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Sur le séjour et l’œuvre de Jeanbon au Port la Montagne nous avons infiniment moins de documents que sur sa mission à Brest *. Il est possible cependant de s’en rendre compte assez nettement. ) |
L'arrêté du Comité de Salut public du 18 messidor lui fixait sa tâche en ces termes : « Donner la plus grande activité aux constructions de la marine, à l’armement des vaisseaux, et à tout ce qui tient à cette partie ». Ses collègues lui avaient dit à l'heure de son départ : «Il faut que la République devienne maîtresse de la Méditerranée, va et active les travaux du Port la Montagne ‘. »
Mais, le surlendemain du jour où Jeanbon arrivait dans sa nouvelle résidence, le 6 thermidor (24 juillet), le Comité de Salut public prenait un arrêté tout à fait inexplicable. Cet arrêté charge Niou d'achever « par tous les moyens possibles la construction, le radoub et l'armement des vaisseaux el frégates » dans les ports de Lorient,
1. Lescallier au Comité de Salut public (BB3 57, fol. 111). Le 12 floréal, le Comité ’ de Salut public avait arrêté l’envoi du Représentant Goujon pour accélérer les travaux au Port la Montagne (AFu* 138), nous ne savons pourquoi il ne vint pas.
2. Jeanbon au Comité de Salut public, 5 thermidor (BB 62, fol. 172).
3. Aux Arch. communales de Toulon, quantité de documents adressés à Jeanbon, pas un d'importance qui émane de lui, très peu aux Archives du Var à Draguignan, et à Marseille. Tous les dépôts de cette région ont évidemment souffert des révolutions successives ou de la négligence. Il nous manque aussi quantité de lettres du Comité de Salut public ou du ministre pour cette période.
4. AF11 301. Jeanbon à Barère, ? thermidor (Guerre, armée d'Italie).
930 a JEANBON AU PORT LA MONTAGNE
Rochefort, Nantes, Bordeaux, Bayonne, et le Port la Montagne ; en
conséquence, « il est investi de pouvoirs illimités pour parvenir à
ce but, toutes les autorités constituées, les chefs et employés, les
fournisseurs et entrepreneurs seront tenus de lui obéir. Les Représentants du peuple dans les départements ou les armées ne pourront rien changer aux dispositions qu’il jugera à propos de prendre, mais seront au contraire tenus d'employer leur autorité pour faire exécuter ses arrêtés lorsqu'il ne sera pas sur les lieux ». Avaient
signé Barère, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur, Gollot FH, Car-
not, Lindet ‘.
Ainsi le Comité de Salut public conférait officiellement à Niou une :
situation supérieure à celle de tous les autres Représentants, alors que les principes s’opposaient absolument à ce qu’un Représentant fût subordonné à l’un de ses collègues, ce que le Comité avait reconnu jusqu’alors, attendu qu’il n'avait jamais osé précédemment élever ceux de ses membres qu’il envoyait en mission, Saint-André par exemple, au-dessus des autres conventionnels. De plus, le Comité provoquait fatalement un conflit entre Jeanbon et Niou. Il envoyait le second au Port la Montagne après avoir confié ce poste au premier, et Jeanbon n’était pas d’un caractère à: se laisser mettre en tutelle, Niou jalousait depuis longtemps, on s’en souvient, le délégué à la marine du Comité de Salut public. Le Comité pensait-il que
Jeanbon serait déjà reparti de Toulon au moment où y arriverait.
Niou ? Mais à propos de Lorient ou de tel autre port, des querelles devaient surgir entre les deux rivaux: Jeanbon avait recu dans son ressort « les départements maritimes », sans distinction ni exception, et le Comité lui avait recommandé de faire un tour à Rochefort en revenant de Toulon à Brest?. Le Comité craignait-il l'ambition de Saint-André, et voulait-il le faire contrôler par Niou comme autrefois à Brest par Laignelot? Se méfiait-il de ses talents depuis la croisière de prairial, et pensait-il qu’il fût nécessaire de lui adjoindre
quelqu’un de plus compétent ? Faut-il chercher la raison de la faveur.
subite de Niou dans les querelles intestines par lesquelles le Comité de Salut public préludait au 9 thermidor? Niou avait été témoin d’une scène violente entre les membres du Comité en germinaletil s'était engagé à la tenir secrète *, aura-t-on songé à lui fermer la bouche et à l’éloigner en même temps? Quoi qu’il en soit, les consé-
1. BB 59, fol. 25. Niou avait été chargé le 19 germinal de l'établissement de 1a poudrerie de Grenelle, il y était encore au 18 prairial (arrêté du Comité de Salut public à cette date, F7 4435).
2. Jeanbon s'intitule à Toulon comme à Brest : « Le Représentant du peuple dans-
les départements maritimes de la République » (en tête de tous ses arrêtés). Sur son passage projeté à Rochefort, voy. sa lettre à Bréard du 22 thermidor (BB3 62, fol. 187). Jeanbon écrira le 18 frimaire an II à Dalbarade : « Le Comité m’écrit par la lettre qui me retint ici au moment où j'en partais que Niou venait pour agir de concert avec moi, c'était très bon et conforme aux règles » (BB? 62, fol. 304), mais on ne s'explique pas dans ce cas les pouvoirs inouïs donnés à Niou. Nous n’avons malheureusement pas la lettre du Comité dont parle Jeanbon. 3. Mémoires sur Garnot, 1re édition, t. I, p. 522.