public, 87 messidor (BB3 57, fol. 111), Jeanbon au Comité de Salut public, 12 thermidor,
mulent, jusqu’à l'agent national de la commission municipale nommée par Moltedo, qui est d’antécédents suspects ‘. Dans l’arsenal il s'est manifesté de l'agitation en germinal, et parmi les Corses réfu- giés on craint qu’il ne se soit glissé de faux républicains ?. Il vient des individus dangereux de l’intérieur, malgré la chasse acharnée faite aux partisans de Louis XVII ou de la Gironde dans tous les départements de la Provence. C’est ainsi qu’à l’abri de toute investigation, d'Elbreil, un des membres de la municipalité compromise dans le massacre du 10 mai 1790 à Montauban, et avec lui cinq ou six autres Montalbanais proscrits, remplissent des emplois dans l’administration des subsistances militaires près de Toulon * ; pour ceux-ci dont nous connaissons la présence, combien sans doute que nous ignorons! Il en vient de l'étranger où ils avaient émigré dans un premier moment d’épouvante, ils débarquent furtivement sur la côte ou pénètrent par les défilés des Alpes, et mille complicités les favorisent. Le soupçon trouble constamment les esprits au Port la Montagne, en germinal des étoiles filantes que l’on prend pour des fusées affolent Moltedo. La répression est terrible. Elle est assurée par le tribunal révolutionnaire de Paris, par celui d'Orange institué le 21 floréal (10 mai), depuis que le décret des 27 et 28 germinal a supprimé les commissions révolutionnaires dans les départements *. Maïs elle se fait bien au hasard, et d’ailleurs, comme l’écrit Moltedo après des arrestations opérées dans le personnel des chantiers, on marche entre deux écueils : la sûreté publique et la désorganisation de l’arsenal. L'ordre est au reste dificile à établir au Port la Montagne, et démêler les malveillants y est chose malaisée. Dans cette population ramassée de tous côtés au hasard, les rixes sont fréquentes, les vols nombreux, les attentats de toute sorte multipliés. Le Port la Montagne offre, semble-t-il, le spectacle d’un campement de chercheurs d’or sur un placer. Parmi les démolitions du quartier bouleversé par Touffaire, dans les rues étroites, sombres et tortueuses du vieux Toulon, dans les maisons démantelées par le siège ou délabrées à la suite de l'absence des propriélaires émigrés, la foule des nouveaux venus de toute provenance et de tout âge s’entasse pêle-mêle, s'arrange à sa guise, vit à l'aventure. Comment rechercher dans ces laudis et ces ruines les contre-révolutionnaires, les bandits, les forçats évadés ?
1. Charles Le Bas, du Luc. Voy. AF11 144 sur lui et AFr1 186, sinon sur lui du moins sur un de ses parents juge de paix, président du club du Luc et « fameux conspirateur ». Lui-même est signataire de la proclamation rebelle de l'administration du Var à Toulon le 9 août 1793 (arrêté de Jeanbon du 30 thermidor, AFrn 144).
2. AF11 144, 188, Moltedo, Ricord au Comité de Salut public, Aulard, Actes du Gomilé de Salut public, t. XII, pp. 496, 528, 547, 659, 744, 795.
3. Notice biographique de M. d’Elbreil, déjà citée, pp. 97-101; d'Elbreil, lui, devient aide-garde magasin militaire des vivres de l’armée d'Italie à Saint- Maximin.
4. Sur la commission d'Orange voy. F7 4435. Le Ier Registre de correspondance du tribunal criminel du Var siégeant à Draguignan (Archives du tribunal civil, Draguignan), montre que les prévenus de contre-révolution sont envoyés par lui à Orange ou à Paris.
Il y a d’autres causes de désordre. A côté des attentats individuels il existe un brigandage légal et régulier, s’aulorisant du décret qui ordonne la confiscation des biens des émigrés et leur transfert à titre d’indemnité aux patriotes persécutés. Quantité d'individus ont été dénoncés par de prétendus patriotes qui visaient à lesdépouiller,
Barras et Fréron sont au moins suspects d’avoir autorisé ces infâmes
pratiques par leur exemple, on ne sait.plus .qui possède ni en vertu de quel droit, réclamations et protestations augmentent l'anarchie !. Les concussions en grand encouragent aux petites rapines, on constate dans la population présentement à Toulon l’habitude invétérée de « s’alimenter aux dépens des magasins de la République » : toiles, cordages, objets et denrées de toute sorte sont frauduleusement détournés des entrepôts ou soustraits sur les navires et vendus à des fripiers ?. Rien n’a été fait pour vivifier l'esprit public, pour moraliser cette foule par l'éducation civique.
Le désordre matériel et moral est augmenté par les épidémies.
Dans les logements, d’ailleurs sommaires et insuffisants, il ne règne
aucun souci de l'hygiène et de la propreté la plus élémentaire, le fumier croupit dans les cours, les ordures s’'amassent au milieu des rues, devant les portes, dans les décombres. Aux émanations putrides que dégage l’agglomération urbaine se joignent les exhalaisons des cadavres hâtivement enfouis aux environs sous une trop mince couche de terre ÿ. Aussi les maladies contagieuses se répandent, et du port passent sur les vaisseaux.
Enfin, les difficultés sont aggravées par le dénuement où l’on est de toutes choses. Plus d'industrie, la classe bourgeoise ayant été expulsée “. Le pillage, puis les réquisitions au profit des magasins de la marine, ont fait disparaître les objets les plus nécessaires, c’est au point qu’on ne trouve pas de verre à vitre dans toute la commune *. La pénurie des vivres est extrême : « Dans tous les temps, le ci-devant Toulon a été approvisionné et alimenté par les blés importés par voie de mer, aujourd’hui que le commerce a cessé, notre commune ne peut subsister que des grains que la République lui fournit » écrit
la municipalité, et « la presque universalité des citoyens du Port la
Montagne étant en réquisition pour le service de terre et de mer, activité des travaux et la tranquillité des employés tient essentiellement à la sécurité où ces individus doivent être sur l’article capital
1. Sur tout ceei voir Arch. communales de Toulon, série D; Lauvergne, p. 602;
Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. XII, aux pages citées à la note 2 de
la page précédente, surtout pages 744, 745 de ce tome XII. 8. Rapport au Représentant Mariette et arrêté de Mariette, cités dans Henry, t. ie